dimanche 27 juin 2010

Péage urbain à Paris : une bonne idée ?

Dernièrement, l'idée du péage urbain à Paris a été remise au goût du jour. Le concept, déjà expérimenté entre autres, à Londres et à Singapour, est de faire payer une petite somme à tout automobiliste entrant dans une zone déterminée. Cette politique est typiquement très populaire chez les économistes et très impopulaire chez les non-économistes. Pourquoi ?

Une fois n'est pas coutume, on va faire un peu de théorie. On va essayer d'imaginer un monde simplifié dans lequel un grand nombre d'individus veulent simultanément aller d'un point A à un point B. Pour faire ce trajet, ils ont le choix entre prendre leur voiture ou prendre les transports en commun. On va faire plusieurs hypothèses pour simplifier l'analyse. Premièrement, on va supposer que le seul soucis des individus est de minimiser leur temps de transport et que le coût d'un mode de transport ou d'un autre est le même*. Deuxièmement, on va supposer que les transports en commun ont une grande capacité et que leur fiabilité ne dépend pas du nombre de passagers. Pour faire simple, on dira que le trajet en transport en commun prend toujours 1 heure, peu importe le nombre de passagers (on reviendra sur cette hypothèse tout à l'heure). Troisièmement, on va dire que le temps de transport en voiture dépend du nombre de gens qui ont choisi de prendre leur voiture en même temps (à cause des embouteillages).

Réfléchissons deux minutes à la façon dont vont se comporter les gens. Si le trajet en voiture prend moins d'une heure, alors les gens qui prenaient auparavant les transports vont changer d'avis et choisir de prendre leur voiture, augmentant aussi les embouteillages et le temps du trajet en voiture. Si le trajet en voiture prend plus d'une heure, alors certaines personnes qui prenaient leur voiture vont changer d'avis et prendre les transports en commun à la place. Quoi qu'on fasse, au bout du compte, le temps de trajet en voiture sera, dans ce monde simplifié, égal au temps de trajet en transport car toute autre configuration poussera certaines personnes à changer d'avis. C'est ce qu'on appelle un "équilibre" dans notre jargon.

Pourquoi est-ce un problème ? Si je suis pressé, ça m'embête de devoir être contraint d'avoir une heure de transport, peu importe le moyen de transport. Peut-être que je serai prêt à payer une petite somme pour gagner du temps. Mettons par exemple, que je trouverais avantageux de payer 5€ pour pouvoir faire le trajet en une demi-heure. Mais dans cette configuration, je ne peux pas.

Mais que se passe-t-il si les autorités décident de mettre en place un péage ? Par exemple, elles peuvent décider de faire payer 5€ à tous ceux qui font le trajet en voiture. Du coup, le temps de trajet en voiture ne va plus être égal très longtemps au temps de trajet en transports. Certaines personnes vont choisir de laisser leur voiture au garage et de prendre les transports, ce qui aura pour conséquence directe de réduire les embouteillages. Au final qu'aura-t-on ? Chaque individu pourra choisir entre prendre les transports et faire son trajet en une heure ou prendre sa voiture, payer 5€ et faire son trajet en 40 minutes.

Au final, la situation s'est améliorée pour tout le monde. Les individus "pas pressés", qui ne souhaitent pas payer pour gagner vingt minutes prendront les transports comme avant. Ceux qui, en revanche, préfèrent payer un peu plus cher pour gagner un peu de temps seront contents de pouvoir le faire. Grâce à la taxe sur l'usage de la route, on a amélioré l'usage des ressources dans notre monde fictif**.

Qu'est-ce qu'on peut tirer de tout ça ? Tout d'abord, on voit que l'hypothèse fondamentale du modèle est qu'il existe une alternative à la voiture, c'est-à-dire des transports en commun de grande capacité et de qualité. Or, à Paris, les transports en commun sont déjà saturés aux heures de pointe. Quiconque est déjà monté dans le RER A le matin a pu s'en rendre compte. En quoi cela change-t-il l'analyse ?

Si les transports en commun sont eux-même saturés, un péage urbain a peu de chance de changer les comportements. Résultat, cette taxe constituera un poids supplémentaire dans le budget des individus sans réelle contrepartie. Pour qu'elle soit efficace, il faut que les individus aient le choix dans leurs modes de transport. Si effectivement il existe une ligne de bus non-saturée qui me permet de faire le trajet que je fais actuellement en voiture, alors une taxe fera changer de comportements certains individus et améliorera l'efficacité du système. Le problème se pose également pour les zones mal desservies en transports. Si j'habite dans une ville perdue en banlieue (parce que je n'ai pas les moyens d'habiter plus près), je n'aurai pas d'autre choix que de prendre la voiture et le péage sera inefficace.

Donc, si on veut que le système marche à Paris, il faut impérativement accroître l'offre de transports en commun. Les autorités londoniennes s'étaient engagées, à l'époque de la mise en place du péage urbain, de réutiliser les recettes ainsi récoltées pour améliorer la qualité des transports en commun, ce qui prouve qu'ils avaient bien saisi cette partie du problème.

