jeudi 6 mai 2010

Quel est le coût de la marée noire pour BP ?

Ben Fissel, sur le blog Econbrowser tente une estimation (qu'il admet grossière) du coût de la marée noire pour British Petrolum. Ce montant inclut non seulement les frais de nettoyage mais également les pertes de profits et les dommages et intérêts que l'entreprise devra verser.

Pour mener cette estimation, il compare le cours de l'action avec ce qu'il aurait été si la marée noire n'avait pas eu lieu. Bien évidemment, comme on ne peut observer directement ce qu'aurait été l'évolution de l'action en l'absence de marée noire, il faut simuler cette évolution en exploitant l'historique du cours.

D'après lui, à la clôture du marché le 4 Mai, l'action était à 51,20$. En l'absence de marée noire, il estime qu'une action aurait valu 58,11$. Si on multiplie cette perte nette de 6,91$ par le nombre d'actions, 3,13 milliards, on obtient un montant total de 21,26 milliards de dollars

Ce nombre correspond à l'estimation que le marché fait du coût de la marée noire pour BP. Donc, quelque part, il me semble que les entreprises pétrolières ont effectivement une incitation économique à éviter les marées noires (à titre de comparaison, un tel coût fait plus qu'anéantir tous les profits réalisés en 2009). Certains fustigent la "logique économique" comme étant responsable de tels accidents. Mais le problème ne vient pas de la logique économique en tant que telle. Le problème est plutôt de savoir si le prix payé par l'entreprise est à la hauteur des dégâts environnementaux. Dans un monde idéal, l'entreprise doit payer exactement le montant des dégâts dont elle est responsable (et encore, je suis sceptique pour des raisons que j'évoquerai plus loin).

Par exemple, dans une étude célèbre (que mes étudiants de Sciences Po se sont farcis en détails), Carson, Mitchell et leurs coauteurs ont estimé que les dégâts de la marée noire de l'Exxon Valdez s'élevaient à 2,8 milliards de $ (au sens où les ménages américains pris dans leur ensemble étaient prêts à payer ce montant pour éviter un accident similaire).

D'après les maigres informations que j'ai pu réunir, il semble que la catastrophe du Golf du Mexique est pire que celle de l'Exxon Valdez. Il est encore trop tôt pour se prononcer, mais à moins que la marée noire actuelle soit au moins 7,5 fois pire que celle de l'Exxon Valdez, le coût pour l'entreprise est à la hauteur des dégâts.

Néanmoins, ce raisonnement n'est valide que si on considère l'entreprise comme une entité soudée qui maximise son profit comme dans les modèles néoclassiques traditionnels. La question que je me pose est de savoir qui va subir ce coût au sein de l'entreprise elle-même (ou en dehors). Est-ce que ce sont les actionnaires ? Les dirigeants ? Les salariés ? Les consommateurs ? Il se pose là ce qu'on appelle un problème d'agence. Pour que le coût financier soit une incitation efficace à investir dans la sécurité, il faut que la facture arrive sur le bureau de ceux qui sont directement responsables de la sécurité sur les plates-formes pétrolières.

Honnêtement, je n'ai aucune idée de comment les coûts vont être répercutés. Si quelqu'un a des idées ou des informations, je suis client.


1 commentaire:

  1. Le choix de la valeur boursière est contestable. D'une part elle ne représente que l'opinion des acteurs financiers sur la valeur de l'entreprise, et c'est de ce fait une point de vue partiel et subjectif. D'autre part c'est un coût "virtuel" car il ne concerne que les actionnaires, et la perte éventuelle ne se matérialise que pour ceux qui veulent vendre, répondant ainsi à la question "qui va subir ce coût?"

    Il serait plus instructif de raisonner en flux de trésorerie : le chiffre d'affaires qui aurait été réalisé sans la catastrophe d'une part, les dépenses entraînées par la catastrophe d'autre part, qui ont une incidence directe et immédiate sur la vie de l'entreprise.

    Qui va subir ce coût, cette fois réel et non virtuel ?
    Admettons que "les marchés" aient raison dans leur estimation de 21 milliards de dollars. Etant donné la structure du marché du pétrole, il est probable que cet évènement n'aura aucune incidence observable sur les prix du pétrole, ce qui met les consommateurs hors de cause. Pour les dirigeants, même si certains sont pénalisés, ça ne saurait couvrir qu'une infime partie de l'addition. Quant aux salariés, il est possible que BP serre un peu les boulons, mais une politique salariale intègre des tas d'autres considérations qu'un évènement ponctuel même grave, et de toute façon les économies sur ce poste ne sauraient couvrir qu'une faible partie des 21 milliards. Restent évidemment les actionnaires, ce qui est normal puisque leur le rôle est non seulement d'empocher les bénéfices, mais aussi d'absorber les pertes.

    Concrètement, il me semble que la conséquence la plus directe et la plus importante sera que BP renoncera à lancer certains programmes qu'elle prévoyait de lancer, ce qui influera sur l'embauche plus que sur les salariés actuels, et se traduira par une valeur moindre à terme, ce qui rejoint la question de la valeur actionnariale.

    Enfin cette catastrophe a non seulement nui à l'environnement, mais a d'abord et surtout gravement nui à BP, ce qui suffit largement à l'inciter à éviter que ses plateformes explosent ! Croyez-vous qu'il faille des incitations particulières pour que Renault ou Carrefour essaient que leurs usines ou leurs magasins ne brûlent pas ?

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