mardi 9 mars 2010

Les films violents permettent de lutter contre la violence !

L'idée que la violence dans les films est responsable de la violence dans la société ne résiste pas à l'examen des faits comme le montre une étude récente.

J'ai été exaspéré par une émission sur France 3 que j'ai regardé il y a quelque temps. Dans cette émission avait lieu un débat sur la violence à l'école. Sujet fort intéressant. Malheureusement, le débat a été traité typiquement à la française : aucune référence à des faits, des chiffres ou des statistiques. Des grandes idées, jamais confrontées à la réalité. Entre deux théories invérifiables, on peut noter des affirmations fausses ("le diplôme ne protège plus du chômage aujourd'hui"). Bref, tout ce que je déteste.

Du coup, je me suis amusé à rechercher "violence" sur le site du NBER pour voir un petit peu ce qu'il y avait d'intéressant sur le sujet. Je suis tombé sur une étude au nom alléchant : "Does Movie Violence Increase Violent Crime?" ou en français : Est-ce que la violence dans les films accroît le nombre de crimes violents ?

EDIT : Laurent avait déjà commenté ce papier avant moi. N'hésitez pas à lire son billet à cette adresse.

Les individus violents vont voir des films violents

Ca fait assez longtemps qu'on sait que les crimes violents sont, en moyenne, commis plus souvent par des gens qui vont voir des films violents. Comment interpréter cette corrélation ? Certains soutiennent une interprétation causale : la violence dans les films cause la violence réelle. D'autres personnes affirment au contraire que les individus violents vont plus souvent voir des films violents et que, du coup, l'interdiction de la violence au cinéma n'aurait aucun impact sur le taux de crimes violents.

Qui croire ? Gordon Dahl et Stefano DellaVigna ont eu l'idée de comparer le niveau de violence dans les blockbuster du cinéma et le nombre de crimes violents le premier week-end après la sortie du film (là où le nombre d'entrées est le plus élevé pour le film en question).

Que trouve-t-on ? Eh bien, bizarrement, plus les films sont violents, moins on a de crimes violents ! Pour chaque million de personnes allant voir un film violent au cinéma, le nombre de crimes violents diminue de 1 à 2%, ce qui représente au total environ 1000 agressions évitées chaque week-end (l'étude a été faite sur données américaines). On trouve le même genre de résultat lorsqu'on utilise la date de sortie du DVD ou de la VHS (les données vont de 1995 à 2004). Comment expliquer ce résultat étrange ?

Il veut mieux aller voir un film violent qu'aller picoler dans un bar

En explorant les données, les auteurs découvrent que les individus qui vont voir les films violents semblent plus souvent appartenir aux groupes qui sont le plus susceptibles de commettre des crimes violents (notamment les hommes jeunes). D'autre part, l'impact des films violents réduit beaucoup plus le nombre de crimes et délits liés à l'alcool ou à la drogue (ivresse publique par exemple).

L'interprétation que les chercheurs suggèrent est que les individus violents vont plus souvent voir des films violents que les autres. De ce fait, étant au cinéma, ils ne peuvent être en même temps en train d'agresser quelqu'un (les agressions au cinéma sont rares). Mieux : étant au cinéma, ils ne sont pas en train de picoler. Or l'alcool est beaucoup plus susceptible de générer de la violence que... les films violents !


On voit donc bien que quand on étudie les causes d'un phénomène, il ne suffit pas d'avancer une histoire plausible, il faut confronter cette histoire à la réalité et aux données statistiques. Donc quand un mec balance avec un ton assuré "La violence à l'école, c'est à cause des inégalités." sans avancer la moindre preuve, on est plus dans la masturbation intellectuelle que dans un débat qui va nous permettre d'avancer.


11 commentaires:

  1. Bonjour Yannick,
    j'avais fait un billet sur le même papier il y a un an environ...
    http://expeconomics.blogspot.com/2009/01/limpact-de-la-violence-des-films-sur-la.html
    papier très intéressant effectivement

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  2. Zut, il y a encore trop de billets de ton blog que je n'ai pas lus !!

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  3. Il y avait une autre étude qui affirmait exactement le contraire. On avait demandé à des étudiants "d'évaluer des films", certains se retrouvant devant un Saw, d'autres devant un film du genre d'Amélie Poulain. A la sortie de la salle, ils croisaient un complice du chercheur qui faisait tomber par "mégarde" sa pile de dossiers : l'expérience consistait alors à mesurer qui l'aidait à rammasser, et ceux qui venaient de voir Saw étaient beaucoup moins collaboratifs.

