jeudi 22 avril 2010

Alors les gars, on fait payer les pauvres ou pas ?

Le débat fait rage en économie du développement pour savoir s'il faut distribuer gratuitement ou faire payer les préservatifs et les moustiquaires dans les pays en développements.

La malaria (ou paludisme) est un cas d'école en terme d'inefficacité de l'aide au développement pour une raison très simple. Cette maladie fait 1 million de morts par an. Elle se transmet essentiellement par l'intermédiaire de piqûres de moustiques porteurs du parasite et touche majoritairement les très jeunes enfants. La solution la plus simple pour prévenir la maladie consiste à les protéger avec des moustiquaires imprégnées d'insecticides. Une moustiquaire coûte moins de 2€ pour une durée de vie de 5 ans.

En comparaison, prolonger d'un mois la vie d'une personne atteinte du sida coûte 600€. Pourtant, on continue d'insister sur l'urgence de rendre les antirétroviraux accessibles aux pays en développement alors que le paludisme passe inaperçu dans les médias. A budget constant, on pourrait sauver beaucoup plus de vies si on s'intéressait un peu plus à l'usage des fonds de l'aide internationale et un peu moins à l'effet apaisant sur notre conscience que nous procure l'acte de donner de l'argent pour une bonne cause.

Si des moustiquaires suffisent à sauver de nombreux enfants, une question subsiste : comment les distribuer ?

Deux écoles s'affrontent. D'une part ceux qui pensent qu'il faudrait distribuer gratuitement des moustiquaires, et d'autre part ceux qui pensent qu'il faudrait les vendre. Si vous haussez les sourcils, c'est normal. Vous vous demandez probablement au nom de quelle perversion on préférerait faire payer des populations pauvres (l'action se situe principalement en Afrique quand même) pour un produit qui peut sauver des vies. Pour comprendre ça, il est utile de regarder ce qu'il se passe lorsqu'on distribue gratuitement des préservatifs en Ouganda.

Lorsqu'on vous propose gratuitement des préservatifs, vous n'avez aucune raison de ne pas les prendre. C'est un peu ce qui m'est arrivé lorsque j'ai assisté à la Nuit du Zapping il y a quelques années. J'ai récupéré des préservatifs gratuits bien que je n'en utilisais plus avec ma copine depuis un certain temps. Et effectivement, je ne les ai pas utilisés. L'idée-clef est la suivante : si vous distribuez gratuitement un produit, celui-ci n'ira pas en priorité aux personnes qui en ont le plus besoin ou qui sont le plus susceptibles de s'en servir. Conséquence : les grands programmes de distribution de préservatifs gratuits en Afrique ne parviennent pas à enrayer l'épidémie de SIDA sans que les organisateurs de ces programmes ne comprennent pourquoi. Le fait d'introduire un prix, malgré le coût pour les populations, permet d'allouer les ressources là où elles vont servir.

Ce qui est vrai pour les préservatifs l'est-il pour les moustiquaires ? Est-ce que lorsque l'on donne gratuitement des moustiquaires, les gens ne les utilisent pas correctement ? Certains sont sceptiques, car on a rapporté que les gens utilisaient les moustiquaires comme filets de pêche ou pour faire des robes de mariées (je n'invente rien !). Le plus simple, pour se faire une idée sur la question, consiste à mener une expérience contrôlée.

C'est ce qu'ont fait Jessica Cohen et Pascaline Dupas. Elles ont organisé la vente de moustiquaires dans des cliniques prénatales au Kenya à des prix aléatoires allant de 0$ (gratuit) à 0,60$. Puis, elles sont allées voir les mères quelques mois plus tard pour vérifier qu'elles utilisaient bien les moustiquaires.

Malheureusement, on obtient un résultat contraire par rapport au cas des préservatifs. L'augmentation du prix réduit très fortement la demande. Même si le prix est faible, plus de la moitié des futures mères ne sont pas prêtes à payer pour une moustiquaire. Et le fait de payer n'accroît pas la probabilité d'utiliser correctement la moustiquaire.

En résumé, il semble ressortir de tout ça qu'il vaut mieux vendre les préservatifs mais distribuer gratuitement les moustiquaires. Il n'y a visiblement pas de loi générale en la matière, d'où l'intérêt de mener des expériences au cas par cas avant de lancer des grands programmes d'aide au développement.


4 commentaires:

  1. "La solution la plus simple pour prévenir la maladie consiste à les protéger avec des moustiquaires imprégnées d'insecticides."

    N'importe quoi...
    http://sciences.blog.lemonde.fr/2010/02/12/le-laser-une-arme-anti-moustique/

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  2. Franchement j'ignore le degré de sensibilisation au paludisme et au sida en Afrique, mais peut-être le SIDA fait-il tout simplement plus peur que le paludisme? En somme la manière dont sont perçues les maladies peut jouer sur le zèle de la personne à utiliser les moyens de protection mise à sa disposition

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  3. "En résumé, il semble ressortir de tout ça qu'il vaut mieux vendre les préservatifs mais distribuer gratuitement les moustiquaires. Il n'y a visiblement pas de loi générale en la matière, d'où l'intérêt de mener des expériences au cas par cas avant de lancer des grands programmes d'aide au développement."

    C'est pour cette raison que certains amateurs d'économie, donc hétérodoxes préconisent le transfert de technologie aux entrepreneurs locaux, éventuellement assorti d'une offre artificielle s'il y a assez d'argent public à jeter par la fenêtre pour ça.

    Une solution à peine moins efficace consisterait à virer directement l'argent de l'aide humanitaire sur les comptes personnels de citoyens choisis au hasard dans le pays, voire, d'arroser le pays de petits biftons par hélicoptères entiers, comme aux USA.

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  4. @Anonyme 2 :
    Vous pensez donc qu'il s'agit d'un problème de technologie ? D'après, il y a des gens qui seraient prêts à produire mais qui ne le font pas parce qu'ils ne maîtrisent pas la technologie nécessaire ?

    Quant à votre dernier paragraphe, je ne vois pas le rapport. En quoi un accroissement de l'offre de monnaie peut résoudre les pb du Tiers-Monde ?

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