lundi 30 août 2010

Les pires enchères du monde

Le blog Economic Logic a attiré mon attention sur un nouveau type d'enchères qui a vu le jour sur des sites internet comme BidHere ou Swoopo. Il s'agit des enchères dites Pay-to-Bid ou littéralement, des enchères à offre payante. Qu'est-ce que c'est que cette nouvelle arnaque ?

Il s'agit de ventes aux enchères où l'action d'enchérir est payante. Sur le site en question, chaque fois que quelqu'un décide d'enchérir, il doit payer 60 centimes pour faire monter le prix de 2 centimes.

Vu de loin, ça parait être une bonne affaire car le montant atteint par les enchères semble significativement plus faibles que le prix en magasin pour la plupart des produits. Ce fait est confirmé par une étude récente qui montre que le prix final auquel partent les objets mis en vente est en moyenne cinq fois moins élevé que le prix en magasin.

Néanmoins, deux remarques s'imposent. Premièrement, prenons un produit au hasard, par exemple une Playstation 3. A l'heure où je vous écris, le niveau des enchères est autour de 50$ pour un produit qui en vaut 300. Si les enchères ont démarré, par exemple, à 10$, cela signifie qu'il a eu 2000 enchères sur ce produit, ce qui, à 0,60$ l'enchère, représente 1200$, soit 4 fois le prix du produit !!

Deuxièmement, le système est fait de telle manière qu'après chaque enchère, un compte à rebours de 15 secondes démarre. Si personne ne surenchérit, le produit est vendu au dernier enchérisseur. Les consommateurs sont donc tentés de démarrer des guerres d'enchères qui sont facilitées par la présence d'un système d'enchères automatiques : les consommateurs ont la possibilité de demander au logiciel d'enchérir automatiquement à leur place. Mais ce faisant, on rentre dans un cercle vicieux : plus on enchérit longtemps sur un produit, moins on a envie de lâcher l'affaire ! Si vous avez déjà surenchéri quarante fois sur la Playstation 3 (ou sur tout autre produit), ça vous a coûté 24$. Si vous perdez les enchères, les 24$ auront été dépensés en pure perte. Il y a donc un seuil à partir duquel on ne veut plus faire marche arrière et on est prêt à dépenser des sommes colossales pour gagner les enchères, sinon on n'aura plus que ses yeux pour pleurer.

L'étude que je citais plus haut ne semble pas s'émouvoir des problèmes posés par ce type d'enchères. Pourtant, ce genre de site aboutit, au mieux, à une situation où les consommateurs les plus chanceux remportent des bonnes affaires au détriment des consommateurs les moins chanceux (un peu comme un site de jeux en ligne mais sans en avoir l'apparence !) et, au pire, à une situation où certains consommateurs vont se ruiner parce qu'ils se retrouveront pris dans la spirale infernale décrite dans le paragraphe précédent.


mercredi 25 août 2010

Les PME sont tellement sexy...

Il est très en vogue de déclarer que les PME (petites et moyennes entreprises) sont plus importantes que les grosses entreprises. Peut-être parce que les grosses entreprises sont une cible récurrente des fantasmes des mouvements anti-capitalistes ? En tout cas, les hommes politiques aiment bien déclarer qu'ils vont aider les PME. C'est vendeur, c'est sexy, et personne ne peut venir le leur reprocher. Ont-ils pour autant raison ?

L'argument sous-jacent est que les PME créent plus d'emplois que les grandes entreprises. Pourtant, une étude menée par trois chercheurs américains montre que ce fait statistique est très fortement exagéré. Ils affirment que les petites entreprises créent beaucoup d'emplois certes, mais c'est essentiellement parce qu'une grande partie de ces entreprises sont jeunes. Or, les entreprises qui viennent juste d'être créées sont fortement susceptibles d'embaucher. En fait, lorsqu'on regarde le lien entre la taille des entreprises et le nombre d'emplois créés, on est victimes d'un artefact statistique. En réalité, ce n'est pas tant la taille qui compte mais plutôt l'âge.

Donc contrairement à ce que disent les hommes politiques, ce ne sont pas les petites entreprises qui sont "le fer de lance de la croissance" ou je ne sais quel autre slogan pourri, mais les jeunes entreprises.

Deuxièmement, les auteurs de l'étude affirment que ce n'est pas forcément très judicieux de juger de l'importance d'une catégorie d'entreprises en regardant simplement les créations d'emplois. Car si les jeunes entreprises créent beaucoup d'emplois, elles en détruisent également une grande partie ! Sous cinq ans, 40% des emplois créés par les jeunes entreprises sont détruits, ce qui tempère un peu le bilan. La raison en est que les jeunes entreprises sont souvent l'occasion de démarrer de nouveaux projets risqués menés par des entrepreneurs un peu trop confiants dans leurs chances de réussite et que le risque d'échec est élevé. Les emplois créés ne comptent donc pas parmi les plus stables.

Faut-il pour autant s'abstenir de soutenir les jeunes entreprises ? Non, car l'économie croît par un processus d'essais et d'erreurs. Les jeunes entreprises, même si elles ont de fortes chances de disparaître rapidement, sont à l'origine de nombreuses innovations sources de croissance. Il est impossible d'avoir beaucoup d'entreprises innovantes sans avoir en même temps beaucoup d'entreprises qui tentent d'innover mais qui se cassent la gueule.