mercredi 23 juin 2010

Les limites politiques de la mondialisation

Les polémiques autour de l'appel d'offre sur les avions ravitailleurs américains montrent que, malgré la baisse continue des coûts de transport, le protectionnisme demeure un choix politique. Même si l'on imaginait un monde où on pourrait téléporter gratuitement les marchandises d'un bout à l'autre du globe, les tensions autour de la fermeture des frontières aux produits étrangers constitueraient une limite au commerce international.

Deux économistes tentent de montrer que la capacité des pays à commercer entre eux est limitée par les sentiments nationalistes et militaristes. D'après eux, lorsque des idées nationalistes se diffusent au sein d'un peuple, celui-ci tendra à se replier sur lui-même et à réclamer la mise en place de politiques protectionnistes.

A l'appui de leur thèse, ils affirment que le nationalisme pris dans un sens large est généralement associé à un regain de vigueur des doctrines militaristes, dont l'expérience américaine du 11 septembre fournit une illustration tellement parfaite qu'elle frise la caricature. Or, ils constatent que, sur une vingtaine d'années, lorsqu'un pays augmente ses dépenses militaires ou la taille de son armée, la part du commerce extérieur dans son PIB tend à diminuer (même lorsqu'on limite l'analyse aux pays en paix).  Donc, le lien entre accroissement des dépenses militaires et chute du commerce pourrait être révélateur de l'impact du nationalisme sur le refus d'acheter des produits importés.

Ceci est confirmé par des études antérieures (notamment celle-ci et celle-là), qui montrent que les sentiments nationalistes chez un individu vont généralement de pair avec un soutien aux politiques protectionnistes.

Néanmoins, difficile de savoir ce qu'on mesure réellement dans ce genre d'exercice statistique. L'idée selon laquelle l'augmentation des dépenses militaires résulte de "l'humeur politique du moment" et notamment de la résurgence du nationalisme me paraît relativement convaincante. Affirmer que la chute du commerce qui y est associée est la conséquence de ce même sentiment patriotique est plausible. Le problème, c'est que les méthodes statistiques utilisées par ces deux économistes les poussent à rester volontairement flous sur ce qu'ils entendent réellement par "nationalisme". On croit comprendre que, dans le cadre de leur démonstration, il s'agirait d'un sentiment général de défiance vis-à-vis des étrangers. Ils affirment que la définition réelle n'a pas d'importance puisque d'autres travaux ont abouti à la conclusion que toutes les mesures statistiques du nationalisme que l'on pouvait construire à partir des enquêtes de terrain étaient très corrélées avec les dépenses militaires des pays.


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