dimanche 21 février 2010

Le microcrédit est-il la panacée annoncée pour les pays en développement ?

Une expérience aléatoire menée en Inde semble montrer que le microcrédit incite à l'investissement et à la création d'entreprise mais n'a pas d'impact à court terme sur la qualité de vie des individus.

(Voir aussi le résumé d'Esther Duflo dans Le Monde)

Voici la conclusion des chercheurs :

"Ces résultats suggèrent que le microcrédit a des effets importants sur les entreprises et la composition des dépenses des ménages. De plus, ces effets diffèrent d'un ménage à l'autre en cohérence avec l'idée qu'un ménage souhaitant démarrer une entreprise doit d'abord s'acquitter d'un coût fixe. Ceux qui possèdent déjà une entreprise utilisent le microcrédit pour étendre leurs activités : les dépenses en biens durables (c.a.d. l'investissement) augmentent. Parmi les ménages qui ne possédaient pas d'entreprise au début du programme, ceux qui avaient une faible chance d'en créer une n'ont pas accru leurs dépenses en biens durables, mais ont accru leurs dépenses en consommation de biens non-durables (la nourriture par exemple), ce qui semble confirmer le fait que ceux-ci utilisent le microcrédit pour rembourser des crédits coûteux ou pour anticiper sur un revenu futur. En revanche, les ménages qui ont une forte probabilité de créer une entreprise réduisent les dépenses en biens non-durables et en particulier les biens de "tentation" comme l'alcool, le tabac, les tickets de lotterie et les repas rapides à l'extérieur, probablement en vue de réaliser un investissement initial encore plus important que ce qu'ils pourraient se permettre simplement avec le prêt. Ca rend assez difficile l'évaluation des impacts à long terme du programme. Par exemple, il est possible qu'à long terme, les individus qui réduisent leur consommation actuelle pour accroître l'investissement deviennent significativement plus riches et accroissent leur consommation future. D'un autre côté, les ménages qui ont augmenté leur consommation au moment du prêt sans créer d'entreprise peuvent s'appauvrir car ils devraient utiliser les revenus futurs pour rembourser, bien qu'il soit également possibles qu'ils profitent simplement du supplément de revenu obtenu en rembourser des crédits trop chers grâce au microcrédit (dans ce cas, ils augmentent leur richesse actuelle et peut-être même leur richesse future).

Bien que le microcrédit parvienne à affecter les dépenses des ménages et aide à démarrer des entreprises (ou à développer une entreprise existante), il semble n'avoir aucun effet sur l'éducation, la santé ou la place des femmes. Bien sûr, à long terme, lorsque les investissements auront (éventuellement) permis un accroissement des dépenses d'un plus grand nombre de ménages, il est possible qu'un tel effet apparaisse. Toutefois, sur le court terme (de 15 à 18 mois), le microcrédit ne semble pas être une recette miracle. Il n'est pas la panacée annoncée par certains, mais permet quand même aux ménages d'emprunter, d'investir, de créer ou de développer des entreprises."

ref :
The miracle of microfinance? Evidence from a randomized evaluation
Abhijit Banerjee, Esther Dufflo, Rachel Glennerster, Cynthia Kinnan
http://www.povertyactionlab.com/papers/101_Duflo_Microfinance_Miracle.pdf


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