lundi 29 mars 2010

De l’oisiveté des hommes en Ouganda

Suite au film « le Dernier Roi d’Ecosse », les yeux du monde se sont focalisés sur ce pays de la région des grands lacs, l’Ouganda. Mais si Idi Amin Dada fascine, le quotidien des ougandais ennuie et disparait bien vite des unes des journaux occidentaux. Et pourtant, la guerre civile, qui oppose armée rebelle du Nord (de son nom Armée de résistance du Seigneur ou LRA pour Lord's Resistance Army) à l’armée gouvernementale, fit rage entre 1988 et 2006.

Et comme bien souvent en Afrique le peuple paie au prix fort ces combats et pressions incessantes, ce qui l’amène à fuir et à se regrouper dans des camps. Oubliez les camps de réfugiés que vous avez pu apercevoir au 20h ou dans je ne sais quel film. Il s’agit ici de pseudo villages très denses « protégés » par l’armée gouvernementale où les individus vivent parfois jusqu’à 10 ans. Une communauté s’y crée et une « vie » s’y organise… et les problématiques économiques s’y développent.

L’article de Kim Lehrer traite de l’incidence de ces camps sur l’offre de travail des femmes et des hommes. Le fil conducteur est le suivant : les attaques aléatoires et brutales de la LRA effraient le peuple et l’amènent à se regrouper dans des camps ; ceci mène à la création d’une communauté au sein du camp qui y développe ses propres normes sociales régissant le comportement de chacun ; ces nouvelles normes sociales affectent alors les opportunités et comportements des membres du camp et notamment leur décision de participer au marché du travail. Or la réaction au conflit et les nouvelles normes développées par cette nouvelle communauté diffèrent selon le sexe.

Observant 32 camps et 885 ménages, Kim Lehrer conclut que plus le camp est ancien, moins les hommes participent au marché du travail : une augmentation d’un pourcent de l’âge du camp diminue de 3% la probabilité de travailler pour un homme. Il s’y développerait donc une oisiveté généralisée chez les hommes du camp. Ceci peut être expliqué par deux faits complémentaires : d’une part, du fait de la diminution des incitations à travailler puisque l’aide humanitaire répond aux besoins fondamentaux du ménage, tâche traditionnellement dévolue à l’homme ; et d’autre part car la création de bars, d’endroits pour regarder la télévision et le sport augmentent les incitations à ne pas travailler pour les hommes. A contrario, les activités traditionnellement octroyées aux femmes ne sont pas influencées par le conflit et la création de camp. En outre, les lieux de socialisation au sein du camp ne sont pas ouverts aux femmes. Ainsi, la vie en camp n’affecte pas leur décision de participer au marché du travail.

Dans cet article Kim Lehrer confirme l’importance des normes sociales dans le processus de décision et notamment pour l’offre de travail. En effet, moins il y a d’hommes sur le marché du travail plus la probabilité de participer au marché du travail pour un homme est faible… Il se dessine donc un effet de pair d’autant plus important que la communauté vie ensemble depuis longtemps et dans la promiscuité.

Cet article s’ajoute aux débats de l’économie du développement sur les effets pervers de l’assistanat (même si celui-ci est indispensable dans les premiers temps) et confirme l’idée d’Easterly selon laquelle pour faire du développement les économistes doivent avant tout travailler sur les incitations.


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