jeudi 13 août 2009

Freakonomics : un chapitre à mettre à la poubelle

Freakonomics revêt un aspect sentimental pour moi. Il s'agit du tout premier livre d'économie que j'ai lu et c'est grâce à lui que j'ai pris goût à la lecture et que je m'enfile une bonne trentaine de bouquins par an.

Le jour où je l'ai acheté, je déambulais à la Fnac au rayon économie (d'ailleurs, la Fnac a le plus mauvais rayon économie qui puisse être imaginé) et j'ai lu les premières pages de ce livre. Il commence de manière provocante en montrant que la baisse de la criminalité aux Etats-Unis est en lien direct avec la légalisation de l'avortement 15 à 20 ans plus tôt. L'argument majeur est que les enfants non désirés ont plus de chances de devenir délinquants ou criminels que les autres. De ce fait, la légalisation de l'avortement réduit le nombre d'enfants non-désirés et réduit le taux de criminalité. Cette analyse m'a semblé tellement intéressante que j'ai acheté puis dévoré le livre.

Vous comprendrez donc que c'est avec une petite larme à l'oeil que je découvre aujourd'hui que l'analyse de Levitt et Donohue sur l'avortement et le crime est fortement remise en question dans une revue de littérature faite par Theodore Joyce.

Il m'est extrêmement difficile de résumer toute l'analyse de Joyce et d'expliquer pourquoi l'analyse originale de Levitt de Donohue est érronée. Lui-même avoue que :

"Making sense of the dueling econometrics has proven difficult even for the most seasoned empiricists."

"Suivre le combat entre les différentes analyses econométriques s'est révélé extrêmement difficile même pour les empiristes les plus qualifiés."

Mais après avoir analysé les différentes tentatives des économistes et des criminologues pour répliquer les résultats de Levitt et Donohue, sa conclusion est sans appel :

"Donohue and Levitt's presentation of the evidence relied too much on highly-aggregated regressions, run over limited time periods, with questionable specifications and no acknowledgement of the endogeneity of abortion. If they had started with simple time-series of age-specific arrest and homicide rates pre and post the points of abortion legalization, they would have been confronted with the lack of discontinuities consistent with large cohort effects."

"Les preuves avancées par Donohue et Levitt dépendent beaucoup trop de regressions agrégées à un niveau très élevé, effectuées sur des périodes de temps limitées, avec des spécifications douteuses et une absence de prise en compte de l'endogénéité de la décision d'avorter. S'ils avaient commencé avec une simple analyse des séries temporelles du nombre d'arrestations et du taux d'homicide par classe d'âge avant et après la légalisation de l'avortement, ils auraient fait face à une absence de discontinuité qui soit cohérente avec des effets de cohorte importants."

Quand on regarde toute l'histoire, on voit que Donohue et Levitt n'ont pas laché l'affaire et ont tenté à plusieurs reprises de fournir de nouveaux éléments de preuve en faveur de leur thèse. Néanmoins, d'après Joyce, à aucun moment, ils ne répondent à toutes les critiques en même temps dans la même analyse économétrique.

Ceci dit, je comprends qu'ils tentent de défendre leur steak, surtout lorsque celui-ci est présenté en introduction du best-seller de Levitt et Dubner.

Moralité : la réplication est importante en sciences sociales. Ce qui fonde la crédibilité de la discipline, c'est la possibilité de vérifier les résultats établis.

ref :

Abortion and Crime : a Review
Theodore Joyce
NBER Working Paper 15098
http://www.nber.org/papers/w15098




1 commentaire:

  1. J'ai jamais lu ce livre, je crois que dans le prochain jour j'essayerai de m'en procurer. Au fait, toute cette partie de l'économie "impériale" m'intéresse vraiment pas trop au plus haut point...

    Mais à voir les résultats qu'elle produit, on est excité à vouloir la lire...

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