Certains évoquent les aspects environnementaux. Bien évidemment que si le péage urbain a un effet important sur les comportements, les émissions de gaz à effet de serre vont diminuer. Mais ça ne doit pas être l'objectif principal de cette politique. Pourquoi ? Parce que 1) il existe d'autres politiques beaucoup plus adaptées pour lutter contre la pollution comme la taxe carbone et 2) contrairement à une idée reçue, la pollution par habitant dans les grandes villes est beaucoup plus faible que la pollution par habitant dans les campagnes. Si les villes sont plus polluées, c'est simplement parce qu'il y a beaucoup plus d'habitants, mais en moyenne, chaque habitant pollue moins (notamment parce les trajets moins longs et qu'il y a une plus grande efficience énergétique dans les logements et dans les transports).

* On pourrait facilement généraliser en supposant que les individus ont des préférences pour l'un ou l'autre des modes de transport en fonction du confort et que chaque mode de transport a un coût monétaire différent, mais ça compliquerait le modèle sans changer les conclusions.

** Ceux qui ont fait un peu d'économie reconnaîtront ici les concepts d'externalité et de taxe Pigouvienne. Lorsqu'un individu prend sa voiture, il impose un coût externe à tous les autres car il accroît les embouteillages. En faisant payer ce coût à l'individu via une taxe, on améliore l'efficience du marché car on pousse les individus à internaliser l'externalité.




mercredi 23 juin 2010

Les limites politiques de la mondialisation

Les polémiques autour de l'appel d'offre sur les avions ravitailleurs américains montrent que, malgré la baisse continue des coûts de transport, le protectionnisme demeure un choix politique. Même si l'on imaginait un monde où on pourrait téléporter gratuitement les marchandises d'un bout à l'autre du globe, les tensions autour de la fermeture des frontières aux produits étrangers constitueraient une limite au commerce international.

Deux économistes tentent de montrer que la capacité des pays à commercer entre eux est limitée par les sentiments nationalistes et militaristes. D'après eux, lorsque des idées nationalistes se diffusent au sein d'un peuple, celui-ci tendra à se replier sur lui-même et à réclamer la mise en place de politiques protectionnistes.

A l'appui de leur thèse, ils affirment que le nationalisme pris dans un sens large est généralement associé à un regain de vigueur des doctrines militaristes, dont l'expérience américaine du 11 septembre fournit une illustration tellement parfaite qu'elle frise la caricature. Or, ils constatent que, sur une vingtaine d'années, lorsqu'un pays augmente ses dépenses militaires ou la taille de son armée, la part du commerce extérieur dans son PIB tend à diminuer (même lorsqu'on limite l'analyse aux pays en paix).  Donc, le lien entre accroissement des dépenses militaires et chute du commerce pourrait être révélateur de l'impact du nationalisme sur le refus d'acheter des produits importés.

Ceci est confirmé par des études antérieures (notamment celle-ci et celle-là), qui montrent que les sentiments nationalistes chez un individu vont généralement de pair avec un soutien aux politiques protectionnistes.

Néanmoins, difficile de savoir ce qu'on mesure réellement dans ce genre d'exercice statistique. L'idée selon laquelle l'augmentation des dépenses militaires résulte de "l'humeur politique du moment" et notamment de la résurgence du nationalisme me paraît relativement convaincante. Affirmer que la chute du commerce qui y est associée est la conséquence de ce même sentiment patriotique est plausible. Le problème, c'est que les méthodes statistiques utilisées par ces deux économistes les poussent à rester volontairement flous sur ce qu'ils entendent réellement par "nationalisme". On croit comprendre que, dans le cadre de leur démonstration, il s'agirait d'un sentiment général de défiance vis-à-vis des étrangers. Ils affirment que la définition réelle n'a pas d'importance puisque d'autres travaux ont abouti à la conclusion que toutes les mesures statistiques du nationalisme que l'on pouvait construire à partir des enquêtes de terrain étaient très corrélées avec les dépenses militaires des pays.


samedi 19 juin 2010

Pourquoi les économistes sont-ils fascinés par le marché ?

Je suis en train de relire un livre qui m'avait beaucoup plu, intitulé The Company of Strangers de Paul Seabright. Dans les toutes premières pages (consultables en anglais ici), l'auteur fait une description du marché qui permet de comprendre pourquoi les économistes sont autant fascinés par son fonctionnement (attention, ça n'a rien avoir avec "être fanatique du marché" ni avec une quelconque forme de néolibéralisme). Je vous en propose une traduction libre des trois premières pages et j'encourage les enseignants à faire lire ce texte aux étudiants en économie.

