jeudi 1 avril 2010

Pierre Khalfa n'a rien compris au principe de l'incidence fiscale

Pierre Khalfa nous dit :
"[La solution] consiste à mettre un terme à la baisse de la part salariale (10 points en vingt ans) dans la valeur ajoutée et à accompagner l'évolution démographique par un relèvement progressif des cotisations sociales. [...] Le tabou à faire sauter est le refus d'augmenter le taux des cotisations patronales. Un tel rééquilibrage de la part des salaires dans la valeur ajoutée serait compensé par une baisse des dividendes versés aux actionnaires et ne pénaliserait pas l'investissement productif, ni la compétitivité des entreprises. La litanie sur le renchérissement du "coût du travail" n'a pas lieu d'être."
Outre le fait que le chiffre de 10 points est grossièrement manipulé, ce raisonnement est bidon car il néglige le principe de l'incidence fiscale qu'on se tue à enseigner en première année de fac. Le raisonnement naïf consiste à croire que lorsqu'on augmente les cotisations patronales, les patrons vont payer plus. Or, il serait extrêmement naïf de croire que face à cet accroissement des charges, les salaires ne vont pas s'ajuster à la baisse. Mais dans quelle proportion ?

Typiquement, avec un modèle offre/demande très banal, on démontre que l'acteur qui supporte le poids d'une taxe est celui qui réagit le moins au prix (pour la démonstration complète, voir ce billet très pédagogique sur Ecopublix que j'ai fait lire à mes étudiants de L1). Dans le cas du marché du travail, le nombre d'heures que les individus souhaitent travailler est peu sensible au salaire. En revanche, les employeurs sont sensibles au coût du travail (dans l'estimation la plus basse que j'ai pu trouver, les employeurs réagissent trois fois plus aux variations de salaire que les travailleurs).

Donc, on a toutes les raisons de croire qu'une augmentation des cotisations patronales (ou des cotisations salariales, ça revient strictement au même) pénalisera... les salariés !!!

5 commentaires:

  1. Rappel fort utile, mais vous n'auriez-pas dû poster ce billet aujourd'hui. Y en a qui vous croire que c'est un "poisson d'avril"...

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  2. errata: lire "vont" à la place de "vous" dans mon commentaire précédent.

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  3. surtout la part dans la valeur ajoutee est un mixe de prix et quantites. donc son interpretation + complique. par ex avec cobb-douglas c'est une constante technologique, qq soit l'elasticite d'offre de travail.

    ce que tu dis c juste que prix apres taxe ne change pas.

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  4. En même, vu la part de la main d'oeuvre qui est au SMIC (un peu moins de 20%), une hausse des cotisations patronales retomberai quand même beaucoup sur les employeurs non?

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  5. Malheureusement, le taux d'emploi des salariés au SMIC est très sensible au coût du travail. Un accroissement des charges risque d'augmenter fortement leur risque de chômage si le salaire est rigide à la baisse.

    Il y avait cette célèbre étude de Abowd, Kramarz et Margolis qui montrait que les individus dont le salaire était rattrapé par le SMIC voyait leur risque de chômage augmenter.

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