lundi 14 septembre 2009

Et si on donnait plus de pouvoir aux femmes pour diminuer la corruption ?

Le post d'aujourd'hui est rédigé par Gaëlle Ferrant, doctorante au même labo que moi, et spécialiste de l'économie du genre. Je lui laisse la parole.


La question éthique de l’égalité des sexes a donné lieu à de nombreuses lois favorisant la représentation des femmes aux affaires publiques. Loi sur la parité en France, quotas institués dans les nouvelles constitutions Afghane et Irakienne, témoignent de cet engouement pour la féminisation de la vie politique. Et si cette question éthique avait des répercutions sur le niveau de corruption ?

L’analyse micro-économique du ménage reconnait les différences comportementales liées au genre et notamment en ce qui concerne les dépenses du ménage. Thomas (1997) démontre en effet que si le revenu du ménage est aux mains des femmes, la mortalité infantile diminue de 20% au Brésil. Fort de ce résultat, l’analyse macro-économique aborde alors les relations entre genre et corruption.

Notons qu’ici le genre fait référence au rôle et comportement qui sont censés correspondre à un sexe donné et qui sont produits par la socialisation et l’éducation des individus. Chaque genre adopte ainsi un comportement qui est socialement attendu. Y aurait-il alors un comportement différent face à la corruption selon le genre considéré ?

C’est la question que se posent Anand Swamy, Stephen Knack, Young Lee et Omar Azfar (2001) qui explorent la relation entre genre et corruption. Le point de départ de cette analyse est le suivant : les statistiques descriptives tendent à montrer que les pays ayant les taux de participation des femmes au gouvernement les plus élevés, ont de faibles niveaux de corruption. Réduire la corruption passerait ainsi par l’augmentation de la représentation politique des femmes.

Utilisant les mesures subjectives de la corruption (Indicateur de la corruption perçue de Transparence International, le  « Graft Index » de Kaufmann, Kraay et Ziodo-Lobaton (1999) et l’indice de corruption de l’International Country Risk Guide), Swamy et al. (2001) tirent trois enseignements : i) Les femmes sont moins tolérantes face à la corruption ; ii) Les entreprises détenues ou dirigées par des femmes sont moins impliquées dans la corruption ; iii) Les pays ayant une plus grande représentation des femmes au gouvernement ont des niveaux plus faibles de corruption.

Il suffirait alors de favoriser l’accès des femmes aux postes de pouvoir pour diminuer la corruption au tant au niveau de l’entreprise qu’au niveau gouvernemental.

Ceci pourraient être expliqué par les résultats de l’économie expérimentale : les femmes sont moins égoïstes dans les jeux de dictateur (Eckel and Grossman 2001) et plus averses au risque (Schubert, Brown, Gysler et Brachinger 1999), ont plus de self-control (Gottfredson and Hisrhi 1990) et sont plus honnêtes (Paternoster and Simpson 1996). Ces différences comportementales n’étant pas génétique, la socialisation des femmes et la vision de la société envers leur rôle tant à diminuer leur propension à être corrompue… Plus averse au risque, moins égoïste, plus honnête, les femmes tendent alors à être moins enclin à la corruption que les hommes.

Néanmoins, ces résultats peuvent aussi être le fait d’une coïncidence : les pays ayant les meilleures constitutions, les meilleurs droits de l’homme, les meilleurs états de droit peuvent avoir moins de corruption et plus de femmes au gouvernement. Ainsi cette relation négative entre corruption et représentation politique des femmes peut être le fait d’une forte corrélation entre acceptation des femmes dans la vie politique et quête d’une démocratie honnête. C’est peut être parce que les gouvernements sont moins corrompus que les femmes sont mieux représentées…

Loin de clore le débat, cet article ouvre le champ à de nouvelles perspectives de recherche dans la mesure où la corruption tend à diminuer le niveau de croissance potentiel.

Référence :

“Gender and Corruption”
Anand Swamy, Stephen Knack, Young Lee et Omar Azfar (2001)
Journal of Development Economics vol 64 (2001) pp 25-55
“Gender and Corruption: A Panel data Analysis”
Adora Cheung et Rey Hernandez-Julian (2006)


2 commentaires:

  1. Bonne impression...

    Ce papier me donne simpleùent envie de vouloir aller fouiller dans les articles cités en référence. Pourriez-vous me le passer?

    Et le macho? Rire

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  2. Je n'ai pas encore lu le papier mais si les résultats sont des statistiques descriptives, ma réaction a du sens sinon pas la peine d'aller plus loin. Je pense qu'il est très difficile de savoir si le fait d'être une femme réduit la corruption à partir de données macro. Pour avoir des résultats plus sûrs, il faudrait que le fait d'avoir une femme au pouvoir soit aléatoire. Or comme vous le dites, les pays qui ont des femmes dans leur gouvernement ou des postes à forte responsabilité ont des caractéristiques spécifiques. Je suis moi même une femme et les questions de genre me tiennent particulièrement à coeur, vraiment j'aimerais bien que les femmes soient de super hommes et qu'elles soient dotées de qualités qui leur permettent une meilleure gestion publique, mais je ne pense pas que ce soit le cas. De plus, les femmes qui réussissent en politique ont sûrement des caractéristiques aussi spécifiques, peut être qu'elles sont différentes des autres femmes ( la même remarque peut être faite pour les hommes). Peut être que leur ambition est motivée davantage par la croyance dans des valeurs que par la recherche du pouvoir, ce qui pourrait expliquer qu'elles sont moins corrompues. L'impact du genre sur la corruption à un niveau macro est donc extrêmement difficile à mesurer en raison de la présence de ces biais. Toutefois, il n'est pas exclu qu'à une plus petite échelle, ce lien puisse être mis en évidence. D'ailleurs, comme vous le soulignez, de nombreux articles ont réussi à mettre en évidence l'impact de la gestion des ressources du ménage par la femme sur la santé des enfants, et ces résultats ont été pris au sérieux par de nombreuses organisations internationales qui mettent les femmes au centre des projets de développement. Il y a encore du travail dans cette voie mais ce ne serait pas étonnant que des expériences randomisées aient été entreprises sur ce thème.

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