lundi 12 octobre 2009

Combien sommes-nous prêts à payer pour éviter une catastrophe économique ?

La crise financière ainsi qu'un ouvrage que j'ai commenté récemment mettent l'accent sur l'importance de ce qu'on peut appeler les "catastrophes économiques", c'est-à-dire les événements extrêmement rares mais aux conséquences dévastatrices sur l'économie mondiale.

Le gros problème pour les économistes (et que le livre de Taleb montre bien) est que, à cause de la nature et des propriétés des catastrophes, il est impossible d'utiliser les données passées pour estimer leur ampleur et leur fréquence. Par exemple, les deux guerres mondiales passées ne nous permettent pas de dire quoi que ce soit sur la probabilité d'occurence et sur l'ampleur d'une nouvelle guerre mondiale. De la même manière, le réchauffement climatique ne peut pas nous éclairer sur ce que sera la prochaine grande crise écologique mondiale.

Néanmoins, Pyndick et Wang parviennent à exploitement astucieusement les données macroéconomiques disponibles pour aboutir à des conclusions intéressantes à ce sujet. Pour vous expliquer leur démarche, il faut faire un petit détour par ce que les économistes nomment "the equity premium puzzle". De quoi s'agit-il ?

Un individu qui souhaite placer son argent sur les marchés financiers a grosso modo le choix entre deux options : les actions et les obligations. Comme vous le savez sans doute, les obligations sont extrêmement peu risquées tandis que les actions le sont beaucoup plus. Pour qu'un individu accepte de prendre un risque en achetant des actions, il faut lui offrir une prime de risque. En effet, si les actions et les obligations avaient le même rendement moyen, personne n'acheterait d'actions (car tout le monde préfèreraient les obligations). Il faut donc que le rendement moyen des actions soient plus élevés.

Quand les économistes ont regardé les données empiriques, ils se sont rendus compte que la prime de risque moyenne que l'on peut mesurer sur les marchés est beaucoup trop élevée pour être cohérente avec les modèles standards de décision dans le risque. Deux économistes ont illustré cette incohérence de la manière suivante. D'après les données disponibles, l'investisseur moyen serait indifférent entre :
1) jouer à un jeu dans lequel il gagne 50 000$ avec 50% de chances et 100 000$ avec 50% de chances.
2) recevoir 51 209$ avec certitude !

Cela fait donc 25 ans que les économistes se grattent la tête et rivalisent d'imagination pour résoudre cette énigme.

Pindyck et Wang proposent l'interprétation suivante : d'après, cette prime de risque inclut également la probabilité d'une catastrophe économique qui fasse plonger les cours et ruine tous les investisseurs. Les individus seraient donc frileux dans leurs investissements en bourse par peur d'un effondrement du marché.

Du coup, nos deux chercheurs ont eu l'idée d'exploiter cette idée "à l'envers", c'est-à-dire de partir de la prime de risque telle qu'on la mesure dans les données pour en déduire des éléments intéressants sur les catastrophes économiques. Ces éléments intéressants peuvent, à mon sens, se résumer en deux points essentiels :

1) On peut tout d'abord estimer la fréquence des catastrophes économiques à partir du comportement des investisseurs sur les marchés financiers. La probabilité qu'une catastrophe économique survienne est au maximum de 4% par an (et plus raisonnablement de 2%), ce qui nous donne en moyenne une catastrophe économique tous les 25 à 50 ans, ce qui, à première vue, ne semble pas irréaliste.

2) On peut ensuite évaluer combien la société dans son ensemble est prête à payer pour réduire la probabilité d'occurrence d'une catastrophe. Pour faire passer la probabilité annuelle d'une catastrophe de 2% (une catastrophe tous les 50 ans en moyenne) à 1% (une tous les 100 ans), la société est prête à réduire de manière permanente sa consommation de 9%, c'est-à-dire qu'on est prêts à accepter de consommer 9% de moins chaque année future pour réduire de moitié la fréquence des catastrophes.

Ce sont des chiffres intéressants pour estimer les sacrifices maximum que l'on peut accepter pour réguler la finance par exemple.

ref :

The Economic and Policy Consequences of Catastrophes
Robert S. Pindyck
Neng Wang
Working Paper 15373
http://www.nber.org/papers/w15373


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