mercredi 27 janvier 2010

Haïti : Que dit Michael Clemens ?

Sur le blog de William Easterly, Michael Clemens propose une solution radicale pour sortir les Haïtiens de la pauvreté (en général, pas seulement en ce moment) : les autoriser à migrer aux Etats-Unis.

J'en vois qui froncent le sourcil. Prenons les Haïtiens (avant le tremblement de terre) qui vivent avec plus de 10$ par jour et qui résident soit aux Etats-Unis, soit en Haïti. 82% d'entre eux vivent aux Etats-Unis et 18% en Haïti. Vous allez me dire : normal, ce sont les plus riches qui émigrent. Mais après analyse statistique :
"Aucun élément ne permet d'affirmer que les émigrants haïtiens viennent principalement des couches les plus aisées de la population."
Conclusion : le départ vers les Etats-Unis est un moyen efficace de sortir de la pauvreté. En moyenne, on estime qu'un Haïtien multiplie son salaire par plus de 7 s'il choisit de migrer vers les Etats-Unis.

Tout petit problème : les Etats-Unis ne laissent pas entrer n'importe qui chez eux. Une telle politique migratoire fait que
"Les Etats-Unis bloquent activement la stratégie de réduction de la pauvreté la plus efficace pour les Haïtiens."
Fondamentalement, ce chercheur pose la question : et si les gens comptaient plus que les pays ? Cette question apparait dans le titre d'un de ses papiers : "Income per naturel: Measuring Development as if People Mattered more than Places" dans lequel il propose un indicateur simple mais ingénieux : le revenu moyen des personnes nées dans un pays donné (plutôt que le traditionnel revenu moyen des habitants d'un pays donné).

L'idée pas bête du jour est qu'il est peut-être plus facile de sortir les individus de la pauvreté plutôt que de transformer les pays pauvres. C'est très contre-intuitif car le premier contre-argument qui nous vient à l'esprit est : "Mais ça ne sauvera pas Haïti !". La preuve qu'on est tous focalisés sur les pays. A ça, Clemens répond :
"Dire que nous ne devrions pas procéder ainsi car ça ne peut pas être une solution de long terme, c'est comme dire qu'on ne devrait pas utiliser un canot de sauvetage qui contient 10 places sous prétexte qu'il y a 100 personnes dans l'eau."
Ah, pardon, j'oubliais l'essentiel : et si les pauvres immigrants piquaient les emplois des riches natifs ??? Conneries.


3 commentaires:

  1. "La preuve qu'on est tous focalisés sur les pays". On est bien d'accord, et cet exemple me paraît excellent, car bien plus probant que ceux que l'on pourrait tirer des vertus du commerce international. Contre intuitif ? Je ne suis pas sûr. Mais politiquement voire économiquement incorrect, c'est certain. Et puis : pas très bon pour l'identité nationale tout ça...

    RépondreSupprimer
  2. Trés bonne idée, c'est d'ailleurs ce qu'ont fait des tas de gens dans l'histoire européenne (les Italiens du nord et du sud, les Irlandais au XIXème siècle, les Souabes dès le milieu du Moyen-Age...) Pouvoir émigrer d'un pays surpeuplé qui ne nourrit pas son homme, c'est bel et bien la solution "indiduelle" - mais plus grand monde n'est prêt à reprendre l'exhortation du poète Walt Whitman aux émigrés à destination des Etats-Unis...

    RépondreSupprimer
  3. Il me semble que les individus qui quittent leurs pays pour fuir la pauvreté envoient souvent des aides financières à leur famille restée sur place, permettant en parallèle le développement du pays.

    RépondreSupprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.