jeudi 8 octobre 2009

Et si la consommation d'antidépresseurs avait aussi des effets positifs ?

Tapez "France antidépresseurs" sous google et vous tomberez sur une série d'articles déplorant le fait que les français sont parmi les plus gros consommateurs d'antidépresseurs au monde. Il n'est pourtant pas évident de savoir s'il s'agit d'une bonne ou d'une mauvaise nouvelle.

Histoire de prendre un peu le contre-pied des idées les plus répandues, je vous présente aujourd'hui une étude de Dave Marcotte et Sara Markowitz sur le lien entre consommation d'antidépresseurs, d'antipsychotiques et de psychostimulants et taux de criminalité aux Etats-Unis.

En effet, au début des années 1990, le taux de criminalité a chuté de façon spectaculaire aux Etats-Unis et cette chute ne peut pas s'expliquer par l'évolution des conditions économiques ou sociétales générales. Les économistes et les criminologues ont donc cherché les causes possibles de cette pacification de la société américaine, exercice plus difficile qu'il n'y parait sur le plan empirique.

Marcotte et Markowitz fouillent du côté de la maladie mentale. Ils rappellent tout d'abord que le lien entre pathologie mentale et criminalité a fait l'objet de nombreuses recherches : les détenus ont deux fois plus de chances de se voir diagnostiquer une maladie mentale par rapport à la population générale, et les maladies mentales accroissent considérablement la probabilité d'être incarcéré ou de commettre des actes violents. Bien que ce lien soit souvent surestimé à cause de problèmes de méthodologie statistiques, son existence fait consensus, au moins en ce qui concerne les crimes violents.

Le lien de causalité peut s'expliquer d'une part par des facteurs comportementaux (la maladie elle-même ainsi que ses symptômes accroissent la probabilité d'adopter un comportement violent) ou indirectement par des facteurs économiques (la maladie réduit les chances de réussite dans le milieu scolaire et/ou la qualité des relations familiales, ce qui amenuise les chances de réussite professionnelle et accroît la probabilité d'un comportement criminel).

Là où ça commence à devenir intéressant, c'est lorsque les auteurs précisent que le grand déclin du taux de criminalité aux Etats-unis coïncide avec une plus grande disponibilité des traitements contre la maladie mentale ainsi qu'une augmentation du taux de prescription de ces traitements. En dix ans, le nombre d'américains recevant des traitements à base de médicaments a augmenté de 10 millions (sur la même période, la psychothérapie n'a pas gagné en popularité).

Leurs résultats indiquent que si le taux de traitement des individus souffrants de pathologie mentale était doublé, le nombre de crimes violents diminuerait d'au moins 5% (estimation la plus basse). Cet impact est à la fois faible et important.

D'une part, la proportion d'individus recevant un traitement est relativement faible (28% des adultes américains auraient une pathologie mentale et seuls 8% seraient traités).

D'autre part, on n'a, a priori, aucune raison de penser que les traitements ont été administrés en priorité aux individus à risque en ce qui concerne les comportements criminels. Il est donc possible d'obtenir un bien meilleur résultat dans le cadre d'une politique publique ciblant spécifiquement les individus ayant un risque élevé de commettre des actes violents (par exemple en améliorant le suivi psychiatrique dans les prisons).

Au final, la plus grande disponibilité des traitements contre les maladies psychiatriques permet d'expliquer environ 12% de la baisse de la criminalité aux Etats-Unis, ce qui n'est pas négligeable.

Ce qui est très amusant, ce que les auteurs terminent en affirmant que "une plus grande disponibilité des traitements contre les maladies mentales peut améliorer considérablement la vie des personnes atteintes et de leurs proches." Ceci est exactement l'inverse de l'opinion répandue en France selon laquelle les antipsychotiques et les antidépresseurs sont des drogues qui sont prescrites trop facilement à des individus qui n'en ont pas besoin !

Y aurait-il un lien avec la prévalence de la psychanalyse en France ?

ref :

A Cure for Crime? Psycho-Pharmaceuticals and Crime Trends
Dave E. Marcotte
Sara Markowitz
Working Paper 15354
http://www.nber.org/papers/w15354


2 commentaires:

  1. Je suis très surpris de cette hypothèse. Steven D Levitt dans son ouvrage traduit en français: Freakonomics, semblait avoir démontré que la baisse de la criminalité aurait été liée à la légalisation de l'avortement. Cette thèse est détaillée quelque part par éconoclaste. Serions nous en face d'une inflation d'explications?

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  2. Bonjour,

    L'explication de Levitt est intéressante, mais a malheureusement été fortement contestée par les recherches ultérieures. J'ai écrit un billet à ce sujet :
    http://quedisentleseconomistes.blogspot.com/2009/08/freakonomics-un-chapitre-mettre-la.html

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