lundi 8 février 2010

Crise financière et attaque cardiaque

Au sujet de la crise financière, on retrouve très souvent en ce moment l'argument dit du "risque moral", selon lequel les banques ne font pas gaffe lorsqu'elles savent que l'Etat les renflouera en cas de besoin (voir par exemple ici ou ). D'après cet argument, il faut impérativement faire payer aux banques le prix de l'assurance implicite de l'Etat pour éviter qu'elles ne prennent de trop gros risques aux frais du contribuable.

Cet argument fait sens mais Ricardo Caballero démonte ce raisonnement de manière assez élégante. D'après lui, une crise financière, c'est comme une attaque cardiaque. Comparons : les agents concernés peuvent prendre des précautions pour la prévenir (surveiller son alimentation dans le cas d'une attaque cardiaque / limiter les investissements dans les actifs à haut risque dans le cas des banques), mais lorsqu'elle survient, il faut prendre des mesures urgentes (utiliser un défibrilateur / renflouer les banques) pour éviter la catastrophe (mort / faillites bancaires).

Appliquons l'argument de l'aléa moral aux attaques cardiaques. Imaginons que l'on installe des défibrilateurs dans tous les lieux publics. De ce fait, on limite les risques de mort des individus subissant des attaques cardiaques. Donc, d'après l'argument du risque moral, les gens vont cesser de surveiller leur alimentation et vont se gaver de hamburgers et de pizzas à tous les repas.

Ce qu'il veut mettre en avant, c'est qu'il est ridicule de penser que les banques sont motivées dans leurs décisions par les compensations financières offertes par les Etats en cas de crise :
"A peu d'exceptions près (Fannie et Freddie ?), les institutions financières et les investisseurs pris dans une bulle spéculative sont motivés dans leurs décisions d'investissement par des rendements exorbitants et non par quelques subventions lointaines procurées par le défibrilateur financier."
Le problème (comme je l'argumente dans mon billet à paraître demain) est plutôt que le risque systémique n'est pas la simple addition des risques individuels et que des incitations perverses sont en jeu. Si toutes les banques minimisent le risque que chacune doit supporter, elles vont diversifier au maximum leurs actifs. Mais ce faisant, elles créent un réseau interbancaire qui rend le système financier dans son ensemble particulièrement sensible au risque systémique car les chocs se propagent plus facilement d'une banque à l'autre.

Chaque banque aura beau faire de son mieux (sans que leur comportement soit influencé par le fait que l'Etat soit là pour les sauver ou non), le risque de crise financière sera là, et peut même s'aggraver lorsque les banques tentent de réduire leur exposition au risque.

Une raison supplémentaire pour se méfier de l'argument du risque moral bancaire est qu'il a tous les attributs du "prêt-à-penser" : c'est une idée simple, qui semble tout expliquer et qui est moralement très confortable (c'est toujours plus agréable de croire qu'un problème est dû à un ennemi identifiable - les banques - plutôt qu'à un problème complexe de régulation financière).


4 commentaires:

  1. Très bon inspiration de la part de R.C. et un billet excellent, comme toujours d'ailleurs de la part de YB.

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  2. Bien pensé, mais selon lui devons-nous jetter dans la poubelle cet argument de l'aléa moral?

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  3. Dans le cas précis des banques et des crises financières, il affirme que oui.

    Dans son papier, il donne quelques indications sur les mesures à prendre pour assainir le comportement des banques, mais je n'ai pas tout lu (je n'ai gardé que l'arguement anti-risque moral).

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  4. Dès que je trouve le temps je veux le lire alors de bout en bout

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