samedi 22 mai 2010

Lutter contre la violence à l'école en supprimant la carte scolaire ?

Mai 1994. Le ministère de l'éducation Israëlien a approuvé la mise en place d'un programme expérimental dans le 9ème arrondissement de Tel-Aviv. Ce programme autorise les élèves et leurs familles à choisir le lycée dans lequel ils veulent étudier.

Dans la langue tortueuse des économistes, on dit que cet événement est une "expérience naturelle". Traditionnellement, une expérience contrôlée consiste à appliquer un traitement à un groupe, puis à comparer ce groupe avec un groupe témoin qui n'a pas reçu de traitement. En sciences sociales, devant la difficulté à organiser des expériences, on s'est vite rendu compte qu'on pouvait profiter des "expériences naturelles", c'est-à-dire des événements qui reproduisent à peu près les conditions d'une expérience contrôlée.

Ici, un groupe d'étudiants subit brutalement un "traitement" : on les autorise à choisir leur lycée, alors qu'ils étaient auparavant contraints. Victor Lavy s'est donc amusé à comparer les résultats scolaires de ces étudiants avec ceux d'étudiants habitants dans les autres arrondissements de la ville ou dans les villes proches qui, eux, étaient toujours contraints par la carte scolaire.

Il trouve que le taux d'abandon a diminué de 6 à 8 points pour les élèves ayant choisi leur lycée alors qu'il est resté stable dans les groupes de contrôle. Ca représente une diminution d'environ un tiers, ce qui est énorme.(surtout qu'il s'agit d'une zone plutôt défavorisée). De même, il estime que cette politique a accru les notes des élèves de 8 à 12%.

Néanmoins, il y a un autre élément qui a particulièrement retenu mon attention (et qui, du coup, m'a maintenu éveillé pendant la présentation de Victor Lavy qui, bien que très intéressante, traînait en longueur). Il a découvert que cette politique semble avoir fortement amélioré le "climat" dans les lycées. Il exploite les réponses à une enquête dans laquelle on demandait aux élèves de donner leur avis sur les affirmations suivantes :
- L'ambiance est souvent bruyante dans la classe et non propice à l'apprentissage,
- Il y a  fréquemment des bagarres entre les élèves de ma classe,
- J'ai été personnellement impliqué(e) dans de nombreuses bagarres cette année à l'école,
- Parfois, je suis effrayé à l'idée d'aller à l'école à cause des élèves violents.

Bien que la politique de choix du lycée n'ait pas eu d'effet sur les réponses à la quatrième question, elle semble avoir significativement réduit la perception de la violence à l'école d'après les réponses aux trois premières questions. De plus, les relations prof/élèves semblent également s'être fortement améliorées via notamment une raréfaction des agressions verbales. Comment expliquer que la violence puisse décroître si on laisse les élèves choisir leur lycée ?

Un élément de réponse peut se trouver dans le fait que la politique de choix du lycée a fortement accru la proportion d'étudiants se déclarant bien intégrés et satisfaits de leur lycée. Il n'est pas évident de savoir si la chute de la violence a provoqué une hausse de la satisfaction ou si la hausse de la satisfaction a fait chuter la violence (probablement les deux), mais je pense à titre personnel que l'acte de choisir son lycée a conduit à une responsabilisation de certains étudiants. Peut-être que ça permet à certains de se sentir moins "contraints" d'aller à l'école et un peu plus aux commandes de leur avenir.

L'interprétation de ces résultats est sujette à débat et l'idée que je m'en fais est très spéculative, mais ça ouvre des perspectives intéressantes.


4 commentaires:

  1. Le papier dit-il si au total le nombre d'élèves violents et/ou perturbateurs a diminué (et si oui, pourquoi), ou s'ils sont simplement concentrés dans quelques établissements "poubelles" (et dans ce cas, qu'est-ce qui se passe dans ces établissements ?)

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  2. Qqun avait posé cette question à Victor Lavy pendant sa présentation. Il a répondu que si les élèves violents avaient simplement été déplacés, on n'observerait une diminution du nombre d'élèves affirmant "J'ai été personnellement impliqué(e) dans de nombreuses bagarres cette année à l'école".

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  3. Une hypothèse pourrait être que les élèves qui ont des tendances violentes passent moins à l'acte entre eux qu'envers des élèves paisibles (des "bouffons"). Donc isoler les uns des autres diminuerait le nombre total d'agressions.
    (Je n'ai pas accès à l'article)

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  4. A mon avis, l'hypothèse du regroupement des mauvais élèves est peu compatible avec l'augmentation générale du niveau.

    Au contraire d'ailleurs, je pense que le regroupement des élèves perturbateurs est plus un catalyseur de la violence qu'autre chose, via notamment les effets de bandes.

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