dimanche 1 novembre 2009

Codes of the Underworld

Cet ouvrage, Codes of the Underworld, écrit par Diego Gambetta (et que j'avais repéré il me semble) a quelque chose de fascinant. Ca parle des petits soucis que les criminels rencontrent dans leurs activités professionnelles. "Hein ???" vont répondre certains lecteurs. Je m'explique.

Diego nous explique très clairement les problèmes que rencontrent les criminels quand ils doivent communiquer entre eux. Les criminels ne peuvent pas faire de pub pour leurs produits ("Les meilleures prostituées de tout Paris !!"), ne peuvent pas aller en justice en cas de litige ("M'sieur, il m'a volé ma cocaïne !! Je porte plainte !"), ne peuvent pas se reconnaître spontanément entre eux ("Easycrime.com, le site de rencontres pour criminels."), et de manière générale, font face à pas mal d'obstacles quand il s'agit de faire circuler de l'information.

L'auteur fait appel à la théorie économique de l'information pour nous éclairer et notamment à la théorie du signal. Exemple : une organisation criminelle veut recruter un nouveau membre, mais comment savoir s'il s'agit d'un vrai criminel ou d'un agent de la police qui tente d'infiltrer l'organisation ? Il faut demander à l'individu d'émettre un signal discriminant, c'est-à-dire de faire une action qui est peu coûteuse pour un vrai criminel, mais très coûteuse pour un agent infiltré. Par exemple, on peut lui demander de commettre un meurtre. Un vrai criminel en sera tout à fait capable, tandis qu'un agent infiltré ne peut pas se le permettre.

Grâce à cette approche, l'auteur avance des hypothèses osées, mais de manière relativement convaincante (et en faisant preuve de beaucoup de prudence et de modestie intellectuelle, ce qui est très appréciable (et certains feraient bien de prendre exemple là-dessus)). Par exemple, l'auteur avance l'idée que l'auto-mutilation en détention est un moyen d'envoyer un double signal aux autres. Premier signal : je ne crains pas la douleur, alors vos menaces sont sans effet sur moi. Deuxième signal : je suis un fou-furieux, alors si je suis capable de m'auto-infliger ces blessures, imaginez ce que je pourrais vous faire à vous !

Autre exemple : l'auteur pense que les bagarres en prison sont une façon de récolter de l'information sur la "force physique" des autres détenus. Les détenus aiment bien provoquer les petits nouveaux et les défier de façon à savoir s'il s'agit de gros durs qu'il vaudra mieux éviter ou d'individus inoffensifs qui pourront être exploités à loisir.

L'auteur aborde un grand nombre d'autres thèmes, comme les rôles joués par les tatouages et les surnoms, le problème de la confiance mutuelle entre criminels, la façon dont la corruption se met en place lorsque les deux parties ne savent pas dans quel camp joue l'autre, etc...

Bien sûr, je ne suis pas capable de restituer dans ce billet même 10% du pouvoir de persuasion de Diego. Car en plus de parvenir à nous fasciner avec des théories extrêmement surprenantes, l'auteur fait tout son possible pour rassembler les maigres statistiques et témoignages dont on dispose pour vérifier si les interprétations qu'il avance tiennent la route.

Les chapitres ne sont malheureusement pas tous égaux en qualité. La première partie, consacrée aux "signaux discriminants" est de manière générale plus convaincante que la seconde, consacrée aux "signaux conventionnels". Néanmoins, la lecture reste agréable tant le texte est émaillé de témoignages d'authentiques criminels ou d'agents spécialisés dans le démantèlement de réseaux criminels. On a presque l'impression de lire un roman policier !

Clairement, ce livre présente une application originale, quoique parfois audacieuse, des outils de la théorie économique à l'analyse de la criminalité. En tout cas, c'est très ludique. Une excellente lecture de plage (quand le temps s'y prêtera).


4 commentaires:

  1. Merci à Spencer, en premier lieu et ensuite à Stiglitz et ses co-auteurs, à Akerlof....

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  2. Ce livre existe t-il en français?

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  3. J'ai cherché une version française, mais je n'en ai pas trouvée, malheureusement.

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    1. Je suis en train de traduire ce livre pour le compte des éditions Markus Haller (Genève). Publication prévue en 2014 !

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