jeudi 5 novembre 2009

Si je parle de cette étude, je perds tous mes amis de l'ENS

En été 2005, ma vie a pris un tournant. Je suis passé de l'ambiance hyper studieuse de la prépa à l'ambiance beaucoup plus détendue de l'ENS de Cachan. Le campus de cette école regorge d'opportunités pour se distraire : sport, clubs, associations, etc... Et surtout, tous les mardi, une des promos de l'école se dévoue pour organiser un open-bar avec entrée gratuite. J'ai pu donc tester de manière répétée ma tolérance à l'alcool.

Même si une fois, j'ai dû raccompagner chez lui un étudiant qui m'a vomi trois fois sur les chaussures sur le trajet, je dois admettre que j'ai passé d'excellentes soirées. L'alcool, malgré ses dangers, est attirant pour sa faculté à désinhiber ou à faire oublier les histoires de coeur qui finissent mal.

C'est pourquoi, si vous me parlez d'interdire les open-bar ou de restreindre la vente d'alcool aux jeunes, je ne vais point acquiescer et je risque même de me retrouver à défendre les soirées alcoolisées avec véhémence.

Néanmoins, ma formation de scientifique m'a appris à privilégier l'objectivité sur la passion et, bien que ça me déchire le coeur, je vais vous parler de l'étude de Kaestner et Yarnoff qui vient de sortir.

Que nous dit-elle ? A partir de données américaines et en exploitant le fait qu'un certain nombre d'Etats américains ont relevé l'âge minimum légal pour consommer de l'alcool de 18 à 21 ans, ils trouvent que ce changement législatif réduit de 20 à 30% la consommation d'alcool et réduit de 10% le nombre d'accidents de la route mortels. Bizarrement, cet effet ne s'observe que chez les hommes ! Aucun impact n'a pu être décelé pour les femmes.

Il semblerait donc que les restrictions sur l'âge légal de consommation d'alcool puissent sauver des vies.

Je reste cependant un peu critique vis-à-vis de cette étude (notamment parce que j'ai pas envie de me faire lyncher par mes collègues de l'ENS). L'article ne décrit pas en détails les changements législatifs. Or, ils semblent que ceux-ci ont été un peu chaotiques. On peut peut-être imaginer le scénario suivant : les Etats où la consommation d'alcool était initialement faible ont rencontré moins de résistance pour faire passer la nouvelle loi. Si les Etats où la consommation d'alcool est faible sont plus nombreux à avoir accru l'âge légal de consommation, on introduit une corrélation négative entre âge légal de consommation et consommation effective d'alcool, même si la loi n'a eu aucun effet.

Affaire à suivre donc.

ref :

Long Term Effects of Minimum Legal Drinking Age Laws on Adult Alcohol Use and Driving Fatalities
Robert Kaestner
Benjamin Yarnoff
Working Paper 15439
http://www.nber.org/papers/w15439


1 commentaire:

  1. D'où une intéressante remarque : puisque le risque climatique est directement corrélé à la population de la planète, laisser les jeunes européens boire librement de l'alcool aide à résoudre le problème du changement climatique.

    Je propose donc que dans le cadre des accords de Copenhague et pour aider à la lutte contre le réchauffement climatique, l'on interdise toute restriction à la consommation d'alcool par la loi.

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