lundi 5 juillet 2010

Prof réel ou prof virtuel ?

Je viens d'assister à un cours de théorie des jeux évolutionnaire. Ce cours était donné par Ben Polak à l'université de Yale. Pourtant, je ne suis pas parti aux Etats-Unis. J'ai simplement regardé le cours ici, car l'université a eu l'excellente idée de le filmer et de le mettre gratuitement en ligne.

Que penseriez-vous si un de vos amis vous disait qu'il suit les cours d'un prof sur internet ? La première chose qu'on se dit, c'est que c'est moins bien sur internet qu'en vrai. Tout d'abord, on ne peut pas interagir avec l'enseignant. Ensuite, de la même manière qu'une pièce de théâtre à la télé ne vaut pas le fait d'être assis en face des acteurs (en tout cas, c'est mon opinion), l'immersion est bien moins grande sur internet qu'en vrai et peut être grandement limitée par la mauvaise qualité de la vidéo.

Pourtant, je suis très enthousiaste face à cette innovation. Quels sont les avantages ? Premièrement, on sort complètement de la contrainte du déroulement "linéaire" d'un cours classique. Un passage n'est pas clair ? On peut mettre en pause le temps d'aller rechercher un élément sur internet, dans son cours, ou ailleurs ; et/ou revenir en arrière pour revoir le passage difficile. Un passage est ennuyeux ? On est libre de faire une avance rapide, voire de passer directement au cours de la semaine suivante.

La question un peu polémique à laquelle je veux arriver est : peut-on remplacer certains cours "live" par des cours "virtuels" à l'université ? Les avantages sont immédiatement visibles : des économies de personnel, la possibilité de réutiliser les cours des meilleurs enseignants qui peuvent être à l'autre bout du pays et un confort accru pour l'étudiant qui peut aller à son rythme. Le premier petit bémol est que "aller à son rythme" peut également signifier "toujours remettre au lendemain le visionnement du cours" et passer trente heures d'affilée à regarder tous les cours la veille de l'examen. Le deuxième bémol est que les cours sur internet peuvent être moins utiles que les cours en vrai. L'absence d'interaction avec le prof ou avec les autres étudiants peut rendre l'apprentissage plus difficile. La mauvaise qualité du son peut gêner la compréhension du cours, tout particulièrement si celui-ci n'est pas donné dans la langue natale de l'étudiant.

Difficile de faire pencher clairement la balance d'un côté ou de l'autre. C'est pourquoi trois chercheurs ont mis en place une expérience contrôlée afin de vérifier si les cours "online" sont aussi efficaces pour l'apprentissage que les cours "live". Dans une université dont ils ne citent pas le nom, ils ont recruté un certain nombre d'étudiants pour participer à cette expérience en échange d'un petit bonus sur la note finale. Ces étudiants ont été assignés aléatoirement à deux groupes : un groupe où ils n'ont pas accès au cours filmé en ligne mais uniquement à la salle de cours, et un groupe qui s'est vu barré l'accès à la salle de cours mais qui avait accès au cours en ligne.

Ils ont ensuite comparé leurs résultats aux examens et se sont rendus compte que les deux groupes ont eu, en moyenne, des résultats quasiment similaires. Le groupe qui avait uniquement accès au cours sur internet ne s'en est pas plus mal sorti que le groupe qui a assisté aux cours dans la salle. Toutefois, certains sous-groupes d'étudiants, notamment les étudiants ayant un niveau initial plus faible ont eu des notes légèrement inférieures en moyenne lorsqu'ils n'avaient accès qu'aux cours en ligne, mais il est difficile de tirer des conclusions définitives.

De même, certains éléments restent flous : est-ce que les étudiants du groupe qui devait assister aux cours dans la salle n'avaient pas la possibilité de tricher et de regarder les cours sur internet, par exemple en faisant appel à un complice dans l'autre groupe ? Les auteurs pensent que ça a dû au moins arriver quelques fois car certains étudiants ne sont presque jamais venus en cours !

Une initiative prometteuse en tout cas, qui mérite d'être expérimentée davantage. Je doute que les facs françaises s'y mettent rapidement. Un léger espoir du côté des grandes écoles peut-être ?


10 commentaires:

  1. Avant même de finir la lecture de ce billet, j'avais tiré la même conclusion que vous...

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  2. Je sais qu'à la fac certains vendent leurs prises de notes, donc pas forcément besoin des cours en ligne pour tricher :)

    jJ pense qu'il faudrait d'abord commencer par mettre au moins les powerpoint en ligne (c'est assez rare) voir les cours eux-même tout en gardant les "vrais" cours. Et peut être envisager de les diffuser en live, pour pouvoir poser des questions à distance

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  3. @Anonyme :
    Les powerpoint sont de plus en plus souvent disponibles en ligne. J'imagine que les pratiques divergent beaucoup d'une fac à l'autre, mais dans les quelques facs parisiennes que je connais (La Sorbonne, Dauphine, Descartes, Nanterre) c'est très fréquent.