Les Besoins en Chemises de la Population Mondiale

Ce matin, je suis sorti et j'ai acheté une chemise. Il n'y a rien de très étrange à cela : sur toute la planète, peut-être que 20 millions de personnes ont font la même chose aujourd'hui. Ce qui est plus étonnant en revanche, c'est que, comme la plupart des 20 millions d'autres personnes, je n'ai prévenu personne de ce que j'avais l'intention de faire. Pourtant, cette chemise, bien que plutôt basique au regard des prouesses de la technologie moderne, représente un miracle de la coopération internationale. Le coton a poussé en Inde, à partir de graines développées aux Etats-Unis ; la fibre artificielle présente dans les fils vient du Portugal et les composants qui ont permis la fabrication des colorants proviennent d'au moins six autres pays ; la doublure du col vient du Brésil et les machines qui ont servi à tisser, à découper et à coudre d'Allemagne ; la chemise en elle-même a été faite en Malaisie. Le projet qui a conduit à fabriquer une chemise et à la livrer à côté de chez moi à Toulouse a été planifié de longue date, bien avant ce jour il y a deux ans où un fermier Indien a commencé à labourer sa terre située sur les plaines rouges à côté de Coimbatore. Des ingénieurs de Cologne et des chimistes de Birmingham étaient déjà impliqués dans la préparation bien des années avant. Le plus surprenant, c'est que malgré tous les obstacles qu'il a fallu surmonter pour fabriquer cette chemise et compte tenu du très grand nombre de personnes qui sont intervenues dans ce processus, c'est une chemise belle et très stylée (à l'échelle de ce que peut valoir mon opinion dans ce domaine). Je suis extrêmement satisfait du résultat. Et pourtant, je suis à peu près certain que personne ne savait que je m'apprêtais à acheter une chemise de ce type aujourd'hui ; moi-même, je n'étais pas au courant la veille. Chacune des peronnes qui a travaillé dur pour faire en sorte que j'obtienne cette chemise l'a fait sans me connaître et sans se préoccuper de moi. Pour rendre la tâche encore plus ardue, ils (ou d'autres travailleurs presque similaires) ont dû également travailler pour fournir des chemises à 20 autres millions de personnes très hétérogènes en terme de tailles, de goûts et de revenus, et dispersées sur les six continents, qui ont décidé indépendamment les unes des autres d'acheter une chemise en même temps que moi. Et ça, ce sont juste les clients pour aujourd'hui. Demain, il y en aura 20 millions d'autres, peut-être plus.

S'il y avait une seule personne chargée de fournir des chemises à toute la population mondiale, la complexité de la tâche ferait que celle-ci prendrait l'envergure d'un combat ou d'une guerre. On peut imaginer le président des Etats-Unis à qui on présenterait un rapport intitulé Les Besoins en Chemises de la Population Mondiale. Il tremblerait en lisant son contenu et mettrait immédiatement en place une cellule de crise. Les Nations Unies organiseraient des conférences sur les façons d'améliorer la coopération internationale en matière de fabrication de chemises, et il y a aurait des débats afin de savoir si ce sont les Nations Unies ou les Etats-Unis qui devraient diriger l'opération. Le pape et l'archevêque de Canterbury lanceraient des appels à s'unir pour combler les besoins de la planète et des personalités religieuses ainsi que des stars de la chanson nous rappelleraient régulièrement que pouvoir porter une chemise fait partie des droits de l'Homme. L'organisation humanitaire Couturiers sans Frontières acheminerait par avion des aides vestimentaires aux régions les plus démunies. Des experts seraient interrogés pour examiner le bien-fondé de fabriquer des cols au Brésil pour des chemises fabriquées en Malaisie pour ensuite les re-exporter vers le Brésil. D'autres experts avanceraient qu'en réduisant la diversité des styles des chemises, source de gaspillage éhonté, on pourrait grandement accroître le nombre total de chemises produites. Les usines qui ont obtenu les gains de productivité les plus spectaculaires dans la fabrication de chemises obtiendraient des récompenses et leurs dirigeants seraient interviewés à la télévision. Des groupes militants manifesteraient en affirmant que les "chemises" sont des vêtements sexistes et racialement connotés et proposeraient d'autres vêtements plus neutres comme des blouses, des tuniques, et tout une myriade d'autres éléments qui se portent au dessus de la taille. Les chroniques des différents journaux débattraient des priorités et des besoins. Dans cette cacophonie générale, je me demande si j'aurais pu encore acheter ma chemise.

En fait, personne n'est chargé de s'occuper de tout ça. Ce processus titanesque qui fournit des chemises de milliers de styles différents à des millions de personnes a lieu sans que personne ne soit en charge de la coordination. Le fermier Indien qui plante le coton n'est intéressé que par le prix auquel un trader sera prêt à lui acheter sa production, le coût des matières premières et l'effort nécessaire pour la récolte. Les gérants de la firme allemande qui fabrique les machines ne se préoccupent que des commandes à l'exportation et de leurs relations avec les fournisseurs et les travailleurs. Les fabricants de teinture chimique ne peuvent pas moins s'intéresser au design de ma chemise. Certes, certaines parties du processus requièrent une coordination explicite : une grande firme comme ICI ou Coats Viyella a plusieurs milliers d'employés travaillant directement ou indirectement sous les ordres d'un PDG. Mais même les entreprises les plus grandes ne comptent que pour une très faible part du processus global de production de chemises. De manière générale, personne ne s'occupe du processus global. Parfois, on peste contre le système en se demandant s'il fonctionne aussi bien qu'il le devrait (j'ai dû remplacer les boutons cassés de ma chemise un peu trop souvent). Mais c'est déjà extrêmement surprenant que le système fonctionne.

