mercredi 25 août 2010

Les PME sont tellement sexy...

Il est très en vogue de déclarer que les PME (petites et moyennes entreprises) sont plus importantes que les grosses entreprises. Peut-être parce que les grosses entreprises sont une cible récurrente des fantasmes des mouvements anti-capitalistes ? En tout cas, les hommes politiques aiment bien déclarer qu'ils vont aider les PME. C'est vendeur, c'est sexy, et personne ne peut venir le leur reprocher. Ont-ils pour autant raison ?

L'argument sous-jacent est que les PME créent plus d'emplois que les grandes entreprises. Pourtant, une étude menée par trois chercheurs américains montre que ce fait statistique est très fortement exagéré. Ils affirment que les petites entreprises créent beaucoup d'emplois certes, mais c'est essentiellement parce qu'une grande partie de ces entreprises sont jeunes. Or, les entreprises qui viennent juste d'être créées sont fortement susceptibles d'embaucher. En fait, lorsqu'on regarde le lien entre la taille des entreprises et le nombre d'emplois créés, on est victimes d'un artefact statistique. En réalité, ce n'est pas tant la taille qui compte mais plutôt l'âge.

Donc contrairement à ce que disent les hommes politiques, ce ne sont pas les petites entreprises qui sont "le fer de lance de la croissance" ou je ne sais quel autre slogan pourri, mais les jeunes entreprises.

Deuxièmement, les auteurs de l'étude affirment que ce n'est pas forcément très judicieux de juger de l'importance d'une catégorie d'entreprises en regardant simplement les créations d'emplois. Car si les jeunes entreprises créent beaucoup d'emplois, elles en détruisent également une grande partie ! Sous cinq ans, 40% des emplois créés par les jeunes entreprises sont détruits, ce qui tempère un peu le bilan. La raison en est que les jeunes entreprises sont souvent l'occasion de démarrer de nouveaux projets risqués menés par des entrepreneurs un peu trop confiants dans leurs chances de réussite et que le risque d'échec est élevé. Les emplois créés ne comptent donc pas parmi les plus stables.

Faut-il pour autant s'abstenir de soutenir les jeunes entreprises ? Non, car l'économie croît par un processus d'essais et d'erreurs. Les jeunes entreprises, même si elles ont de fortes chances de disparaître rapidement, sont à l'origine de nombreuses innovations sources de croissance. Il est impossible d'avoir beaucoup d'entreprises innovantes sans avoir en même temps beaucoup d'entreprises qui tentent d'innover mais qui se cassent la gueule.


7 commentaires:

  1. Article très interessant, merci du partage :)

    RépondreSupprimer
  2. Mais quid du "tissu de PME moyennes en Allemagne" censé réagir plus vite que les grands groupes et être plus aptes à l'export que les petites entreprises? Sans compter le fait qu'elles n'ont pas les moyens ou intérêt à délocaliser.

    RépondreSupprimer
  3. je suis tout à fait d'accord avec ta conclusion: le simple fait que certaines réussissent justifie que l'on finance des projets innovants, y compris ceux qui ne marcheront pas.

    Il faudrait par contre trouver les moyens d'accompagner les petites entreprises qui ont passé le cap des trois ans et qui ont des difficultés à trouver des fonds pour passer la deuxième...

    RépondreSupprimer
  4. C'est exactement à ça que servent les fonds de capital-risque.
    Et étant donné le nombre et la variété de ces fonds, si l'entreprise n'en trouve pas un pour la financer, on peut se poser des questions sur la viabilité de son projet.

    RépondreSupprimer
  5. D'abord, bonjour Yannick et enchantée de découvrir ton blog :)
    Ce titre a capté mon attention parce - d'abord, c'est vrai (je travaille dans une petite entreprise) et aussi parce que je suis une américaine venue travailler en France qui s'intéresse aux différences entre les entreprises françaises et américaines.
    Donc justement tes questions sur le soutien des petites entreprises, pour moi dans mon esprit serait - mais bien sûr il faut soutenir les PME! Mais je me recule vite en me disant que c'est parce que je crois toujours que ce sont des échecs qui font la réussite..ce n'est qu'en tentant quelque chose que nous pouvons voir si ça marchera.. et ce n'est qu'en donnant les possibilités aux jeunes entrepreneurs et aux jeunes motivés qu'ils pourraient tester leurs idées et ainsi faire avancer leur société..
    Mais bon. Je suis jeune et très consciente de mon esprit optimiste/idéaliste aussi..

    Au plaisir de te relire très bientôt :)

    Michelle

    RépondreSupprimer
  6. Ah, les joies de l'interprétation des statistiques... Le dilemme est réel : si on veut vraiment avoir un impact sur l'emploi à moyen terme en finançant les entreprises en fonds propres, ce sont paradoxalement les grosses qu'il faut cibler. Mais politiquement, c'est moins facile à vendre : on est toujours suspecté de copinage. Le nombre de créations d'emploi est un indicateur idiot si on ne lui ajoute pas une dimension temporelle : pour créer de l'emploi à court terme, il faut cibler des entreprises jeunes. Pour créer de l'emploi à moyen terme, il faut cibler les grandes entreprises. Pour créer des emplois à long terme, il faut se reposer la question : ce sont peut être bien les jeunes entreprises qui sortent en tête.

    RépondreSupprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.