lundi 17 août 2009

Les stratégies absurdes

Je dois avouer que je n'ai jamais vraiment compris pourquoi les gens étaient aussi offusqués par la publicité ciblée sur internet. Je préfère personnellement qu'un programme informatique analyse ma navigation pour me proposer des produits qui m'intéressent plutôt que d'afficher des publicités qui n'ont pas l'ombre d'une chance d'attirer mon attention.

Ma meilleure expérience dans ce domaine est celle sur le site amazon.fr. Pour ceux qui n'ont jamais essayé, le site analyse les livres que vous achetez (et éventuellement ceux que vous indiquez avoir lus) et essaye, à partir des achats des autres utilisateurs, de déterminer quels ouvrages peuvent vous intéresser. Croyez-moi, il est très fort !

Et c'est grâce à ce système que j'ai découvert un livre excellent : Les stratégies absurdes écrit par Maya Beauvallet.

Au début, il faut avouer, le livre ne paie pas de mine. On s'attend à une compil' des méthodes de management qui n'ont pas fonctionné avec une critique facile sur l'absurdité du management à l'anglo-saxonne.

Mais en fait, il n'en est rien. Ce livre est une présentation très bien faite de ce domaine bien précis qu'est l'économie du personnel. L'économie du personnel est une application de la théorie des incitations et de la théorie des contrats à la gestion de ressources humaines. Ou plus simplement, comment faire en sorte que ces fainéants de travailleurs se mettent un bon coup de pied aux fesses et bossent au mieux de leurs possibilités.

Le point de départ est le suivant : un manager a du mal à observer si ses subordonnés fournissent un effort important ou non. Il est donc tenté de concevoir un système de rémunération "incitatif", c'est-à-dire qui rémunère mieux les employés qui fournissent un effort élevé dans leur travail, afin de conduire chacun à donner le meilleur de soi. C'est la théorie sous-jacente au système de rémunération par "objectifs" que les employés de banque connaissent bien, du système des "bon points" à l'école primaire, du projet abandonné d'évaluation des ministres, etc etc...

Ce que cherche à démontrer Beauvallet, c'est que le passage de la théorie à la pratique est loin d'être évident. Le quatrième de couverture fournit un grand nombre d'exemples :
"Un club de football met à l'amende un de ses joueurs au motif qu'il rend trop souvent la balle à l'adversaire. Résultat : il ne la passe plus à personne. Un patron décide d'organiser une compétition permanente entre ses salariés. Résultat : une partie d'entre eux commencent à saboter le travail de leurs collègues. Constatant que certains patients victimes de graves complications cardiaques décèdent régulièrement au bloc opératoire, une clinique fixe un quota maximal de "pertes" à ses chirurgiens. Résultat : lorsqu'ils approchent du chiffre fatidique, les chirurgiens refusent d'opérer. Une école décide de sanctionner financièrement les parents dont les enfants arrivent en retard le matin. Résultat : le nombre des retardataires se multiplie..."

Le décryptage de ces échecs de la théorie "basique" des incitations se fait à la fois par le recours à l'économie expérimentale et par le recours à une théorie plus approfondie. On apprendra par exemple que les expériences sur le terrain ont mis en évidence la compétition entre motivation intrinsèque et motivation extrinsèque ou que la multiplicité des tâches conduit le travailleur à se concentrer sur celles où sa productivité est la plus facilement observable.

Bref, inutile de multiplier les exemples, je pense que vous avez compris le principe. Ce livre résume les principaux apports de la recherche économique récente appliquée à la gestion des ressources humaines. On peut le lire comme un ouvrage "de détente" et se régaler des anecdotes managériales faciles à recaser dans un repas de famille (surtout si vous connaissez quelqu'un qui travaille dans une grande entreprise). On peut également le lire comme un ouvrage très sérieux mettant en garde contre les pièges du management par les indicateurs. On peut tout simplement le lire parce qu'on aime l'économie et qu'on veut en savoir plus sur la théorie des incitations. Et on peut le lire parce qu'on est étudiant à paris 5, qu'on a un chargé de TD sadique qui nous oblige à faire une fiche de lecture sur un bouquin d'économie, que le livre ne fait que 150 pages et que c'est toujours plus intéressant qu'un bouquin sur la crise financière :-)


4 commentaires:

  1. la fin est tres interessante !
    eleve de paris 5 gr.7

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  2. Ah je vois que je ne suis pas le seul à l'avoir choisi ^^

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  3. Eh, j'ai dit : on ne s'inspire pas d'une note de lecture prise sur internet, sinon ZERO !!!!!!!!!!

    Allez, au boulot et plus vite que ça :-)

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  4. Un livre fort intéressant pour tout "manager" du secteur public (donc majoritairement non formé aux RH). Il remet beaucoup de pendules à l'heure. LG

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