Les citoyens des pays industrialisés à économie de marché ont perdu la capacité de s'émerveiller devant le fait qu'ils peuvent décider spontanément de sortir et aller chercher de la nourriture, des vêtements, des meubles et des milliers d'autres objets utiles, jolis, futiles ou qui peuvent sauver la vie, et lorsqu'ils prennent cette décision, quelqu'un l'aura anticipée et aura déjà rendu ces biens disponibles à l'achat. Pour nos ancêtres qui erraient dans les plaines à la recherche de jeux ou qui grattaient la terre pour faire pousser des graines sous un ciel capricieux, une telle perspective aurait semblé miraculeuse, et l'éventualité que ceci puisse advenir sans l'invervention de quelque intelligence pour coordonner le tout aurait semblé incroyable. Même lorsque les voyageurs aventureux ont ouvert les premières routes commerciales et que les citoyens d'Europe et d'Asie ont eu pour la première fois la chance d'échanger leurs richesses, il fallait encore une bonne dose de chance pour espérer arriver à bon port, à tel point que ce fut une source d'inspiration pour le théâtre jusqu'au temps de Shakespeare. (Imaginez Le Marchand de Venise dans un supermarché).

En Europe de l'Est et dans les pays qui ont appartenu à l'Union Soviétique, même après l'effondrement de l'économie centralisée, les gens ne parvenaient pas à comprendre comment une société pouvaient aspirer à la prospérité sans une planification générale. Environ deux ans après la fin de l'Union Soviétique, j'ai rencontré un bureaucrate Russe qui était précédemment chargé d'organiser la production de pain à St Petersbourg. "Entendez bien que nous sommes tout à fait prêts à transiter vers une économie de marché," me dit-il. "Mais nous avons besoin de comprendre les éléments fondamentaux qui font fonctionner ce système. Par exemple, dites-moi qui est en charge de l'approvisionnement en pain de la ville de Londres ?" Il n'y avait rien de naïf dans cette question car la réponse ("personne ne s'en occupe"), quand on y pense bien, est incroyablement difficile à croire. Il n'y a que dans les pays industrialisés de l'Ouest que nous avons oublié à quel point c'est étrange.

mardi 15 juin 2010

Dégustation de vins, normes sociales et normes de marché

J'ai eu l'occasion le week-end dernier de faire un petit tour en Bourgogne. Après la visite des Hospices de Beaune, on a décidé de faire un petit tour à la Cave des Cordeliers, juste à côté, histoire de s'humecter le gosier avec quelques vins locaux.

Ce qui caractérise cette dégustation, c'est qu'elle est payante : 7€ pour goûter cinq vins* dont un grand cru à plus de 50€ la bouteille.

Intuitivement, un économiste néo-classique (bouuuh... jetons-lui des pierres !) dirait qu'un amateur de vin rationnel préfère une dégustation gratuite à une dégustation payante : moins on paye, plus on est content. Pourtant, ce fut exactement le contraire.

Ceux qui ont déjà fréquenté les caves connaissent bien ce dilemme. Quand on goûte des vins chez un caviste, on n'ose pas repartir sans rien acheter ; ce serait mal élevé. Du coup, on se sent obligé de prendre au moins une bouteille même si le vin est dégueulasse. C'est d'ailleurs ce qu'il s'est passé un peu plus tard dans la même journée quand on a fait une deuxième cave dans un village paumé. Le mec nous a servi un pinard pas terrible. En plus, il avait visiblement un peu forcé sur la boisson donc il a démarré un monologue interminable qui nous empêchait de partir. On a alors acheté une bouteille pour pouvoir couper court et s'enfuir.

Le responsable de la Cave des Cordeliers a très bien compris ça et il a très bien compris qu'on pouvait évincer certaines normes sociales en introduisant des normes de marché**.

C'est un mécanisme connu de longue date par les chercheurs en sciences sociales et dont l'expérience la plus illustrative est celle des garderies en Israël***. Dans ces garderies, les parents arrivaient souent en retard pour aller chercher leurs enfants. Pour essayer de lutter contre ce phénomène gênant, on a essayé d'introduire des amendes proportionnelles au temps de retard. Des économistes néo-classiques (Ouuhh... qu'on leur tranche la tête !) auraient pensé que cela ferait diminuer les retards. Cependant, ce fut exactement le contraire : les retards ont augmenté. Avant la mise en place de l'amende, c'était une norme sociale qui retenait les parents d'arriver (trop) en retard. On essaie d'éviter de se pointer à la bourre car "ça la fout mal". Mais une fois l'amende en place, une norme de marché vient se substituer à la norme sociale. Sous-entendu : on paie pour le retard, donc on n'a pas de gêne à arriver en retard. L'incitation sociale a été remplacée par une incitation monétaire, moins efficace (car le montant de l'amende n'était pas très élevé).

