dimanche 4 octobre 2009

Enfin une étude sérieuse sur les 35 heures !

Les membres du gouvernement français ont généralement une idée très précise (mais souvent fausse) de ce qu'il faut faire ou ne pas faire en matière d'économie. De ce fait, l'évaluation des politiques publiques ne fait pas partie de la culture des hommes politiques français. Certes, ils ont voulu mettre en place une expérimentation du RSA avant d'officialiser le dispositif, mais ils ont fait ça à leur sauce sans respecter aucune des règles de base de tout bon protocole scientifique (plus de détails dans ce bouquin que celle à qui je l'ai prêté devrait commencer à songer à me rendre :-).

Par exemple, le dispositif des 35 heures a été mis en place d'une façon qui rend quasi certaine l'impossibilité de son évaluation par les économistes. D'une part, les 35 heures ont été appliquées partout sur le territoire au même moment. Du coup, difficile de trouver un groupe de contrôle (des firmes ou des salariés qui n'ont pas été affectés par les 35 heures) pour comparer avec ceux qui ont dû se plier à la réforme. A la limite, on peut envisager de faire une comparaison avant/après la mise en place des 35 heures, mais dans ce cas, comment séparer l'impact des 35 heures de l'impact de la conjoncture économique ?

Mais de toutes façons, ce ne sera même pas possible car les 35 heures ont été accompagnées de tout un tas de mesures, notamment les allègements fiscaux et les aménagements du temps de travail, ce qui rend impossible l'identification de l'impact de la seule réduction du temps de travail.

On remarque au passage que ces difficultés empiriques n'empêchent pas Denis Clerc d'Alternatives Economiques de faire une évaluation de l'effet des 35 heures en ignorant toutes les difficultés empiriques que je viens de citer.

Toutefois, je viens de découvrir une lueur au milieu du brouillard : une étude menée par Etienne Wasmer et Matthieu Chemin qui parvient après moults péripéties statistiques à évaluer à peu près correctement l'effet des 35 heures.

Comment font-ils ? Ils exploitent le fait que la loi sur les 35 heures ne s'est pas appliquée exactement de la même manière en Alsace et en Moselle. Dans ces trois départements, on fête deux jours feriés supplémentaires (à cause de leur appartenance à l'Allemagne avant la première guerre mondiale) : la fête de la Saint-Etienne et le Vendredi Saint. Les employeurs ont, dans un premier temps, pris en compte ces jours feriés dans la réduction du temps de travail de telle sorte que la durée du travail a moins diminué ici que dans le reste de la France.

En fait, les 35 heures ont réduit la durée du travail de 184 heures dans toutes la France et de 168 heures en Alsace et en Moselle. On observe donc un supplément de temps de travail de 0,35 heure par semaine dans ces départements (on trouve un chiffre très proche en examinant les données de l'Enquête Emploi de l'INSEE égal à 0,38).

En plus de ceci, les auteurs ajoutent encore une couche de contrôle pour prendre en compte le fait que l'Alsace et la Moselle ont pu être affectées plus sévèrement que le reste de la France par la récession qui a eu lieu en Allemagne à cette période.

Au final et après moults vérifications statistiques, on peut obtenir une estimation de l'effet des 35 heures sur l'accroissement de l'emploi. Conclusion ? L'effet n'est pas significativement différent de zéro, peu importe le type de modèle économétrique utilisé.

ref :



1 commentaire:

  1. Une fois qu'on a compris ce que cherche l'économiste ou le micro-économètre (connaissez-vous le chapitre 10 (accessible) de http://epi.univ-paris1.fr/73334076/0/fiche___pagelibre/&RH=epi-087-mea ?), il y a quelque chose de fascinant à voir les trésors d'ingéniosité qu'il développe pour trouver un moyen d'avoir un "contrefactuel" !

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