samedi 24 octobre 2009

Les catastrophes économiques, suite

Il semblerait bien que je ne sois pas le seul à penser que la crise a eu un impact substantiel sur l'orientation de la recherche en économie. Je viens encore une fois de tomber sur une recherche s'interrogeant sur la macroéconomie des "catastrophes économiques" (j'avais déjà commenté un article de ce type il y a quelques jours).

Il s'agit d'un article de François Gourio. Que nous explique-t-il ? Eh bien, d'après les modèles qu'il a pu élaborer, il semblerait que ce ne soit pas seulement les désastres économiques en eux-mêmes qui soient importants mais que, également, la probabilité d'occurrence d'une catastrophe économique ait une importance significative pour comprendre la dynamique de l'économie.

Essayons de clarifier un peu tout ça. Il nous explique que, si on suppose que la probabilité d'une catastrophe économique est constante au fil du temps, la dynamique de l'économie en dehors des périodes de crises n'est pas altérée. Les agents ont "intériorisé" la possibilité d'occurrence d'une grande crise économique, mais ils n'y peuvent rien, donc ils font avec.

En revanche, ça devient intéressant lorsque l'auteur nous dit que la probabilité d'une catastrophe économique peut refléter l'optimisme ou le pessimisme ambiant dans l'économie. Il tente ainsi d'expliquer les fluctuations de l'économie par une variation du moral général des agents (mesuré par cette probabilité). En utilisant son modèle et l'historique des prix pratiqués sur les marchés financiers, il parvient à donner une estimation de la probabilité de désastre économique (qui est ici légèrement inférieure par rapport à ce qui a été estimé dans l'autre étude que j'ai commentée).



Il montre ensuite qu'en utilisant le modèle amélioré qui inclut la probabilité de crise, on accroît considérablement la qualité des prévisions économiques, notamment en ce qui concerne les débuts de crise (même s'il y a encore des ratés, le modèle prédit correctement l'évolution de l'investissement, de la production et de l'emploi sur la fin 2008, mais se plante complètement pour la consommation).

Je pense que ces recherches vont plus ou moins dans le sens voulu par les auteurs du blog rationalité limitée, au sens où, à défaut de savoir prédire la date de début d'une crise, on peut évaluer la probabilité d'un début de crise. L'originalité est que, au lieu de se fonder sur des indicateurs économiques (taux d'intérêt, taux d'endettement des ménages, etc...) pour mesurer cette probabilité, on regarde comment se comportent les individus et que révèlent ces comportements sur ce que pensent les agents dans leur ensemble.

Finalement, ça rejoint plus ou moins ce que dit James Surowiecki dans son livre : pour évaluer une situation, il vaut mieux se fonder sur la moyenne des opinions d'un grand nombre d'individus indépendants plutôt que sur l'avis d'une poignée d'experts (où, de plus, chacun regarde et "copie" ce que dit les autres).

ref :

Disasters Risk and Business Cycles
François Gourio
NBER Working Paper 15399
www.nber.org/papers/w15399


1 commentaire:

  1. Cette crise économique sans précédant laissera de lourdes traces. Bien entendu, La nature humaine, est egalement en cause dans l'émergence d'une telle crise. La course au profit permanente, alors meme que les périodes de prospérité ne sont pas infinies, conduit à des prises de risques inconsidérés.

    RépondreSupprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.