Ici, le fait de faire payer la dégustation fait que celle-ci n'est plus perçue comme un acte de générosité invitant à la réciprocité et donc à l'achat d'une bouteille. Au contraire, la dégustation est vue comme un échange marchand et donc on n'a plus le sentiment de "devoir" quelque chose au caviste. De ce fait, on se sent nettement plus à l'aise !

Bon, on a quand même pris deux ou trois bouteilles car le vin était vraiment bon. Il y avait notamment un petit blanc, le Meursault 2004, qui imposait le respect.

Mh, ça sent le billet rédigé en catastrophe après un week-end de vacances ça.

* Mais en cadeau, on garde quand même le verre :-)

** Il y a un chapitre entier consacré à ce thème dans le livre de Dan Ariely C'est (vraiment ?) moi qui décide.

*** Relatée dans le premier chapitre de Freakonomics.

vendredi 11 juin 2010

Une approche fractale des marchés : Risquer, perdre et gagner

Cet ouvrage*, écrit par Benoît Mandelbrot et Richard Hudson, est un livre critique sur la théorie financière orthodoxe. Les lecteurs réguliers de mon blog se souviennent peut-être que j'avais déjà commenté un ouvrage sur le même thème, celui de Taleb. Après avoir lu celui de Mandelbrot, je peux vous dire que le livre de Taleb ne mérite que la poubelle car c'est finalement la même chose, sauf que Taleb ajoute de l'arrogance et généralise la critique à toute la science économique sans avoir ni les arguments ni les connaissances requises pour faire une critique pertinente.

Laissons donc de côté Taleb et parlons de ce nouvel ouvrage. Que nous dit-il d'intéressant ?

Il commence par un historique de la théorie financière orthodoxe avec un exposé très clair sur ses fondements. On comprend notamment qu'elle dépend de manière assez critique de plusieurs hypothèses-clef, notamment que les prix évoluent suivant une loi normale, c'est-à-dire qu'une fois qu'on a identifié leur volatilité, on sait de manière assez précise dans quel intervalle ils vont évoluer. On appréciera particulièrement le fait que l'on échappe à la rhétorique "Oh là là mais c'est complètement débile, comment les économistes (qu'ils sont bêtes) ont pu croire un truc pareil ?!". Au contraire, Mandelbrot nous montre comment la théorie financière s'est construite autour de cette hypothèse puis a lentement dégénéré jusqu'au point où on a oublié à quel point les hypothèses de base étaient exigentes. Les scientifiques étaient attirés par la simplicité du modèle et les acteurs du secteur financier étaient attirés par sa souplesse et son côté pratique (notamment pour la valorisation des actifs exotiques).

Puis, il démonte l'édifice. Il nous montre avec des preuves relativement convaincantes (une fois de plus, il préfère nous servir des travaux scientifiques solides plutôt que de tourner la théorie en ridicule) que la théorie standard en finance, sous-estime systématiquement le risque. Par sa construction même, la théorie gomme les variations successives de grande ampleur des prix des actifs comme celles qu'on a pu observer pendant la dernière crise.

Ensuite, il présente son application de la géométrie fractale à la finance. Il précise qu'il n'a pas encore de théorie complètement au point, mais que les premiers résultats sont très encourageants. Sa déception porte plutôt sur le fait qu'il existe peu de programmes de recherche qui tentent d'approfondir ces travaux.

Sa théorie ne vise pas à expliquer les prix des actifs mais se fixe un objectif plus simple : comprendre les lois statistiques qui régissent leur évolution et trouver un moyen de décrire cette évolution. L'aspect le plus intéressant de sa théorie concerne la question du temps. Pour lui, le temps n'est pas homogène sur un marché. Il y a des périodes "tranquilles" pendant lesquelles les cours sont relativement stables et des périodes "turbulentes" pendant lesquelles les événements s'accélèrent.

Il nous montre, exemple à l'appui, comment les modèles "à temps multifractal" peuvent reproduire ces alternances de périodes calmes et turbulentes. Il parvient ainsi à décrire des "pics" dans l'évolution des cours qui ne peuvent apparaître dans la théorie standard.

Je ne vais pas plus loin dans la présentation de sa théorie, déjà parce que je ne l'ai pas très très bien comprise moi-même, et ensuite parce que ce n'est probablement pas la partie la plus intéressante de l'ouvrage, à part peut-être pour les économistes spécialistes de la finance.

