mercredi 20 octobre 2010

Politiques éducatives et fainéantise des étudiants

Dans le cadre de la réforme du lycée, les établissements sont supposés se mettre en quatre pour aider les étudiants en difficulté : tutorat, stages de remise à niveau, "accompagnement personnalisé"... Parmi les nombreuses questions qui envahissent le débat public, il y en a une dont la réponse est loin d'être évidente : comment les étudiants vont-ils réagir si les établissements scolaires les aident davantage ? Vont-ils saisir cette opportunité et travailler plus ? Vont-ils au contraire profiter de l'aide qui leur est fournie pour travailler un peu moins ?

Les économistes sont bien habitués à cette question puisqu'elle a une formulation très simple dans le vocabulaire de la théorie des jeux. Imaginons la confrontation des deux acteurs qui nous occupent : l'étudiant et le lycée. L'étudiant aimerait bien obtenir les meilleurs résultats possibles avec un effort minimum. Le lycée aimerait bien que l'étudiant réussisse le mieux possible tout en minimisant les coûts. Les deux acteurs ont donc un objectif commun, mais doivent partager l'effort.

Dans ce modèle simple, que se passe-t-il lorsque le lycée accroît son "effort", par exemple en instaurant un système coûteux de tutorat ? Est-ce que l'étudiant va travailler plus ou va travailler moins ? La réponse est : on ne peut pas savoir a priori. Si les mesures prises par le lycée accroissent l'efficacité du travail de l'étudiant, celui-ci va travailler plus. En revanche, si les efforts fournis par le lycée tendent à "remplacer" une partie du travail de l'étudiant, celui-ci sera tenté de travailler moins. Théoriquement, on ne peut pas savoir. La seule solution consiste à mener une étude empirique.

C'est ce qu'on fait trois chercheurs à partir de données sur des étudiants britanniques. Ils découvrent que plus les écoles et les enseignants font des efforts pour les étudiants, moins les étudiants travaillent. Bien évidemment, il ne s'agit que d'une moyenne. Il est probable que les mesures prises par les établissements scolaires n'aient pas toutes le même effet. Mais ce résultat est quand même très intéressant car il montre que les politiques visant à aider les étudiants peuvent, malgré toute la bonne volonté qui les accompagne, avoir des effets pervers. Il faut donc être extrêmement prudent lors de leur mise en place.


11 commentaires:

  1. C'est un peu comme le lien entre réussite scolaire et taille des classes. Cela semble évident mais en même temps les "grands" lycées sont ceux qui ont les classes les plus remplies.

    Je n'ai pas lu le papier dont tu parles mais un élève fainéant a-t-il plus de difficultés scolaires? Un élève qui a besoin d'être encadré réussira-t-il moins bien? Ce sont des questions dont la réponse me semble difficile à analyser.

    RépondreSupprimer
  2. Merci pour le lien !

    C'est intéressant, néanmoins il me semble que l'objectif ultime n'est pas de "faire travailler les étudiants", mais de leur faire apprendre un savoir ou des compétences. Il me semble difficile de justifier rationnellement qu'en aidant les étudiants plus in fine ceux-ci apprennent moins.

    En revanche il est effectivement important d'être conscient qu'il y a un effet de substitution, on peut même imaginer que celui-ci neutralise totalement la politique d'aide (exemple : les étudiants visent seulement le niveau de connaissance T qui permet d'être reçu à l'examen, et minimisent le coût pour atteindre ce niveau). En tout cas les étudiants ne sont probablement pas moins bons après la politique, simplement ils ont peut-être tellement peu progressé que cela ne justifie pas le coût de l'aide supplémentaire.

    RépondreSupprimer
  3. J'ai moi même été le type d'étudiant ultra rationnel dont vous parlez [ça c'était avant de découvrir les blogs d'éco].

    La recette qui me poussait à bosser et donc à acquérir des connaissance (le plus souvent malgré moi) était la suivante : obligation de rendre chaque semaine un travail préparé à la maison.
    Les clés de la réussite de cette méthode :
    -l'existence d'une sanction crédible (ie un 0 au bout de deux travaux non préparés ou toute autre variante);
    -la quasi certitude d'avoir une note correcte si le travail a été fait à peu près sérieusement : si le travail ne paie pas à quoi bon travailler ;
    -la forte implication de la chargée de TD qui chaque semaine se tapait un gros paquet de copies doubles à corriger.

    RépondreSupprimer
  4. Le sage dit "on ne peut pas faire boire un âne qui n'a pas soif"

    RépondreSupprimer
  5. intéressant post, c'est à peu de choses près ce que je pense sur l'efficacité du plan licence...

    RépondreSupprimer
  6. Gérard Dréan a dit Le sage dit "on ne peut pas faire boire un âne qui n'a pas soif"

    c'est très un joli proverbe (je ne dirais pas ce que Voltaire pensait des citations) mais ça n'a rien à voir. Comme les étudiants ne sont pas des ânes, on peut très bien leur faire apprendre quelque chose sans qu'ils s'en rendent compte : par jeu, par répétition, en utilisant leur esprit de contradiction...

    RépondreSupprimer
  7. La lecture de l'article me semble bâclée... La prédiction n'est que théorique mais pas vraiment confirmée empiriquement. "Que disent les économistes": des conneries!

    RépondreSupprimer
  8. ou plutôt "que dit UN économiste"

    RépondreSupprimer
  9. @Anonyme : " La prédiction n'est que théorique mais pas vraiment confirmée empiriquement."

    C'est vous qui n'avez pas lu l'article. Il y a une étude empirique associée.

    Eh oui, je sais que c'est chiant de lire les tableaux avec les chiffres à la fin de l'article, mais ça fait partie du boulot d'économiste.

    RépondreSupprimer
  10. Ils font peut être moins d'effort mais ont au final de meilleurs résultats (et oui c'est chiant les long tableaux de régressions...)

    RépondreSupprimer