mercredi 28 octobre 2009

La famille, ennemie de la démocratie ?

Je viens de trouver une étude dont le titre m'a interpellé : Family Ties and Political Participation. J'ai tout d'abord cru à une étude sur l'importance du capital social dans l'acquisition d'un poste de pouvoir dans le monde politique (avec une analyse de la corruption à la clef). Mais en fait, ce n'est pas ça du tout.

Les auteurs nous disent qu'une étude sociologique des années 1950 a mis en évidence un phénomène intéressant. Les habitants d'un petit village du sud de l'Italie ne font confiance qu'aux membres de leur famille proche. De ce fait, ils ne font confiance ni aux autres membres de la société, ni aux hommes politiques. L'auteur affirme que cette situation conduit à :
"un engagement civique faible, une faible participation politique, un niveau important de défiance générale et un manque de confiance dans les institutions politiques."
En résumé, plus un individu a des liens familiaux forts, plus il est probable qu'il délaisse la politique et les affaires publiques.

Alesina et Giuliano s'inquiètent car, d'après eux, ce type d'attitude se transmet fortement des parents aux enfants, et donc :
"Dans une société où la confiance est fondée essentiellement sur les liens familiaux, la démocratie moderne risque d'être confrontée à des problèmes durables si ces attitudes négatives à l'encontre de la politique se transmettent d'une génération à l'autre."

Après avoir récolté des données assez volumineuses sur l'attitude des individus vis-à-vis de la famille et de la politique en général, les auteurs concluent que le lien causal négatif entre importance des liens familiaux et participation politique est "probable et cohérent avec ce qui a été établi dans d'autres études".

Toutefois, ils affirment :
"Nous souhaitons préciser que nous ne suggérons pas que les liens familiaux (...) sont "mauvais". En fait, dans Alesina et Giuliano (2007), nous montrons que le bonheur et la joie de vivre (c'est la seule traduction que j'ai pu trouver pour "life satisfaction", si quelqu'un a une autre idée) sont associés positivement à des liens familiaux forts. De plus, la production domestique est beaucoup plus importante dans les sociétés où les liens familiaux sont forts, ce qui implique que le PIB y est fortement sous-estimé."
Je ne sais pas trop quoi penser de tout ça, mais ça mérite d'être médité. Vos commentaires sont les bienvenus.

ref :

Family Ties and Political Participation
Alberto F. Alesina
Paola Giuliano
Working Paper 15415
http://www.nber.org/papers/w15415


4 commentaires:

  1. C'est tentant de le transposer a l'Afrique ou les liens familiaux sont souvent tres forts, bien que la confiance ne soit pas si elevee entre membre d'une meme famille.
    Je m'inquiete un peu de la causalite inverse: dans un environnement institutionnel mauvais ou les hommes politiques sont connus pour etre des pourris est-ce que les liens familiaux ne se resserrent pas?

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  2. Je ne sais pas non plus quoi en penser pour l'instant. Mais je pense que leur conclusion finale me parait pas dénué de tout sens, bien au contraire. Il faut même cataloguer cet article dans la rubrique Economie de développement.

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  3. Ca rappelle un peu "De la Démocratie en Amérique" (je sais, les références du 19e siècle à l'époque d'internet, ça ne se fait plus...). Parmi les dangers de la démocratie, Tocqueville citait déjà le repli sur la famille ou le cercle proche.

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  4. C'est assez intéressant car cela est en conformité avec ce que nous enseigne la philosophie politique et la science politique.

    La démocratie s'est développée à Athènes dans le cadre d'une morale valorisant le "bon citoyen" : ainsi, l'accomplissement individuel correspond à un passage de la sphère privé à la sphère publique.

    Les sociétés confucianistes constituent l'exemple inverse : la démocratie a du mal à se développer car l'accomplissement individuel passe par le fait d'être un "bon fils". L'invididu est soumis à la société dans son ensemble mais cette soumission s'accomplie dans la sphère privée qu'il ne quitte jamais vraiment.

    Cette étude est donc un exemple de plus qui confirme l'idée d'un lien négatif entre place de la famille dans la morale et démocratie. A quand un discours anti-familial chez les hommes politiques ? (ceci est une provocation manifeste)

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