dimanche 30 mai 2010

Quel intérêt de savoir parler Anglais ?

Via Voxeu, je découvre une étude menée en Inde qui s'intéresse au lien entre la maîtrise de l'anglais et le salaire moyen :













Ce graphique montre qu'en moyenne, ceux qui maîtrisent l'anglais ont des salaires plus élevés. La question qui se pose est de savoir si cette corrélation est bien une causalité ou pas. Est-ce que le fait de parler anglais accroît le salaire ou est-ce que les gens qui ont un bon job sont aussi ceux qui en moyenne sont le plus éduqués et parlent mieux anglais ?

D'après les auteurs, c'est le cas. Ils estiment que le fait de savoir parfaitement parler anglais pour un indien accroît le salaire d'un tiers. De plus, cette prime est d'autant plus grande que l'individu a un diplôme élevé. Après lecture de l'étude, je pense que ces estimations sont un peu surevaluées mais que le rendement de l'apprentissage de l'anglais n'est pas négligeable pour autant.

Du côté des points négatifs, les auteurs ont l'impression d'observer des "rendements décroissants" : plus il y a de travailleurs qui parlent anglais, moins il devient intéressant d'apprendre l'anglais. Ils montrent que la maîtrise de l'anglais est rentable pour tous les travailleurs "adultes" mais que les plus jeunes ne peuvent en tirer un avantage que s'ils ont un haut niveau d'éducation.

Est-ce que ces résultats sont transposables aux pays industrialisés ? Les auteurs ne le disent pas, mais à mon avis, c'est plus que probable, bien que le supplément de salaire est sans doute moins élevé par rapport à l'Inde.


mercredi 26 mai 2010

L'invasion de la musique américaine ?

Beaucoup de gens sont effrayés à l'idée que les produits culturels venus de l'étranger envahissent leur pays et évincent les produits culturels locaux.

Ferreira et Waldfogel se sont intéressés au cas particulier de la musique et nous démontrent que finalement, s'il y a bien un pays dont il ne faut pas avoir peur, c'est bien les Etats-Unis !
Ce graphique représente la part de marché de chaque pays dans les exportations totales de musiques. Pour des raisons de comparabilité, la part de marché est divisé par la part de la production du pays dans le PIB mondial. On se rend compte que les Etats-Unis ne sont jamais vraiment démarqués, contrairement à d'autres pays. Ils ont systématiquement eu un niveau d'exportation de musique légèrement inférieur à ce qu'on pourrait attendre d'un pays de cette taille !

samedi 22 mai 2010

Lutter contre la violence à l'école en supprimant la carte scolaire ?

Mai 1994. Le ministère de l'éducation Israëlien a approuvé la mise en place d'un programme expérimental dans le 9ème arrondissement de Tel-Aviv. Ce programme autorise les élèves et leurs familles à choisir le lycée dans lequel ils veulent étudier.

Dans la langue tortueuse des économistes, on dit que cet événement est une "expérience naturelle". Traditionnellement, une expérience contrôlée consiste à appliquer un traitement à un groupe, puis à comparer ce groupe avec un groupe témoin qui n'a pas reçu de traitement. En sciences sociales, devant la difficulté à organiser des expériences, on s'est vite rendu compte qu'on pouvait profiter des "expériences naturelles", c'est-à-dire des événements qui reproduisent à peu près les conditions d'une expérience contrôlée.

Ici, un groupe d'étudiants subit brutalement un "traitement" : on les autorise à choisir leur lycée, alors qu'ils étaient auparavant contraints. Victor Lavy s'est donc amusé à comparer les résultats scolaires de ces étudiants avec ceux d'étudiants habitants dans les autres arrondissements de la ville ou dans les villes proches qui, eux, étaient toujours contraints par la carte scolaire.

Il trouve que le taux d'abandon a diminué de 6 à 8 points pour les élèves ayant choisi leur lycée alors qu'il est resté stable dans les groupes de contrôle. Ca représente une diminution d'environ un tiers, ce qui est énorme.(surtout qu'il s'agit d'une zone plutôt défavorisée). De même, il estime que cette politique a accru les notes des élèves de 8 à 12%.

