lundi 9 novembre 2009

Les dépenses du gouvernement ont un effet sur la consommation mais lequel ?

Est-ce qu'une politique keynésienne de relance est susceptible d'avoir un effet positif sur la consommation à court terme ? Les théoriciens sont partagés.

D'un côté, les "néo-classiques" affirment que si le gouvernement accroît de manière permanente ses dépenses, cela réduit la richesse totale disponible pour les ménages et réduit ainsi la consommation. (voir par exemple ici)

D'un autre côté, les "keynésiens" montrent que si les prix sont rigides et que les consommateurs déterminent le niveau de leur dépense en fonction du revenu courant, alors il est possible que les dépenses du gouvernement, si elles sont financées par l'emprunt, aient un impact positif sur la consommation. (voir par exemple )

Les études empiriques aboutissent à des résultats contradictoires. Certaines trouvent que les dépenses du gouvernement accroissent la consommation et d'autres trouvent l'effet contraire.

La clef de ce paradoxe nous dit Ramey, réside dans les anticipations des agents. La plupart des études se focalisent sur l'évolution conjointe de la consommation et des dépenses du gouvernement. Or, ce qui compte, ce n'est pas le montant des dépenses du gouvernement mais le montant anticipé ! Et les deux variables ne concordent pas nécessairement :
"A la lecture des journaux, j'ai pu découvrir des exemples répétés de délais assez longs entre la prise de décision par le gouvernement d'accroître les dépenses militaires et l'accroissement effectif des dépenses. Lorsque le gouvernement souhaite constituer une réserve d'armes stratégiques, le Pentagon passe au minimum plusieurs mois à débattre sur le type d'armes qu'il faut acquérir. Le choix des entreprises en charge de la commande prend du temps supplémentaire. Une fois que la commande est passée, les dépenses augmentent lentement dans le temps."
La plupart des études ne prennent en compte que les dépenses militaires, car c'est le meilleur candidat pour isoler l'effet "dépenses du gouvernement". Ici, on cherche à savoir quel est l'effet d'un simple accroissement des dépenses du gouvernement sur la consommation, indépendamment du caractère "productif" de ces dépenses. Or, les dépenses militaires sont celles qui sont le plus souvent "improductives" au sens économique du terme.

A la lumière de toutes ces difficultés, notre chercheur estime qu'il vaut mieux se fier aux prédictions de l'évolution des dépenses militaires telles qu'elles sont rapportées dans le journal Business Week plutôt que de se fier au montant des dépenses. Ainsi, on prend mieux en compte les anticipations des agents.

Résultat du match ? Le modèle néo-classique gagne par KO : la consommation chute à la suite d'un accroissement des dépenses du gouvernement.

Bien évidemment, il s'agit à la fois d'un domaine d'études très sensible sur le plan politique et d'un domaine de recherche où les méthodes économétriques à mettre en oeuvre sont très complexes. Ces résultats sont à interpréter avec beaucoup de prudence et, à titre personnel, je suis loin d'avoir une opinion définitive sur la question.

Cette même prudence doit surtout nous conduire à rester suspicieux quant à l'efficacité des fameux plans de relance. Il vaut mieux y réfléchir à deux fois lorsque les coûts d'une politique sont certains, mais les bénéfices hypothétiques.

ref :

Identifying Government Spending Shocks: It's All in the Timing
Valerie A. Ramey
Working Paper 15464
http://www.nber.org/papers/w15464


7 commentaires:

  1. Je ne sais pour quelle raison je conservais une sorte de "préjugé favorable" à l'égard des plans de relance à la keynésienne. Même si bien sûr c'est assez peu pour trancher de façon définitive, je dois avouer que ce préjugé vient désormais de sauter.

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  2. La prochaine fois j'espère que vous nous montrerez que les Hommes rajeunissent avec l'âge.

    J'ai consulté votre blog suite à la parution d'un de vos "billets" sur Eco89, c'est bien de tenir un blog mais je vous recommande cordialement de ne pas lire que le résumés des articles que vous citez, ça donnera un peu d'épaisseur à vos propos.

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  3. Pour votre information, j'ai lu l'article en entier, de l'introduction à la conclusion, et je n'ai pas sauté les détails techniques.

    Bien évidemment, le compte-rendu que j'en donne est proche de l'abstract de l'article puisque l'objectif de l'abstract comme de mes billets est de mettre en avant les points essentiels.

    J'imagine que derrière la phrase "vous nous montrerez que les hommes rajeunissent avec l'âge", vous sous-entendez que la conclusion de l'article est absurde, je vous invite à nous exposer votre propre démonstration.

    Au passage, j'aimerais que vous appreniez à faire preuve de modestie intellectuelle. Cette attitude du mec qui croit tout savoir et qui critique ceux qui essaient d'en savoir plus sur le monde qui nous entoure a le don de m'exaspérer au plus haut point.

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  4. Il me semble que l'article de Ayiagari et Christiano fait l'hypothèse que les taux d'intérêt nominaux peuvent être négatif. Or aucune banque centrale n'a osé franchir le pas de taux d'intérêt négatifs. Dans ce contexte, la politique budgétaire est censé prendre le relais. On peut voir par exemple ce que dit Krugman:
    http://www.princeton.edu/~pkrugman/optimalg.pdf

    Sinon, il y a également cette étude qui montre que le multiplicateur peut varier considérablement du fait de l'existence de changes fixes et de l'ouverture internationale:
    http://www.voxeu.org/index.php?q=node/4036

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  5. Si je comprend bien vos glorieux chercheurs ont démontré que des dépenses militaires improductives n'étaient pas productives ?

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  6. Certains keynésiens affirment le contraire : d'après eux, les dépenses (militaires ou autres) sont une forme de politique de relance. On prend les dépenses militaires pour isoler l'impact des dépenses elles-mêmes indépendamment de leur caractère productif sur l'économie.

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  7. C'est un bon billet.

    J'ai beaucoup lu sur le sujet, mon sentiment est que les relances ne marchent pas, et je ne base pas mes conclusions uniquement sur Ramey. J'en ai vu d'autres. Globalement, il semble y avoir un effet d'éviction sur les investissements privés, et surtout, les créations d'emplois sont des emplois publics, pas privés.

    Mais dans le cas où je me trompe, avez vous des études que vous me conseillez de lire ?
    Au passage, d'ailleurs, j'aimerais savoir si aujourd'hui, vous avez changé d'avis à propos des politiques keynésiennes ?

    Merci de votre réponse.

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