dimanche 30 mai 2010

Quel intérêt de savoir parler Anglais ?

Via Voxeu, je découvre une étude menée en Inde qui s'intéresse au lien entre la maîtrise de l'anglais et le salaire moyen :













Ce graphique montre qu'en moyenne, ceux qui maîtrisent l'anglais ont des salaires plus élevés. La question qui se pose est de savoir si cette corrélation est bien une causalité ou pas. Est-ce que le fait de parler anglais accroît le salaire ou est-ce que les gens qui ont un bon job sont aussi ceux qui en moyenne sont le plus éduqués et parlent mieux anglais ?

D'après les auteurs, c'est le cas. Ils estiment que le fait de savoir parfaitement parler anglais pour un indien accroît le salaire d'un tiers. De plus, cette prime est d'autant plus grande que l'individu a un diplôme élevé. Après lecture de l'étude, je pense que ces estimations sont un peu surevaluées mais que le rendement de l'apprentissage de l'anglais n'est pas négligeable pour autant.

Du côté des points négatifs, les auteurs ont l'impression d'observer des "rendements décroissants" : plus il y a de travailleurs qui parlent anglais, moins il devient intéressant d'apprendre l'anglais. Ils montrent que la maîtrise de l'anglais est rentable pour tous les travailleurs "adultes" mais que les plus jeunes ne peuvent en tirer un avantage que s'ils ont un haut niveau d'éducation.

Est-ce que ces résultats sont transposables aux pays industrialisés ? Les auteurs ne le disent pas, mais à mon avis, c'est plus que probable, bien que le supplément de salaire est sans doute moins élevé par rapport à l'Inde.


13 commentaires:

  1. "Est-ce que ces résultats sont transposables aux pays industrialisés ?"

    Bizarre que vous vous posiez cette question. Presque toutes les entreprises vous diront que la connaissance de l'anglais est tout simplement obligatoire pour tous les postes à partir d'un certain niveau. Donc, quelles que soient leurs autres qualités, ceux qui ne parlent pas anglais seront relégués dans des postes de plus bas niveau et leurs salaires s'en ressentiront. Et il est assez évident que ceux qui en souffriront relativement le plus sont ceux qui ont par ailleurs (en dehors de l'anglais) les compétences les plus élevées. Et aussi que pour ceux que leurs autres compétences cantonnent dans des emplois relativement subalternes, l'anglais fait relativement peu de différence.

    Bref, cet article me semble enfoncer des portes ouvertes (ou réinventer l'eau chaude, au choix).

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  2. Gérard, connaissez-vous la différence entre la théorie du capital humain et la théorie du signal ?

    La théorie du capital humain appliquée à l'éducation nous dit que ceux qui font des hautes études sont mieux rémunérés car les études accroissent leur productivité.

    La théorie du signal appliquée à l'éducation nous dit que ceux qui font des hautes études sont mieux rémunérés car les études permettent de sélectionner les meilleurs.

    Par exemple, beaucoup d'économistes se demandent si un diplôme de MBA sert vraiment à quelque chose. Certes, ceux qui obtiennent un MBA ont des salaires plus élevés par la suite, mais si la théorie du signal est correcte, cela nous dit que ces individus auraient eu un meilleur salaire à terme quoiqu'il arrive et que donc ce diplôme ne sert à rien.

    "Presque toutes les entreprises vous diront que la connaissance de l'anglais est tout simplement obligatoire pour tous les postes à partir d'un certain niveau."

    Pas d'accord. Les entreprises refuseront peut-être de recruter des gens qui ne parlent pas anglais (cf. théorie du signal) mais il existe plein de postes hautement qualifiés (postes de cadre par exemple) qui ne nécessitent AUCUNE connaissance de langues étrangères, anglais ou non.

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  3. "Gérard, connaissez-vous la différence entre la théorie du capital humain et la théorie du signal ?"
    Oui, et alors ? Je me contente de rappeler des faits observables, dont la connaissance devrait être préalable à toute théorie.

    "il existe plein de postes hautement qualifiés (postes de cadre par exemple) qui ne nécessitent AUCUNE connaissance de langues étrangères, anglais ou non"
    Quelques-uns, sans doute ; "plein", absolument pas. De plus, il faut raisonner sur une carrière, pas sur un poste isolé. Je fréquente suffisamment les entreprises (celles qui recrutent des X) pour affirmer que "la connaissance de l'anglais est tout simplement obligatoire pour tous les postes à partir d'un certain niveau". (que je veux bien rectifier en "PRESQUE tous les postes ET DONC TOUTE CARRIERE à partir d'un certain niveau")

    Et même s'il peut exister des exceptions, il vaut mieux que les lecteurs de ce blog (dont je pense qu'une grosse majorité sont en cours d'études) le sachent.

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  4. "Je me contente de rappeler des faits observables, dont la connaissance devrait être préalable à toute théorie."

    Faux. Les "faits" doivent être interprétés à la lumière des théories, sous peine d'en tirer des conclusions erronées.

    En l'occurrence, vous confondez corrélation et causalité et, de ce fait, vous ne saisissez pas l'intérêt de l'étude. Si on observe que tous les gens qui ont un bon poste parlent anglais, ça ne veut pas dire qu'il y a un quelconque lien de causalité entre les deux. De même, c'est un "fait" incontestable que beaucoup de gens meurent dans les hôpitaux. Donc, les hôpitaux sont une des premières causes de mortalité dans les pays développés ?

