vendredi 24 septembre 2010

La polémique autour des "salles de shoot"

Il y a quelques articles très intéressants dans Le Monde d'aujourd'hui sur la question des "salles de shoot" (notamment celui-ci). Le concept, c'est de créer des lieux d'accueil pour les toxicomanes afin qu'ils puissent se droguer dans des conditions d'hygiène optimales et éventuellement qu'ils puissent être accompagnés pour sortir de leur addiction.

La polémique autour de l'ouverture éventuelle de ces salles en France peut être facilement comprise si on a une bonne grille de lecture. Les arguments des opposants aux salles de shoot sont essentiellement des arguments déontologiques tandis que les arguments de l'autre camp sont plutôt conséquentialistes.

Regardons par exemple la réaction de François Fillon : "La priorité de Matignon est de réduire la consommation de drogues, non de l’accompagner, voire de l’organiser". Ce qui le gêne dans le concept des salles de shoot, c'est l'idée d'encadrement de la consommation de drogue. Dans son jugement négatif sur cette initiative, il s'attaque à l'action elle-même. Il estime qu'elle n'est pas conforme au devoir du gouvernement de lutter contre la consommation de drogue. C'est une application de principes éthiques dérivés d'une doctrine morale déontologique.

En revanche, les sympathisants des salles de shoot argumentent systématiquement en se référant aux conséquences qu'aurait l'ouverture de telles salles. Beaucoup font référence à un rapport de l'INSERM qui évalue concrètement les effets de ces salles au regard de leurs objectifs et des craintes associées :












En ce sens, il s'agit d'une analyse conséquentialiste : on juge la désirabilité d'une politique ou d'une action uniquement en fonction de ses conséquences (et non en fonction du caractère "moral" ou non de l'action elle-même).

Les économistes raisonnent presque exclusivement en termes conséquentialistes. Pour la plupart d'entre eux, il n'y a pas de politiques bonnes ou mauvaises par principe. La méthode standard pour juger d'une politique est d'estimer ses conséquences probables et de discuter du caractère bon ou mauvais des conséquences en question.

Je trouve que la divergence d'approche de ces deux doctrines permet, à mon humble avis, de comprendre une certaine partie des divergences d'opinions sur la scène politique.

mardi 14 septembre 2010

La logique étrange de la moyenne européenne...

Nicolas Sarkozy a tenu récemment les propos suivants :
"La France compte 57 % de propriétaires, la moyenne européenne est de 66 %. Entre 2002 et 2007, ce taux n'a augmenté que de 1,2 %. Pour atteindre les 66 %, il faudrait quarante ans, vous serez à la retraite et moi aussi. Nous en avons tiré la conclusion qu'il fallait profondément changer notre système"
Le raisonnement est le suivant : nous faisons Y mais nos voisins font X, donc nous devons faire tout notre possible pour s'éloigner de Y et se rapprocher de X. La clef de cette logique mystérieuse réside dans le fait que notre président tient pour acquis qu'être propriétaire, bin, c'est bien.

Pourtant, être propriétaire, c'est, pour la plupart des ménages, investir une grande partie de son épargne dans un unique actif : un bien immobilier. Or, les spécialistes de la finance le disent depuis très longtemps, il est extrêmement risqué de placer toute son épargne sur un seul actif, c'est-à-dire de mettre tous ses oeufs dans le même panier.

Oh, mais j'en entends surtout rétorquer : "Mais l'immobilier, ça ne peut pas baisser !", bin voyons. Sans compter que posséder un bien immobilier expose les propriétaires à un certain nombre de risques qui peuvent coûter très cher. Par exemple, un changement brutal des normes des ascenseurs qui a fait trembler le porte monnaie de mes parents au plus mauvais moment.

L'autre erreur de raisonnement classique consiste à croire qu'on ne peut pas se constituer un capital lorsqu'on est locataire. Alexandre et Stéphane ont montré que c'est faux car il est tout à fait possible d'épargner tout en étant locataire. La seule différence étant que les actifs détenus n'ont pas la même forme.

Non seulement le gouvernement est rarement capable de mettre en oeuvre des politiques permettant d'atteindre les objectifs fixés mais en plus, il a tendance à fixer des objectifs dont la  pertinence m'échappe quelque peu.