vendredi 16 octobre 2009

Les programmes conditionnels scolaires et le comportement sexuel des femmes en Afrique Sub-saharienne

Le comportement sexuel des femmes en Afrique Sub-saharienne (ASS) suscite un intérêt grandissant pour les économistes du fait de son impact sur le taux de fertilité et la prolifération du Sida, et donc sur la croissance de la population et de la force de travail.
Sarah Baird, Ephraim Chirwa, Craig McIntosh et Berk Özler (2009) soulèvent l’idée suivante : « Assagir » l’activité sexuelle pourrait permettre de diminuer la fertilité et de réduire la prolifération du virus du Sida. Ainsi la croissance pourrait être favorisée par une réduction du fardeau démographique (poids de la population inactive sur la population active ).
En économie du développement, on connait depuis longtemps les externalités positives de l’éducation des mères : réduction de la fertilité, diminution de la malnutrition et de la mortalité infantile (Drèze, Muthi et Guio 1995)… Mais on ne s’était jamais interrogé sur l’impact de l’éducation des jeunes filles sur leur comportement sexuel.
C’est l’objet de l’article décortiqué aujourd’hui et présenté par ces auteurs au séminaire développement de l’Ecole d’Economie de Paris (23/09/09) : les transferts conditionnels en espèces (TCE) ont à la fois un impact positif sur la scolarisation des filles mais aussi sur leur comportement sexuel.
Les TCE (ou programmes conditionnels) scolaires tentent de lutter contre la pauvreté et les déficits de scolarisation des filles. Le paiement de l’aide est alors conditionné à certaines obligations. Le programme dont il est question dans l’article de Baird et al. concerne le transfert de 10$ US par mois à la famille (dont 30% à la fille) et le paiement des frais de scolarités au Malawi . Seules conditions pour obtenir cette aide : remplir certains critères de pauvreté et aller à l’école.
Baird et al. (2009) observent 3 805 jeunes Malawiennes non mariées, âgées de 13 à 22 ans, scolarisées ou ayant quitté l’école moins de deux ans auparavant, pendant 2 ans.
Les résultats démontrent que les TCE ont à la fois un impact positif sur le taux de scolarisation des filles mais aussi sur leur comportement sexuel, spécialement pour les filles déscolarisées. Si les TCE réduisent le cout d’opportunité de l’école, ils augmentent le cout d’un comportement sexuel risqué. Le cout d’opportunité de l’école correspond à la perte de revenu engendrée par la scolarisation. En effet, le temps investit dans l’éducation n’est pas offert sur le marché du travail. Rémunérer la scolarisation revient alors à abaisser son cout d’opportunité. Ainsi, le cout de la déscolarisation augmente et avec lui le cout d’un comportement sexuel risqué.
Ainsi, par extension, on peut supposer que les programmes TCE ont un impact sur la prolifération de l’épidémie du SIDA, en limitant les comportements à risques. En effet, il semblerait que les bénéficiaires du programme conditionnel ont leur premier rapport plus tard, un nombre de partenaires réduit et de ce fait une probabilité d’être enceinte plus faible. En outre, elles utilisent plus de contraceptifs et de préservatifs et ont moins recours à des rapports sexuels rémunérés alors que l’âge moyen de leur partenaire est plus bas : leur comportement sexuel peut ainsi être considéré comme moins risqué.
Ces résultats sont encourageants puisqu’ils sous-entendent qu’une population féminine éduquée est la solution à de nombreux problèmes. Les comportements sexuels risqués restent un phénomène inquiétant dans des pays où le nombre de séropositif reste élevé. Éduquer les filles et les inciter à rester sur les bancs de l’école semblent être une stratégie gagnante à court terme, puisque le cout des TCE semble être plus faible que le cout de l’épidémie du SIDA. Néanmoins, ces programmes ne sont que des solutions à court terme dans la mesure où ils ont une durée de vie limitée dans le temps.
Si les résultats sont convaincants, ils n’effacent en rien une question qui me brule la langue : et la conditionnalité, est-elle la condition nécessaire et suffisante à l’efficacité des programmes ? Sous cette provocation se cache une autre question : est-ce parce qu’ils réduisent la contrainte financière que les TCE sont efficaces ou du fait de leur conditionnalité ?
Long débat auquel j’ajouterai une dernière provocation : si le cout d’un comportement sexuel risqué pour les filles peut être influencé par les TCE comment « assagir » le comportement sexuel des garçons ?


2 commentaires:

  1. Ce qui pose le plus de problèmes n'est pas le comportement des jeunes hommes mais celui des plus vieux qui sont les plus contaminés par le SIDA.

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  2. il y a de la provocation sexuel meme en france a l'heure actuelle

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