    Ce que je dis n'a pas beaucoup de valeurs sans citer les auteurs ni l'année de l'étude, mais ça vole déja plus haut que les débats télés :)

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  4. @Lena : Non, ce que vous dites est très intéressant. Ce type d'expérience a été mené à plusieurs reprises avec des résultats similaires (Laurent en cite une).

    C'est juste que l'effet microéconomique ne semble pas se retrouver au niveau macroéconomique, car il serait plus que compensé par les deux effets que je cite : la substitution (quand on est dans une salle de ciné, on n'est pas en train de commettre une agression) et la baisse de la consommation d'alcool.

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  5. Le raisonnement n'est-il pas équivalent à:
    le temps que l'individu passe à boire, il ne le passe pas à avoir des accidents de la route?

    Qu'est-ce que la violence selon ce film?
    Car, une violence banale et normalisée, aura probablement plus d'impact qu'une violence inhabituelle et exceptionnelle. Autrement dit, le film de guerre héroïque, type 300, provoquera plus de violence que le film de tueur en série, type Halloween.

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  6. Pardon, c'est "selon cette étude? "

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  7. @Paul : La violence est mesurée ainsi :
    We match the box office data to violence ratings from www.kids-in-mind.com, a site recognized
    by Time Magazine in 2006 as one of the “Fifty Coolest Websites.” Since 1992, this
    non-profit organization has assigned a 0 to 10 point violence rating to almost all movies with
    substantial sales. The ratings are performed by trained volunteers who, after watching a
    movie, follow guidelines to assign a violence rating.

    Oui, il s'agit bien d'un raisonnement de ce type. Si les individus violents passent une soirée au cinéma, ils ont moins de chance de commettre un délit ou un crime violent.

    Sur les distinctions subtiles entre les différentes formes de violence, je ne suis pas très convaincu. Mon opinion personnelle est que les films et jeux vidéo violents ont souvent été pris comme boucs émissaires de la violence dans la société. Je ne changerai d'avis que le jour où je verrai une preuve convaincante de ça.

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  8. L'énorme problème de cette étude (je passe les détails comme par exemple la classification films violents, par ex. Titanic et Harry Potter sont classés comme 'mildly violent') est qu'elle ne s'intéresse qu'à des effets à court terme. En gros, ça revient à dire que la prison rend les individus moins violents lorsqu'ils y sont, mais on ne sait pas trop ce qui se passe lorsqu'ils sortent. D'ailleurs les auteurs ne disent pas autre chose, ce qui m'agace un peu c'est la survente sur un résultat contre-intuitif et la suggestion sur les effets à long terme qui ne sont absolument pas mesurés.

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  9. @arcop :

    Les auteurs n'ont jamais prétendu mesurer les effets à long terme :

    "While our design does not allow us to estimate long-run effects, we find no evidence of medium-run effects up to three weeks after initial exposure."

    Ce qui est intéressant, c'est que cette étude va dans le sens contraire d'autres études qui ont été menées par des psychologues (notamment celle évoquée par Léna).

    C'est malheureusement très compliqué de mesurer des effets à long terme. Je n'arrive pas à imaginer un cadre expérimental ou quasi-expérimental qui permette de faire ça de façon rigoureuse.

    Au sujet de la classification, il est clair qu'elle n'est pas parfaite, mais elle a l'avantage de ne pas être arbitraire. Même si elle comporte des erreurs, on peut penser que les erreurs de classification "se compensent" sur toute la base de données et qu'en moyenne celle-ci reste une bonne approximation.

    Sur le plan strictement statistique, ce qui est important, c'est que les films réellement violents reçoivent en moyenne un note de violence plus élevée que les films peu violents.

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  10. Les conclusions me paraissent quand même assez ridicules, pour le simple fait que l'excuse "il était occupé à ce moment là" peut s'appliquer à n'importe quelle activité, et pourtant personne ne prétend que faire du lèche-vitrine le samedi après-midi diminue le nombre de d'agressions... Non, je pense qu'il faut fouiller un peu plus loin, du coté de la catharsis par exemple...

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  11. Le fait de regarder des films violents assouvis peut être la soif de violence des personnes violentes...
    Exemple : X est très ennervé contre N, X regarde donc un film violent en remplaçant le personnage violent du film par lui même et en remplaçant la victime par N ce qui assouvie son envie de violence envers N dans la "vraie vie".

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