Néanmoins, il y a un autre élément qui a particulièrement retenu mon attention (et qui, du coup, m'a maintenu éveillé pendant la présentation de Victor Lavy qui, bien que très intéressante, traînait en longueur). Il a découvert que cette politique semble avoir fortement amélioré le "climat" dans les lycées. Il exploite les réponses à une enquête dans laquelle on demandait aux élèves de donner leur avis sur les affirmations suivantes :
- L'ambiance est souvent bruyante dans la classe et non propice à l'apprentissage,
- Il y a  fréquemment des bagarres entre les élèves de ma classe,
- J'ai été personnellement impliqué(e) dans de nombreuses bagarres cette année à l'école,
- Parfois, je suis effrayé à l'idée d'aller à l'école à cause des élèves violents.

Bien que la politique de choix du lycée n'ait pas eu d'effet sur les réponses à la quatrième question, elle semble avoir significativement réduit la perception de la violence à l'école d'après les réponses aux trois premières questions. De plus, les relations prof/élèves semblent également s'être fortement améliorées via notamment une raréfaction des agressions verbales. Comment expliquer que la violence puisse décroître si on laisse les élèves choisir leur lycée ?

Un élément de réponse peut se trouver dans le fait que la politique de choix du lycée a fortement accru la proportion d'étudiants se déclarant bien intégrés et satisfaits de leur lycée. Il n'est pas évident de savoir si la chute de la violence a provoqué une hausse de la satisfaction ou si la hausse de la satisfaction a fait chuter la violence (probablement les deux), mais je pense à titre personnel que l'acte de choisir son lycée a conduit à une responsabilisation de certains étudiants. Peut-être que ça permet à certains de se sentir moins "contraints" d'aller à l'école et un peu plus aux commandes de leur avenir.

L'interprétation de ces résultats est sujette à débat et l'idée que je m'en fais est très spéculative, mais ça ouvre des perspectives intéressantes.


jeudi 20 mai 2010

Nous avons tous un super pouvoir

Via le blog Economist's View, je suis tombé sur un post de David Andolfatto qui rebondit sur une affirmation de Ron Paul. Ce dernier s'inquiète du fait que la FED ait le pouvoir de créer de la monnaie "out of thin air" (à partir de rien). Ce à quoi David répond :
"La FED a la faculté de créer de la monnaie "à partir de rien". Chaque fois que j'entends cette expression, je glousse. Nous avons tous le pouvoir de créer de la dette "à partir de rien". Quand Microsoft créé des actions pour financer une acquisition, il les créé "à partir de rien". Si un ami vous invite à boire une bière et que vous lui promettez de le rembourser la semaine prochaine, vous créez une obligation "à partir de rien". Waaaa, "à partir de rien" !"


mardi 18 mai 2010

Nos phobies économiques

C'est le titre du dernier livre d'Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia. Dans celui-ci, nos économistes se proposent d'analyser ces sujets économiques qui nous font peur : la crise financière, l'érosion du pouvoir d'achat, le chômage, les délocalisations, l'immigration et bien d'autres.

La réaction naturelle face à ces inquiétudes consiste à élaborer des fantasmes. Le chômage explose en France ? C'est la faute aux immigrants/à la mondialisation/aux banquiers véreux/aux économistes libéraux/à Nicolas Sarkozy (rayez les mentions inutiles). La crise financière ? C'est la faute aux traders/aux banquiers véreux/aux spéculateurs/aux économistes libéraux/à Nicolas Sarkozy. Selon les individus, on oscille entre le déni, le fatalisme ou la chasse aux sorcières.

Ces schémas mentaux simplistes sont une façon de lutter contre l'incompréhension suscitée par la complexité de nos sociétés. Ils ne permettent néanmoins pas de soulager les individus de leurs inquiétudes. Il n'est pas évident de vivre avec l'idée que notre emploi peut être délocalisé du jour au lendemain ou que notre système d'assurance-santé sera en faillite avant notre retraite. Pire encore, ils incitent les politiciens à "surfer" sur les peurs des citoyens, ce qui les conduit à proposer des réformes inadéquates comme réguler les rémunérations des traders pour empêcher les crises financières futures.