Ce qu'on retiendra de l'ouvrage, c'est qu'on a (enfin) un récit complet et cohérent, fondé sur l'histoire de la science économique, qui nous explique pourquoi la théorie financière s'est plantée en beauté en 2007. Il ne cherche pas à transformer ça en combat idéologique, ni à humilier les inventeurs de la théorie classique. Il ne simplifie pas non plus dans le but de caricaturer, mais offre au contraire une description assez détaillée de la théorie standard de manière à pouvoir faire des critiques ciblées sur les hypothèses du modèle. D'ailleurs, il ne se contente pas de critiquer les hypothèses mais montre aussi en quoi des modèles approximatifs ont pu conduire à une telle sous-estimation du risque sur les marchés financiers.

Du côté des reproches, il ne prend pas vraiment la peine de cacher le fait qu'il "vend" sa propre théorie à travers cet ouvrage, puisqu'il est quand même l'inventeur de la géométrie fractale. Peut-on lui reprocher ? Je ne pense pas. C'est une façon de montrer qu'il existe d'autres voies de recherche que la voie classique. Egalement, on notera qu'au passage, il lance quelques piques supplémentaires contre la théorie standard en s'attaquant à l'hypothèse de rationalité des agents et à l'hypothèse d'homogénéité des agents. Ce n'est pas le point le plus intéressant de sa critique car ces hypothèses peuvent être relâchées sans ébranler tout l'édifice, ce qui n'est pas le cas de l'hypothèse de normalité (coeur de la critique de Mandelbrot). On sent bien qu'il ajoute ça pour donner un peu plus de poids à ses propos tout en sachant bien que ces arguments supplémentaires ne survivraient pas à la confrontation avec les avancées les plus récentes de la théorie standard. Bizarrement, ça ne m'a pas énervé. Peut-être parce que le personnage n'a pas un ton débordant d'arrogance comme c'est trop souvent le cas dans ce genre d'ouvrage.

En bref, c'est un ouvrage de référence si vous cherchez à comprendre les vraies critiques que l'on peut faire à la finance moderne. Et c'est d'autant plus crédible que l'auteur n'a pas besoin d'utiliser la moindre once d'aggressivité pour convaincre le lecteur (même un pur orthodoxe comme moi !).


* J'ai lu pour ma part la version anglaise du livre. Je ne sais pas ce que vaut la traduction française.


lundi 7 juin 2010

Comment s'apercevoir que votre compagne est victime d'un biais de dotation ?

L'autre jour, ma tendre et douce feuilletait son magazine féminin préféré pendant que je passais le temps à jouer à des mini-jeux tous plus débiles les uns que les autres. Sans préavis, elle s'exclame "Oh, regarde !! En envoyant un sms, on peut gagner un pendentif qui a la forme de la clef d'Alice au Pays des Merveilles !!!". Pendant qu'elle saisit frénétiquement son portable, je hausse les épaules, sachant pertinemment que toute tentative pour la décourager me ferait passer pour un rabat-joie cynique dont la part d'enfance a été irrémédiablement détruite par une formation en économie un peu trop poussée.

Et là, l'incroyable se produit : elle gagne. Au milieu des différents commentaires qu'elle exprime sur ses copines qui vont être jalouses et sur la chance qu'elle a eu de gagner alors qu'elle n'y croyait pas, elle prononce cette phrase : "En plus, c'est pas de la merde, c'est un truc qui vaut au moins 90 euros !". Je profite alors de ce moment pour glacer l'ambiance en casant un peu d'économie comportementale :
"90 euros ? Donc, tu vas le revendre sur eBay ?
- Kwaaaa !! Ca va pas ! Je l'ai gagné, je le garde !
- Mais alors, t'aurais été prête à dépenser 90 euros pour l'acheter ?
- Non, je pense pas, c'est trop cher. J'aurais pas été prête à mettre 90 euros là-dedans."

Craignant une séparation anticipée, je me suis abstenu de faire le commentaire que je vais développer maintenant dans ce billet. Derrière cette attitude finalement fort peu surprenante, celle qui partage ma vie a un comportement qui est incohérent au regard de l'économie standard.

Pour l'économiste "standard" un peu idiot et enfermé dans sa théorie néo-classique (bouh... au bûcher !), Noémie (c'est son prénom) ne s'intéresse pas à l'argent en tant que tel, mais aux biens que l'argent permet d'obtenir. Si elle dispose de 90 euros, soit elle préfère acheter le pendentif, soit elle préfère un autre bien*, mettons une journée à deux au parc astérix par exemple (si on compte le repas du midi, les glaces, les souvenirs et le parking, on doit pas être loin de ce prix !).

Si elle refuse d'acheter le pendentif à 90 euros, elle nous révèle qu'elle préfère utiliser l'argent pour autre chose, par exemple le parc astérix. Le parc astérix est donc préféré au pendentif.

Si elle reçoit un pendentif et qu'elle refuse de le vendre pour récolter 90 euros qui seraient utilisés pour aller au parc astérix, cela signifie que le pendentif est préféré au parc astérix.

D'où une incohérence ! Normalement, soit on préfère avoir le pendentif, soit on préfère avoir les 90 euros (ou la journée au parc astérix qu'on pourra se payer avec).

