vendredi 5 février 2010

Comment arnaquer les investisseurs via les produits dérivés et la titrisation

Découvert sur Naked Capitalism. Ici, le terme de produit dérivé doit s'entendre au sens financier du terme. Un produit dérivé est un actif qui s'échange sur les marchés financiers et qui offre un paiement (ou non) à son propriétaire en fonction de l'évolution future du cours d'un autre actif. L'idée derrière les produits dérivés est qu'ils permettent à ceux qui les achètent de s'assurer contre divers risque comme la variation du taux de change ou la variation des prix des matières premières : en échange d'une certaine somme, je suis assuré de pouvoir acquérir des devises à un taux de change supérieur ou égale à un seuil défini, ou je peux également être sûr de pouvoir acheter du blé à un prix inférieur à un seuil fixé.

En théorie, la présence des actifs dérivés dans l'économie est bénéfique car elle multiplie les possibilités d'assurance et d'échange du risque.

Information asymétrique

Peter DeMarzo a fait un joli travail pour montrer que la titrisation et les actifs dérivés permettent de monter une stratégie qui réduit les coûts de l'asymétrie d'information. L'asymétrie d'information désigne ici le fait que les différents acteurs sur le marché ne disposent pas de la même information sur les actifs. Par exemple, je suis incapable de différencier une créance "pourrie" d'une créance normale. En revanche, il se peut qu'un expert financier soit capable d'identifier la créance pourrie. Cet expert dispose alors d'un avantage sur le marché et peut l'exploiter afin de refourguer les créances pourries à des personnes moins bien informées.

L'idée est alors de regrouper les actifs d'une même nature dans un seul actif (c'est ce qu'on appelle la titrisation). Les nouveaux titres ainsi créés regroupent des actifs de plus ou moins bonne qualité. Lorsque les acheteurs ne connaissent pas la qualité des produits, la théorie d'Akerlof nous dit que la remise réclamée par les acheteurs pour compenser le risque de tomber sur un actif de mauvaise qualité va évincer les bons actifs du marché et conduit à un mécanisme cumulatif où la qualité diminue de plus en plus.

Néanmoins, grâce aux produits dérivés, le vendeur peut offrir une garantie à l'acheteur. De la même manière que quelqu'un qui vend un ordinateur va vous fournir une garantie pour essayer de prouver qu'il ne vend pas un produit qui va tomber en panne au bout de 15 jours, quelqu'un qui vend un actif peut utiliser un produit dérivé qui garantit un certain paiement si le nombre de défauts sur les créances est inférieur à un certain seuil. Ainsi, comme le paiement final du vendeur dépend négativement du nombre d'actifs pourris, il fournit un bon signal de la qualité des ses actifs.

Utiliser la complexité des produits pour créer une arnaque indétectable

Ce que montrent Arora, Barak, Brunnermeier et Ge, c'est que dans le cadre de cette stratégie, il est possible d'accroître légèrement le nombre d'actifs pourris lors de la titrisation et de revendre ces pools d'actifs sans que la supercherie ne soit détectable. Et ce, en jouant sur la complexité des actifs en question :
"Nous montrons que les concepteurs de produits financiers peuvent s'appuyer sur la complexité excessive de ces actifs pour camoufler leur information à travers une sélection particulière des actifs à intégrer. Ils peuvent obtenir des profits supplémentaires grâce à cette information cachée, bien plus qu'il ne serait possible dans un cadre purement rationnel. Ceci suggère une révision du consensus sur la capacité des produits dérivés à réduire le coût de l'information asymétrique."
Dans l'article, ils développent une stratégie qui permet d'introduire discrètement des actifs pourris dans un pool d'actifs. Cette "escroquerie" est théoriquement détectable, mais la théorie de la complexité nous montre que cette détection nécessiterait un temps excessivement long relativement aux capacités de calculs disponibles.


Notons que cet article est le fruit d'une collaboration réussie entre deux disciplines : l'économie et les computer sciences (Renaud, si tu lis cet article, dis-moi comment on traduit ce terme !).


2 commentaires:

  1. "computer science" c'est l'informatique me semble-t-il.

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  2. Plus précisément, il me semble que c'est "informatique théorique". "L'informatique" tout seul, c'est beaucoup plus large.

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