Les auteurs font le pari de "soigner" les phobies des lecteurs en essayant d'expliquer de manière objective le pourquoi du comment des problèmes économiques qui nous font peur.

Dans chaque chapitre, la thérapie se déroule de la manière suivante. Tout d'abord, il s'agit d'admettre l'existence du problème en question : Oui, les prix augmentent alors que certains ménages voient leur revenu stagner ou même diminuer. Le but est ensuite d'examiner les "fantasmes populaires" autour du problème de manière à les disséquer et à séparer le vrai du faux : face à l'augmentation des prix, on accuse l'indice des prix de l'INSEE de sous-estimer l'inflation réelle. Certes, cet indice est très imparfait pour de nombreuses raisons que les auteurs détaillent, mais la quête de "l'indice parfait" est de toutes manières vouée à l'échec. Aucun indice ne pourra refléter fidèlement l'inflation telle qu'elle est vécue par chaque citoyen.

Pour finir, l'ouvrage tentera à chaque fois de nous conduire subtilement du faux problème vers le vrai problème : le problème n'est pas la mesure de l'augmentation des prix, ni même l'augmentation des prix. Ce qui doit nous inquiéter, c'est plutôt l'accroissement des inégalités et le fait que l'accroissement constant du niveau de vie moyen en France est de plus en plus capté par les ménages les plus aisés.

Cet exercice est répété pour huit thèmes distincts. Par exemple, Alexandre et Stéphane expliquent que le chômage est effectivement un problème préoccupant en France. La réaction naturelle consiste à pointer du doigt les destructions d'emplois : usines qui ferment, délocalisations, licenciements massifs... De ce fait, les politiciens ont naturellement mis en place des politiques pour empêcher les destructions d'emplois, considérées comme étant à la racine du chômage. Ce que nos deux économistes montrent, c'est que les destructions d'emplois sont loin d'être anormales dans les économies capitalistes et qu'elles sont en permanence compensées par des créations d'emplois souvent au moins aussi nombreuses. De plus, toute tentative pour freiner les destructions d'emplois freinera mécaniquement les créations d'emplois, laissant le chômage inchangé. Par la suite, les auteurs passent à la loupe les autres fausses explications du chômage (mondialisation, excès de population active) avant d'aborder les causes réelles.

Cet ouvrage tente de prendre les devants dans le domaine de la vulgarisation. Trop d'économistes ne font pas l'effort d'anticiper les "schémas mentaux préexistants" lorsqu'ils expliquent l'économie. La difficulté réside dans le fait que les idées erronées sont souvent plus séduisantes, plus simples et nécessitent moins d'efforts intellectuels. Si on tente uniquement d'expliquer la réalité économique telle qu'elle est, on se heurte à une concurrence déloyale avec les idées fausses. Si on tente uniquement de désamorcer les idées fausses, on se heurte à une résistance des individus qui n'ont pas envie de se retrouver nus face à la complexité de la réalité économique. Notre seule chance est de faire les deux à la fois.

Alexandre et Stéphane ont fait un énorme effort de pédagogie qui contribuera, je l'espère à réduire la distance entre les économistes et leur public.


vendredi 14 mai 2010

Faire de la recherche en étant bourré...

...ça marche ! La preuve.

(Merci à Olivier pour le lien)

lundi 10 mai 2010

Les frontières biaisent les statistiques du commerce

Je vous adresse tout d'abord quelques excuses. Ce blog va tourner au ralenti pendant quelques temps. En effet, je célèbre mes fiançailles le week-end prochain et je suis très très pris par l'organisation. Je n'aurai donc pas vraiment le temps de faire des beaux billets bien rédigés et bien détaillés ces jours-ci !

Via Economic Logic (un blog que je commence à adorer), j'ai découvert un papier amusant qui souligne un gros problème dans les statistiques du commerce international. Les auteurs pointent du doigt le fait que le nombre d'Etats indépendants a explosé depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. En 1948, la planète était divisée en 72 pays contre 192 aujourd'hui.

