vendredi 13 novembre 2009

La ville d'origine d'un terroriste subit également les conséquences des attentats

C'est la conclusion assez surprenante d'une étude menée par Benmelech, Berrebi et Klor. Généralement, quand on pense aux coûts du terrorisme, on pense surtout aux coûts pour les pays qui sont ciblés. Mais on pense rarement aux coûts pour les pays qui hébergent les terroristes.

Nos auteurs affirment qu'héberger des terroristes est coûteux à plusieurs titres : "Les mesures de sécurité peuvent empêcher les citoyens de travailler normalement. Il est possible que les employeurs soient réticents à embaucher des gens provenant du même quartier que certains terroristes. Certains chercheurs ont également avancé que les attaques réussies provoquent la radicalisation de la population, ce qui peut avoir des conséquences négatives sur la performance économique."

Il s'agit donc d'une hypothèse qui mérite d'être testée.

Néanmoins, c'est plus facile à dire qu'à faire. Si on observe que les villes qui hébergent des terroristes ont des conditions économiques plus défavorables que les autres, cela peut s'expliquer de plusieurs façons. Peut-être que les conditions économiques défavorables sont la cause plutôt que l'effet, de la naissance de vocations terroristes dans la population. Peut-être que de mauvaises institutions provoquent à la fois l'émergence de mouvements terroristes (via la propagande par exemple) et dégradent les conditions économiques. C'est donc une question assez compliquée.

Les auteurs ont l'idée d'exploiter le caractère aléatoire de la réussite d'une attaque terroriste. En effet, on peut évaluer les conséquences d'une attaque terroriste en comparant l'évolution des variables économiques après un attentat réussi et après un attentat raté.

En utilisant des données sur la Palestine, les chercheurs montrent qu'une attaque réussie "accroît le chômage de 5,3%, augmente la probabilité que le salaire moyen dans le quartier [d'origine du terroriste] baisse de plus de 20%, et réduit le nombre de Palestiniens travaillant en Israël de 6,7% par rapport à la moyenne. De plus, ces effets persistent jusqu'à six mois après l'attentat."

Cette étude vient nourrir la littérature scientifique sur les coûts du conflit et va dans le sens du consensus selon lequel tout le monde est perdant.

Néanmoins, je reste un peu dubitatif sur les mécanismes à l'oeuvre. Pourquoi, d'après vous, observe-t-on de tels coûts économiques pour les pays qui perpétuent des attentats ??

Ref :

The Economic Cost of Harboring Terrorism
Efraim Benmelech
Claude Berrebi
Esteban F. Klor
Working Paper 15465
http://www.nber.org/papers/w15465


2 commentaires:

  1. C'est un domaine qui m'intéresse de plus en plus. Et à plus d'un titre...La meilleure de chose à faire : c'est de le potasser calmément et je monterai à la Tribune pour vous donner mon point de vue...

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  2. Modèle gravitationnel : les échanges sont fonction inverse de la distance (celle-ci étant entendue en termes culturels et géographiques). On peut imaginer qu'un attentat réussi accroisse la distance.
    Mais bon, je verrai des explications plus simples, liées au cas très particulier étudié. Après un attentat, l'armée israelienne pratique la punition collective : quartier de l'auteur bouclé, destruction de sa maison, durcissement des checkpoints. Il est possible que cela suffise à expliquer le phénomène (et vu le chômage en palestine, que celui-ci soit durable parce que d'autres prennent les places que les gens du quartier perdent).
    Ce qui serait intéressant, ce serait de voir si les attentats de l'ETA ont un impact sur l'économie basque, si on retrouve cet effet. Mon intuition est qu'il est dans ce cas beaucoup plus faible.

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