Vu autrement, pour un individu parfaitement rationnel, le prix maximum auquel il est prêt à acheter un bien devrait être rigoureusement égal au prix minimum auquel il est prêt à vendre ce même bien**. Ces deux prix sont égaux à la valeur subjective que l'individu accorde au bien.

Or, on observe dans de nombreuses expériences, qu'une fois qu'un individu possède un bien, il n'est pas prêt à le vendre à moins qu'on lui en offre une somme substantielle***. Ce phénomène est intitulé "biais de dotation" et désigne le fait que la valeur subjective qu'on accorde à un bien est beaucoup plus élevée lorsqu'on le possède que lorsqu'on ne le possède pas.

Ce biais de dotation permet de comprendre pourquoi, par exemple, je persiste à garder des jeux vidéo auxquels je ne joue plus au lieu de les vendre sur internet (pourtant, à vue de pif, je pourrais me faire pas loin de 150 à 200 euros), pourquoi certains investisseurs sont réticents à vendre des actifs financiers dont le cours d'effondre, ou pourquoi beaucoup de français refusent de placer ne serait-ce qu'un centime de leur argent durement gagné dans des actifs risqués qui rapportent deux fois plus en moyenne qu'un compte épargne (mais qui font courir le risque de perdre le fruit de son labeur auquel il est attaché !)****.

Comment se fait-il que le cerveau humain soit entaché de ce "défaut de rationalité" ?

L'économie évolutioniste peut nous offrir quelques pistes de réflexion. Dans nos sociétés, les marchés fonctionnent relativement bien. Si je veux aller vendre mes possessions à la brocante, il est peu probable qu'un acheteur intéressé m'assome d'un coup de massue pour s'emparer de mes biens en me laissant, inerte, sur le pavé. De même, je peux quitter mon appartement sans craindre (excessivement) de le retrouver fracturé et vidé de son contenu.

Cependant, il n'y a pas si longtemps (c'est-à-dire à la préhistoire), ce scénario n'était pas si improbable que ça. L'échange n'était pas un acte naturel et facile à cause du risque de se faire attaquer et voler. De ce fait, les individus qui accordaient une valeur excessive à leurs possessions avaient probablement un avantage et ont donc été sélectionnés par l'évolution. Notre cerveau est donc "programmé" pour protéger nos possessions, et le biais de dotation est un outil que l'évolution a trouvé pour atteindre cet objectif.

Aujourd'hui, l'environnement a changé : la police nous protège, la loi permet de faire respecter les contrats, on punit les voleurs, on peut trouver des marchés pour acheter et vendre tout et n'importe quoi... Mais notre cerveau, lui, n'a pas eu le temps de s'adapter et possède toujours des propriétés qui étaient utiles il y a plus de 5 000 ans, mais qui aujourd'hui sont contre-productives.

Cette théorie est d'autant plus convaincante que le biais de dotation n'est pas observé que chez les humains mais également chez les singes !


En attendant, Noémie a reçu le pendentif et il est très joli :-)




* Certains me diront qu'elle peut également épargner cette somme. Ceci dit, si on considère l'épargne comme une consommation différée, on peut toujours imaginer qu'elle hésite entre acheter le pendentif aujourd'hui ou acheter un autre bien plus tard et ça revient au même.

** Les plus tatillons me feront remarquer que ce n'est vrai qu'en l'absence de coût de transaction. Effectivement, vendre un objet sur eBay nécessite un certain effort : il faut poster l'annonce, répondre aux questions des acheteurs potentiels, expédier le colis... Néanmoins, l'écart entre le prix de réserve à l'achat et le prix de réserve à la vente est tellement énorme que les seuls coûts de transaction ne sauraient l'expliquer.

*** Voir par exemple le chapitre consacré au biais de dotation dans l'ouvrage de Dan Ariely C'est (Vraiment ?) Moi qui Décide.

**** Il y a une grande proximité entre le biais de dotation et l'aversion aux pertes, le fait qu'on évalue différemment les pertes et les gains dans un environnement risqué (en moyenne, les gens attribuent un poids deux fois plus important aux pertes qu'aux gains dans leur prise de décision).


jeudi 3 juin 2010

Concurrence et stabilité des salaires

La concurrence est typiquement un thème où les économistes et les non-économistes ont des avis opposés. Les économistes y voient une force qui pousse les entreprises à innover, qui contribue à maintenir des prix les plus bas possibles et qui incite les individus à donner le meilleur d'eux-mêmes. Les non-économistes mettent souvent en avant le fait que la concurrence accroît l'instabilité des marchés et impose une pression supplémentaire sur les travailleurs.

Je viens de découvrir une étude qui va probablement contribuer à réduire le fossé entre les économistes et les non-économistes. Elle date de 2004 et son auteur, Marianne Bertrand, l'a intitulée "De la poignée de main invisible à la main invisible ?". Qu'entend-elle par là ?