Finalement une question toute conne qu'on pourrait se poser serait : est-ce que l'accroissement du commerce international depuis 60 ans peut s'expliquer (en partie) par l'augmentation du nombre de frontières ? Car comme le dit Paul Krugman :
"Si le commerce international n'inclut que les cargaisons qui traversent la frontière, il est clair que le volume du commerce dépend fortement de là où on trace la ligne."
Ce qui doit nous mettre la puce à l'oreille, c'est ce graphique qui représente, en abscisse, le nombre de pays indépendants sur la planète et, en ordonnée, un indicateur de volume du commerce international (ici, le taux d'ouverture) :
















Par exemple, on aperçoit clairement le "saut" de 1991 sur l'axe des abscisses qui correspond à l'éclatement de l'URSS. Après cette date, les transactions entre deux pays de l'ex-URSS sont enregistrées dans les statistiques du commerce internationales alors que ce n'était pas le cas auparavant !

L'augmentation du nombre de frontières a deux impacts bien distincts sur le commerce (trois en réalité, mais je réduis à deux pour simplifier). D'une part, comme nous venons de l'indiquer, certains flux commerciaux auparavant nationaux deviennent internationaux. Pour reprendre la terminologie des auteurs, c'est l'effet "artefact statistique". D'autre part, on peut penser que la création d'une frontière a des chances de gêner le commerce qui passe par cet endroit, à la fois parce que les frontières sont généralement synonymes de barrières protectionnistes (qu'elles soient tarifaires ou non-tarifaires) et ensuite parce qu'une frontière n'apparaît généralement pas par hasard mais plutôt à la suite de processus politiques plus ou moins "violents" qui ont des chances d'interagir négativement avec le commerce. C'est ce que j'appellerai "l'effet réel".

Quoi qu'il en soit, les auteurs se sont livrés à une analyse statistique approfondie pour essayer de démêler un peu tout ça. Tout d'abord, ils découvrent qu'un sixième de la croissance du commerce international depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale est dû à cet artefact statistique. Les statistiques dont on dispose ont de bonnes chances d'avoir surévalué le volume du commerce international.

Ensuite, ils montrent que l'accroissement du nombre de frontières a réduit de 4% le volume du commerce sur la même période, une fois que l'on corrige de l'effet "artefact statistique".

Reste à savoir dans quelle mesure les résultats des études antérieures sont affectés par cette "erreur" statistique...


jeudi 6 mai 2010

Quel est le coût de la marée noire pour BP ?

Ben Fissel, sur le blog Econbrowser tente une estimation (qu'il admet grossière) du coût de la marée noire pour British Petrolum. Ce montant inclut non seulement les frais de nettoyage mais également les pertes de profits et les dommages et intérêts que l'entreprise devra verser.

Pour mener cette estimation, il compare le cours de l'action avec ce qu'il aurait été si la marée noire n'avait pas eu lieu. Bien évidemment, comme on ne peut observer directement ce qu'aurait été l'évolution de l'action en l'absence de marée noire, il faut simuler cette évolution en exploitant l'historique du cours.

D'après lui, à la clôture du marché le 4 Mai, l'action était à 51,20$. En l'absence de marée noire, il estime qu'une action aurait valu 58,11$. Si on multiplie cette perte nette de 6,91$ par le nombre d'actions, 3,13 milliards, on obtient un montant total de 21,26 milliards de dollars

Ce nombre correspond à l'estimation que le marché fait du coût de la marée noire pour BP. Donc, quelque part, il me semble que les entreprises pétrolières ont effectivement une incitation économique à éviter les marées noires (à titre de comparaison, un tel coût fait plus qu'anéantir tous les profits réalisés en 2009). Certains fustigent la "logique économique" comme étant responsable de tels accidents. Mais le problème ne vient pas de la logique économique en tant que telle. Le problème est plutôt de savoir si le prix payé par l'entreprise est à la hauteur des dégâts environnementaux. Dans un monde idéal, l'entreprise doit payer exactement le montant des dégâts dont elle est responsable (et encore, je suis sceptique pour des raisons que j'évoquerai plus loin).