    Que dire également (retournons un peu dans le passé) du "fait contestable" que le soleil tourne autour de la Terre ?

    Je me permets de mettre "faits" entre guillemets, puisqu'une fois de plus, vous transformez votre expérience isolée et très spécifique en un "fait" incontestable. Et je redoute que vous écriviez encore des pages et des pages de commentaires pour répéter en boucle que vous ne connaissez aucune personne ayant fait une bonne carrière et ne maîtrisant pas l'anglais.

    Si réellement tous les individus ayant un bon salaire ou une bonne carrière ou tout ce que vous voulez, parlaient parfaitement anglais, il aurait été impossible de démontrer que la maîtrise de l'anglais accroît le salaire, puisque les analyses statistiques se seraient heurtées à un problème de colinéarité parfaite.

    Donc bon, libre à vous de croire que tous ces efforts de recherche pour établir les "faits" de manière rigoureuse sont inutiles car les "faits" sont évidents, mais personnellement, je préfère faire preuve de rigueur sur le plan empirique. Mon expérience m'a montré que beaucoup d'évidences sont malheureusement complètement erronées.

    Lorsque j'essaie d'expliquer que le chômage n'est pas la conséquence d'un trop grand nombre d'actifs par rapport au nombre d'emplois, je contredis une évidence, mais je le fais parce que des études empiriques rigoureuses ont établi le contraire !

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  5. Yannick, ne nous lançons pas dans une controverse sans objet. Je ne confonds pas du tout corrélation et causalité, ni le constat d'un fait avec son explication, et je ne soutiens pas les positions que vous me prêtez dans votre post, mais nous lasserions les gens si je précisais de nouveau.

    Disons simplement que je crois comme le père Keynes (John Neville) que "en économie, tout commence par l'observation et finit par l'observation" (j'ajouterais "comme dans toutes les sciences"), et que j'applique la maxime de Fontenelle que je ne me lasse pas de rappeler "Assurons-nous bien du fait avant de nous inquiéter de la cause"

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  6. Sans même parler du côté professionnel, parler anglais c'est un moyen de se faire des amis du monde entier et ça peut ouvrir pas mal d'horizons.

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  7. L'anglais m'a permis de travailler et vivre en Angleterre, en Hollande et maintenant en Allemagne, alors que je ne connaissais rien à l'Allemand, ça s'est amélioré depuis.

    Tous ça pour dire, que l'anglais permet la mobilité professionnelle. Pour moi ça m'a permis de fuir le monde de l'entreprise français qui est stupéfiant.

    J'ai bien eu quelques propositions "spontanées" par des recruteurs français, mais rien que les discussions avec eux m'ont découragé de toute envie de revenir travailler en France. Esprit étroit, garde chiourme, corporatismes, malhonnêteté institutionalisée...

    Non, non, je préfère rester en Allemagne.

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  8. Au sujet de l'anglais et des français :

    http://gestion-des-risques-interculturels.com/pays/europe/france/pourquoi-langlais-nest-pas-notre-tasse-de-the/

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  9. Pour ce qui est de l'Inde, il me semble qu'il y a pas mal de délocalisation de services dans ce pays de la part de sociétés américaines donc la condition pour les indiens de trouver d'être employés pour ces postes est bien de maîtriser l'anglais.
    Pour les pays développés, il me semble que l'accès et la réussite d'une thèse est conditionné par la maîtrise d'une ou plusieurs langues étrangères qui permettent d'avoir accès à plus de ressources documentaires et donc de faire une thèse plus riche.

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  10. GB : Bref, cet article me semble enfoncer des portes ouvertes (ou réinventer l'eau chaude, au choix).

    Non, je pense pas comme vous. Le fait d'observer intuitivement ne signifie rien scientifiquement, ou en tout cas pas grand-chose. Ces auteurs viennent de nous donner seulement une vérité scientifique...

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  11. Bon, OK, j'ai été un peu dur. Ils ont quantifié statistiquement, sur un cas particulier, un effet déjà connu. C'est utile, mais ça n'est pas une grande découverte.

    Je dois dire que ce qui m'agace et me fait réagir vivement, c'est cette manie de dire "il n'y a pas de faits". Toute la démarche scientifique consiste justement à chercher des explications à des faits observés. S'il n'y avait pas de faits, il n'y aurait pas de science.

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  12. Je n'ai jamais dit qu'il n'y avait pas de faits (sinon à quoi sert cette étude ??). Je dis qu'il existe des méthodes scientifiques pour collecter les faits, et c'est d'autant plus important en sciences sociales ou on collectionne tous les biais statistiques possibles et imaginables.

    Sans toute la théorie économétrique, les faits sont trompeurs.

    Je suis désolé de m'être emporté, et je m'en excuse. Mais j'ai une bonne connaissance du travail énorme qui est requis pour établir rigoureusement même des faits très simples comme ceux relatés dans cette étude. Donc, ça me fait un peu sursauter quand qqun arrive et dit "mais c'est évident".

    J'admets que l'intérêt de certaines études empiriques laisse parfois à désirer. Toutefois, se rendre compte que l'anglais peut accroître la productivité dans des proportions assez importantes en Inde donne quelques idées pour des politiques publiques... Je suis d'accord, il n'y a rien de révolutionnaire. C'est un grain de sable dans l'océan des connaissances scientifiques, mais au moins, c'est un grain de sable solide !

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  13. très bonne conclution

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