Un peu de théorie : le partage du risque entre l'employeur et le travailleur

Imaginons un marché du travail parfaitement concurrentiel. Dans ce scénario irréaliste, il y a un grand nombre d'employeurs et un grand nombre de travailleurs potentiels. De ce fait, un travailleur peut faire jouer la concurrence entre les entreprises. Tant qu'on lui paie un salaire inférieur à sa productivité réelle, une autre entreprise a intérêt à lui proposer un salaire légèrement supérieur pour le débaucher. Après tout, une entreprise n'a aucune raison de ne pas saisir l'opportunité de recruter quelqu'un qui rapporte plus que ce qu'il coûte. C'est pourquoi, dans ce monde fictif, les salaires sont toujours égaux à la productivité des travailleurs.

Dans la pratique, la productivité d'un salarié n'est pas une donnée figée et invariante dans le temps. L'environnement économique évolue très vite. Les besoins en mains d'oeuvre également. Un type de compétence peut être très recherché à un moment T mais délaissé par la même entreprise à un moment T+1. Si les salaires devaient toujours être égaux à la productivité, on observerait des variations permanentes. Un salarié ne pourrait jamais prévoir combien il serait payé le mois prochain.

Pour une entreprise employant un grand nombre de salariés, ça ne serait pas très dérangeant d'ajuster les salaires au jour le jour (à part les coûts administratifs que cela supposerait). Si le risque est réparti sur un grand nombre de travailleurs, la loi des grands nombres nous montre que le risque sera relativement dilué à l'échelle de l'entreprise*. En revanche, à l'échelle du salarié, l'incertitude serait insupportable. Les manifestations suite à la tentative d'instauration du CPE montrent que beaucoup de gens détestent travailler dans un environnement incertain.

Dans le jargon des économistes, on dira que le salarié est plus adverse au risque que l'entreprise, parce que la variation de son salaire a un impact beaucoup plus important sur lui que sur l'entreprise.

La conséquence de ceci est qu'au moment de l'embauche, l'employeur et le travailleur ont intérêt à conclure un contrat implicite. L'employeur va proposer le deal suivant :
"Ok, je vais vous payer un tout petit peu moins que ce que vous valez, mais en échange, je vous garantis la stabilité de votre salaire."
C'est pourquoi certains économistes affirment que le marché du travail est plus gouverné par une "poignée de main invisible" que par une "main invisible".

Ce contrat implicite vise à transférer une partie du risque du salarié vers l'employeur ce qui, je pense que vous en conviendrez, est plutôt souhaitable.

Quel rapport avec la concurrence ?

Comment la pression concurrentielle perturbe le contrat implicite

Une firme qui stabilise le salaire de ses employés prend un risque. Elle s'engage à ne pas diminuer le salaire si les conditions économiques sont défavorables. Se faisant, elle s'expose au risque de se faire voler des parts de marché par d'autres firmes ayant des politiques salariales plus flexibles. De ce fait, un accroissement de l'intensité de la concurrence peut mettre en péril les firmes qui adoptent une politique salariale trop rigide et notamment celles qui ont passé un contrat implicite.

Comment savoir si ce mécanisme fonctionne dans la pratique ? L'auteur nous dit que si c'est le cas, on devrait observer le phénomène suivant :
  • Lorsque la concurrence est peu intensive, les salaires sont influencés par la conjoncture au moment de l'embauche et varient peu par la suite.
  • Lorsque la concurrence est intensive, les salaires sont assez indépendants de la situation économique au moment de l'embauche et dépendent surtout des fluctuations économiques.
Pour tester cette théorie, elle utilise les variations dans les taux de change (qui influent le prix à la consommation des produits importés et donc le degré de concurrence) et regarder si ces fluctuations déterminent les politiques salariales.

Et effectivement, elle trouve que lorsque la concurrence devient plus intense, les salaires deviennent beaucoup plus sensibles aux fluctuations économiques et gagnent en instabilité, ce qui est préjudiciable aux salariés.

Typiquement, cette étude met en évidence un coût associé au processus de destruction-créatrice qui est souvent négligé par les économistes dans les modèles théoriques. Généralement, on enseigne par exemple les modèles de commerce international en faisant une comparaison entre avant/après l'ouverture des frontières. Dans le cas standard, on en conclut que le "bien-être total" est supérieur après ouverture des frontières. Toutefois, un prof un minimum rigoureux doit non seulement préciser que certains sont gagnants et d'autres sont perdants mais également que les changements dans l'environnement économique impliquent un coût non-négligeable pour un certain nombre d'individus comme le montre cette étude.
* Cette analyse n'est pas tout à fait exacte. La loi des grands nombres ne tient que si les variations de productivité des différents salariés sont toutes indépendentes. Or, dans la pratique, il arrive que les entreprises subissent des chocs qui affectent la productivité de tous les salariés à la fois. Supposons par exemple que l'entreprise subisse un choc de demande qui l'oblige à baisser ses prix. Comme chaque produit se vend moins cher, tous les salariés voient leur productivité chuter si on évalue celle-ci en valeur. La démonstration simplifiée dans le corps du billet vise simplement à montrer que le risque est plus important à l'échelle du salarié qu'à l'échelle de l'entreprise.