Par exemple, dans une étude célèbre (que mes étudiants de Sciences Po se sont farcis en détails), Carson, Mitchell et leurs coauteurs ont estimé que les dégâts de la marée noire de l'Exxon Valdez s'élevaient à 2,8 milliards de $ (au sens où les ménages américains pris dans leur ensemble étaient prêts à payer ce montant pour éviter un accident similaire).

D'après les maigres informations que j'ai pu réunir, il semble que la catastrophe du Golf du Mexique est pire que celle de l'Exxon Valdez. Il est encore trop tôt pour se prononcer, mais à moins que la marée noire actuelle soit au moins 7,5 fois pire que celle de l'Exxon Valdez, le coût pour l'entreprise est à la hauteur des dégâts.

Néanmoins, ce raisonnement n'est valide que si on considère l'entreprise comme une entité soudée qui maximise son profit comme dans les modèles néoclassiques traditionnels. La question que je me pose est de savoir qui va subir ce coût au sein de l'entreprise elle-même (ou en dehors). Est-ce que ce sont les actionnaires ? Les dirigeants ? Les salariés ? Les consommateurs ? Il se pose là ce qu'on appelle un problème d'agence. Pour que le coût financier soit une incitation efficace à investir dans la sécurité, il faut que la facture arrive sur le bureau de ceux qui sont directement responsables de la sécurité sur les plates-formes pétrolières.

Honnêtement, je n'ai aucune idée de comment les coûts vont être répercutés. Si quelqu'un a des idées ou des informations, je suis client.


mercredi 5 mai 2010

En beauté...

Certains se sont peut-être aperçus que j'avais publié un billet un peu incendiaire sur les travaux de Patrick Artus.

Un lecteur du blog m'a fait remarquer que je m'étais fait avoir par un poisson d'avril... J'ai donc immédiatement supprimé le billet.

Heureusement, je ne suis pas le seul à être tombé dans le panneau.

Edit : Pour me défendre contre les commentaires à côté de la plaque, je précise que mon post original était une critique virulente de cette étude où j'expliquais pourquoi elle était bidon et je me demandais comment un économiste sérieux pouvait faire une étude aussi pourrie.

mardi 4 mai 2010

Le mystère du temps de travail des étudiants

En 1961, un étudiant américain à l'université avait une charge de travail scolaire de 40 heures en moyenne. En 2003, elle n'était plus que de 27 heures. C'est la conclusion à laquelle aboutissent Babcock et Marks après analyse de plusieurs enquêtes réalisées dans les universités américaines entre ces deux dates.

La première hypothèse qui nous vient à l'esprit est que les étudiants qui peuplent les universités ne sont pas les mêmes entre 1961 et 2003. Peut-être que, par exemple, sous l'effet de la démocratisation scolaire, les universités de 2003 acceptent plus d'étudiants de milieux défavorisés et que ces étudiants travaillent moins. Nos deux chercheurs montrent pourtant que cette hypothèse ne tient pas. Aucune des caractéristiques observables des étudiants (sexe, âge, origine ethnique, diplôme des parents...) n'est en mesure d'expliquer cette évolution sur la période de temps considérée : la baisse du temps de travail se retrouve dans tous les groupes démographiques.

Après avoir cherché sans succès des explications du côté de la formulation des questions dans les différentes enquêtes ou de la représentativité de l'échantillon, les auteurs de l'étude admettent qu'ils ne savent pas pourquoi le temps de travail des étudiants a autant diminué à l'université.

Peut-être que les étudiants sont plus efficaces (par exemple l'arrivée des traitements de texte a probablement réduit le temps nécessaire pour rédiger un mémoire ou une dissertation), peut-être que les normes institutionnelles ont évolué, ou peut-être que des évolutions du marché du travail ont altéré les décisions prises par les étudiants. Mais les chercheurs admettent que les données dont ils disposent ne leur permettent ni d'informer ni de conformer ces hypothèses.