lundi 19 avril 2010

Crise financière et usage des mathématiques en économie

Mark Thomas apporte un argument intéressant pour expliquer pourquoi les mathématiques pourraient être partiellement responsables de la crise financière. Selon lui, ce n'est pas parce que les modèles mathématiques sont dénués de pertinence, ni parce les économistes se sont davantage intéressés aux "beaux théorèmes" plutôt qu'à la réalité, mais parce que, pour introduire l'enseignement des nouveaux outils mathématiques (dont la théorie des jeux et l'économétrie), il a fallu sacrifier certains cours.

Et les cours qui sont passés à la trappe étaient notamment les cours d'histoire de la pensée économique et d'histoire économique :
"C'était une erreur. Une des raisons pour laquelle nous n'avons pas vu venir la crise est, je pense, que nous avons oublié à quoi ressemblait une crise. Nous avons oublié comment elles advenaient et, dans certains cas, nous avons même oublié qu'il y avait eu des crises par le passé. En gros, nous avons oublié les leçons du passé. Cette crise portait sur un autre type d'actif et sur de nouvelles croyances selon lesquelles "cette fois, c'est différent", mais c'est un scénario qui s'est déjà produit plusieurs fois par le passé de façon quasiment identique."
Je dois avouer que je suis un peu d'accord avec lui. Certes, les nouveaux outils dont nous disposons sont extrêmement puissants. Mon idée est que la rigueur qu'ils apportent est complémentaire à l'analyse historique et qu'ils ne doivent pas s'y substituer. Les économistes ont peut-être trop voulu remplacer l'économie "traditionnelle" non-mathématique par de l'économie mathématique (sous prétexte que cette dernière est plus rigoureuse et plus transparente dans ses hypothèses, ce qui n'est pas faux) plutôt que de mettre l'outil mathématique au service de l'analyse traditionnelle.

Je pense par exemple que le livre de Paul Bairoch sur l'histoire économique est irremplaçable. Les thèses avancées sont dérangeantes pour beaucoup d'économistes, mais elles sont puissamment argumentées et la confrontation de ces arguments avec les arguments de la théorie orthodoxe (les modèles et les analyses empiriques) est susceptible de produire une analyse plus fine et plus riche.

Bon, je ne sais pas si mon opinion de jeune doctorant a beaucoup de valeur mais j'ai pu voir de mes yeux avec un regard naïf et non-corrompu la discrimination parfois arbitraire envers certains champs de l'économie et certaines méthodes. J'ignore s'il s'agit d'une bonne chose, mais ça soulève en moi des interrogations.

6 commentaires:

  1. Merci pour l'article c'est intéressant.

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  2. Je pense aussi que zapper l'histoire économique et l'histoire de la pensée économique, comme si la pensée économique commençait dans les années 1930, est une lourde erreur. J'ajoute qu'une bonne dose de critique épistémo-méthodologique serait une excellente chose.

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  3. Je ne sais pas non plus si mon opinion de jeune étudiant en économie vaut vraiment dans ce débat; mais j'estime que l'argument de l'histoire économique et celle de la pensée économique sont prenables et satisfaisantes, mais par moment très faciles et simples. En effet, tous ces grands noms en économie pour la plupart connaissent quelque chose dans ces 2 disciplines. Alors les présenter comme des arguments massues me paraissent de fois...

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  4. "Les économistes ont peut-être trop voulu remplacer l'économie "traditionnelle" non-mathématique par de l'économie mathématique plutôt que de mettre l'outil mathématique au service de l'analyse traditionnelle."

    J'ignore s'il s'agit de votre opinion mais je suis absolument d'accord pour dire que les mathématiques ne sont qu'un outil (certes irremplaçable) parmi d'autres (dont l'histoire fait aussi partie). En tout cas l'idée présentée dans ce billet est franchement intéressante, je trouve.

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  5. Sur le rôle des mathématiques en tant que tel dans la crise je ne sais pas. En revanche,sur les conséquences de la disparition des enseignements que vous évoquez , je suis plus que totalement d'accord. Cela fait d'ailleurs de nombreuses d'années que certains ont, à cet égard, tiré la sonnette d'alarme. Apparemment ils étaient seuls dans le train...

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  6. toute a fait d'accord avec le point de vue de Mr MacroPED

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