lundi 10 mai 2010

Les frontières biaisent les statistiques du commerce

Je vous adresse tout d'abord quelques excuses. Ce blog va tourner au ralenti pendant quelques temps. En effet, je célèbre mes fiançailles le week-end prochain et je suis très très pris par l'organisation. Je n'aurai donc pas vraiment le temps de faire des beaux billets bien rédigés et bien détaillés ces jours-ci !

Via Economic Logic (un blog que je commence à adorer), j'ai découvert un papier amusant qui souligne un gros problème dans les statistiques du commerce international. Les auteurs pointent du doigt le fait que le nombre d'Etats indépendants a explosé depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. En 1948, la planète était divisée en 72 pays contre 192 aujourd'hui.

Finalement une question toute conne qu'on pourrait se poser serait : est-ce que l'accroissement du commerce international depuis 60 ans peut s'expliquer (en partie) par l'augmentation du nombre de frontières ? Car comme le dit Paul Krugman :
"Si le commerce international n'inclut que les cargaisons qui traversent la frontière, il est clair que le volume du commerce dépend fortement de là où on trace la ligne."
Ce qui doit nous mettre la puce à l'oreille, c'est ce graphique qui représente, en abscisse, le nombre de pays indépendants sur la planète et, en ordonnée, un indicateur de volume du commerce international (ici, le taux d'ouverture) :
















Par exemple, on aperçoit clairement le "saut" de 1991 sur l'axe des abscisses qui correspond à l'éclatement de l'URSS. Après cette date, les transactions entre deux pays de l'ex-URSS sont enregistrées dans les statistiques du commerce internationales alors que ce n'était pas le cas auparavant !

L'augmentation du nombre de frontières a deux impacts bien distincts sur le commerce (trois en réalité, mais je réduis à deux pour simplifier). D'une part, comme nous venons de l'indiquer, certains flux commerciaux auparavant nationaux deviennent internationaux. Pour reprendre la terminologie des auteurs, c'est l'effet "artefact statistique". D'autre part, on peut penser que la création d'une frontière a des chances de gêner le commerce qui passe par cet endroit, à la fois parce que les frontières sont généralement synonymes de barrières protectionnistes (qu'elles soient tarifaires ou non-tarifaires) et ensuite parce qu'une frontière n'apparaît généralement pas par hasard mais plutôt à la suite de processus politiques plus ou moins "violents" qui ont des chances d'interagir négativement avec le commerce. C'est ce que j'appellerai "l'effet réel".

Quoi qu'il en soit, les auteurs se sont livrés à une analyse statistique approfondie pour essayer de démêler un peu tout ça. Tout d'abord, ils découvrent qu'un sixième de la croissance du commerce international depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale est dû à cet artefact statistique. Les statistiques dont on dispose ont de bonnes chances d'avoir surévalué le volume du commerce international.

Ensuite, ils montrent que l'accroissement du nombre de frontières a réduit de 4% le volume du commerce sur la même période, une fois que l'on corrige de l'effet "artefact statistique".

Reste à savoir dans quelle mesure les résultats des études antérieures sont affectés par cette "erreur" statistique...


10 commentaires:

  1. Pas de commentaire particulier sur ton billet... Juste un message pour t'adresser mes félicitations pour tes fiançailles !

    http://confianceetresponsabilite.blogspot.com/

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  2. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris les chiffres du dernier paragraphe : la création d'une frontière entre les Pays de la Loire et le Centre ferait baisser les échanges de 4% entre ces deux (magnifiques) régions, mais augmenterait bien au final le volume des échanges internationaux, c'est bien ça ?
    Et félicitations pour tes fiançailles... ce sera au casino, mega soirée Poker-Champomy ? ;)

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  3. Merci à vous deux !

    @VC : dans ton exemple, les échanges REELS baisseraient de 4%, mais les statistiques enregistreraient, en plus de cette baisse, une hausse de 9%. Si on part d'une indice 100, on croira que le commerce a grimpé à 105 alors qu'il a baissé à 96.

    Et non, mes fiançailles seront dans un petit gîte dans le Val d'Oise :-) avec du Coteau du Layon qui coulera à flots.

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  4. Toutes mes félicitations ! Et bon courage pour l'organisation du mariage, c'est du boulot.

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  5. Excellent article mais sais-tu si les auteurs prennent en compte la régionalisation et l'alignement des droits de douane? A priori, cela devrait augmenter le commerce en premier lieu...mais également le figer aux frontières d'une zone économique = un effet courbe en U inversée en quelques sortes...

    Bon courage pour l'organisation ;)

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  6. C'est votre conclusion qui m'intéresse réellement. Devons-nous reprendre l'entreprise???

    Big congratulation pour la 3ème phrase du premier paragraphe.

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  7. Désolé pour le retard, mais tous mes voeux de bonheur.

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  8. Merci à tous pour vos messages !!

    @ODI : Je ne sais pas si ça répond exactement à votre question, mais le troisième effet dont je n'ai pas parlé, c'est l'effet "détournement de commerce", on commerce moins avec le nouveau pays mais plus avec tous les autres.

    @MacroPed : Je suis désolé, mais je n'ai pas compris votre question.

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  9. YB, en réalité, je voulais simplement appuyer votre dernier paragraphe.

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  10. Les frontières ne "biaisent" pas les statistiques du commerce international, elles le DEFINISSENT, puisque le commerce international est par définition celui qui traverse des frontières.
    Ici, Yannick raisonne un peu comme s'il existait une grandeur appelée "commerce international", dont la mesure serait seulement un peu compliquée par l'existence de frontières. Mais non, la définition même de la grandeur "commerce international" repose sur une définition particulière des frontières.

    Ça a l'air d'un pinaillage, mais pas du tout. Ça illustre l'extrême fragilité et la+ signification très contestable des agrégats macro-économiques et surtout de leurs variations.

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