    Le revers de la médaille, c'est que lorsque les étudiants savent qu'ils ont accès aux powerpoint, ils ne viennent plus en cours et ils ont de mauvais résultats. Difficile de savoir si ce sont les mauvais étudiants qui choisissent de ne plus aller en cours et qui auraient eu de mauvais résultats de toutes façons ou si le fait de ne pas aller en cours diminue les résultats.

    Est-ce qu'un powerpoint bien fait donne d'aussi bons résultats qu'une vidéo d'un cours filmé ? Je n'en suis pas convaincu mais je peux me tromper.

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  4. @ Yannick (de la part du même anonyme)

    C'est surtout d'un prof à l'autre que ca change.

    Mais je trouve aberrant de devoir recopier en vitesse des formules ou des définitions qui s'affichent sur un powerpoint alors que l'on pourrait les avoir chez soi ou les imprimer.

    Quant à ceux qui ne viennent plus en cours... serait-ils venus et auraient ils pris le cours de toute manière? J'en doute.
    Dans tous les cas un prof est plus efficace qu'un simple document, mais ce qui est le plus utile, ce sont les TD pas les CM (je dit ca en tant qu'étudiant).

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  5. jacques latutter7 juillet 2010 à 07:40

    Le fait que le cours soit accessible à des personnes qui ne sont pas des étudiants de l'enseignant pose problème.
    D'une part, parce que l'enseignant s'expose à la critique : ces personnes peuvent être plus critiques sur le contenu et sur la forme de l'enseignement, il y a donc un risque que son image professionnelle soit atteinte. Par contre, les professeurs reconnus, médaillés, ont intérêt à diffuser leurs cours parce que cela peut augmenter leur valeur marchande (aux Etats-Unis au moins).
    D'autre part, il y a la question des droits d'auteurs. Quand on donne vos notes à vos étudiants ou vos powert point voire le cours en vidéo, cela peut sembler normal puisque l'université vous paye pour le service éducatif rendu à ces étudiants. Par contre, lorsqu'un cours est diffusé à d'autres, il faut se poser la question de ce que cela rapporte.

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  6. Le powerpoint n'est toujours intéressant, car parfois ça parle pas très bien...Il est muet par moment.

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  7. Voilà un sujet sur lequel j'ai une certaine expérience, et qui m'a passionné en son temps. Bien que ce ne soit pas de l'économie, ça pourrait intéresser certains. Si Yannick pense que non, libre à lui de supprimer ce post.

    Il existe de multiples outils pédagogiques, chacun plus ou moins bien adapté à certaines natures d'enseignements. Réciproquement, chaque enseignement est conçu, explicitement ou implicitement, pour être transmis par un certain véhicule. Par exemple un amphi traditionnel est (théoriquement) conçu pour être présenté en direct à une audience plus ou moins nombreuse, avec donc plus ou moins de possibilité d'interaction avec l'enseignant, pas pour être regardé par une personne seule devant un écran sans possibilité d'interaction.

    D'où l'idée de découper le "cours" en modules et d'utiliser pour chaque module le véhicule le mieux adapté (selon des critères pédagogiques et économiques), en adaptant au mieux la forme du contenu à l'outil pour chaque module.

    Par exemple dès la fin des années 70, certaines formations techniques d'IBM étaient constituées par :
    -un module court en "présentiel" (une demi-journée ou une journée) d'introduction au sujet, à la séquence de modules et aux divers véhicules utilisés
    - des modules de pure acquisition de connaissances en solitaire, pouvant être soit de simples lectures de livres, soit des visionnages de videos, soit des sessions sur ordinateur utilisant des programmes interactifs spécifiques
    - des modules de mise en oeuvre des connaissances acquises, pouvant être soit des travaux pratiques par petits groupes avec instructeur(s), soit des exercices spécifiques en solitaire sur ordinateur
    - des modules de contrôle des connaissances, de nouveau soit par petits groupes avec instructeur(s), soit sous forme de quiz spécifiques en solitaire sur ordinateur
    - des modules de questions-réponses, de nouveau soit par petits groupes avec instructeur(s), soit par mail ou chat sur ordinateur.
    L'ensemble étant conçu, développé et géré comme un tout structuré.

    Nous avions abandonné l'idée que le cours magistral est le véhicule obligé, pour raisonner en termes de "filières" mettant en œuvre tous les véhicules de façon structurée et optimale.

    J'ignore si cette voie a été suivie par d'autres.

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  8. Tout ça pour dire que filmer un cours ou mettre en ligne les PPT est une façon tout à fait rudimentaire d'utiliser les technologies disponibles.

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  9. Apparemment cette voie a été suivie. Je tombe par exemple sur http:///foad.obspm.fr qui me semble bien fichu. Et je suis sûr que ce n'est pas le seul. C'est ça qu'il faut comparer à l'amphi classique, voire au simple amphi filmé.

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  10. Pour ma part, j'espère surtout que ce genre d'"innovation" permettra de remettre un peu en cause le rôle du cours magistral : après tout, c'est une pratique hérité d'un temps où il s'agissait surtout d'économiser sur la copie des livres... D'autres façons d'enseigner sont plus intéressantes et plus efficaces, en particulier pour les étudiants qui sont le moins acculturés aux exigences scolaires et universitaires. Mais cela demanderait des investissements importants dans l'enseignement supérieur.

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