vendredi 21 août 2009

De l'euphorie à la panique : Penser la crise financière

C'est le titre d'un livre du CEPREMAP (disponible gratuitement ici) écrit par André Orléan, un homme très doué pour expliquer avec simplicité des éléments techniques.

L'auteur rejette d'amblée les explications de la crise fondée sur l'irrationalité des agents (ce que certains économistes comportementaux ont essayé de faire, voir notamment ce post). D'après lui, les causes de la crise sont à chercher du côté du fonctionnement auto-référentiel des marchés financiers (j'achète un actif parce que j'anticipe que les autres vont anticiper que son prix va augmenter).

Il élabore une critique très bien ficelée de la théorie d'efficience des marchés en démontrant qu'un trader ne gagne rien à prédire mieux que le marché la valeur fondamentale d'un actif.

Il s'attaque ensuite au problème d'interconnexion des marchés financiers via la titrisation et la diversification des actifs et met en évidence ce paradoxe : la diversification (permise par la titrisation) permet de réduire le risque au niveau individuel mais a été responsable de la propagation de la crise au niveau mondial.

La question des agences de notation est longuement évoquée. La position prise est, par un néophyte de la finance comme moi, originale. Il considère que les agences de notation sont un outil de coordination des acteurs grâce aux références qui sont fournies et qui permettent de calculer les prix des actifs. Peu importe finalement que ces prix soient "justes" ou non, l'important étant qu'ils existent. Il montre comment la perte de ces références (à travers le discrédit jeté sur les agences de notation) a propagé la panique et déstabilisé la finance mondiale.

Aucun résumé ne remplacera la lecture (très rapide) du livre. Celui-ci s'avère relativement crédible quant à son objectivité : l'auteur ne cherche pas à taper sur un acteur en particulier (et montre que la crise ne vient pas de la cupidité des acteurs mais des règles de fonctionnement des marchés financiers), ce qui ravira ceux qui, comme moi, en ont marre que l'opinion publique cherche à tout prix un coupable. De même, ce livre ne fournit pas de solution toute faite et montre au contraire que la complexité du fonctionnement des marchés financiers éradique tout espoir de trouver une solution simple.

Une seule mise en garde : il faut parfois rester concentré, car l'auteur définit des termes techniques qu'il emploie par la suite dans son récit. Si on perd le fil à ce moment-là, on est condamné à revenir quatre pages en arrière, ce qui n'est toutefois pas si grave pour un livre de 100 pages.

Je pense que cet ouvrage fera partie de la liste des livres que mes petits L1 pourront lire pour leur fiche de lecture l'année prochaine. Ce que j'adore avec les ouvrages du CEPREMAP, c'est que, grâce à la version électronique, on peut voir très vite si la fiche de lecture est une compilation de phrases tirées du bouquin (ce qui, dans mon barême, vaut une division de la note par 2 :-)

Au passage, on regrette que ceux qui écrivent pour Alternatives Economiques n'ont toujours pas compris ce qu'était la théorie dominante (car André Orléan est un économiste orthodoxe). Pire : ils persistent à être obnubilés par l'opposition de principe entre hétérodoxes et orthodoxes (qui me parait contre-productive sur le plan de la quête de la vérité).

Ceci achève de décrédibiliser cette revue à mes yeux. Lire aussi ceci et cela.


2 commentaires:

  1. J'ai lu ce livre avec beaucoup d'appétit, disons je l'ai dévoré (comme d'ailleurs toutes les productions de CEPREMAP, qui sont toujours d'une qualité irréprochable)...

    Tous les compliments que vous faites tiennent. Seulement, il peut, ce livre, donner l'impression d'ouvrier un affront aux théoriciens du marché efficient avec leur information par leur prix (particulièrement Robert Shiller).

    Je vous joins le petit commentaire que j'ai écrit à propos de ce livre, le temps de le retrouver.

    RépondreSupprimer
  2. Ce qui suit est le fameux commentaire :

    Je sens que je veux aimer ce livre tant le style est alléchant et agréable tant les contradictions me contraignent à aller jusqu’au bout…En passant, c’est bon livre visiblement : pédagogique. A ce titre, il rivaliserait facilement à des manuels qui se veulent classiques genre Mondialisation financière de M.Aglietta, qui est de fois abscons faut-il le reconnaitre ; bien que cela ne soit pas son ambition. Exagération y est quand même pour quelque chose… Dans la même logique, c’est-à-dire celle de la louange, ce livre respecte bien son titre. Il n’en pouvait pas être autrement. Je garde mes critiques pour moi et mon voisin de gauche… Déjà quant à l’originalité, il y a beaucoup à dire… Aussi, faut-il signaler qu’il ouvre une discussion abrupte avec la personne de Bob Shiller, le visionnaire. Son livre est une réponse directe au The Solution Suprime de la star Robert M.Shiller et même avec sa pensée dans la macroéconomie financière (i.e. plus de finance est à la solution au problème financier). Un mea-culpa à ceux qui pensent que je personnalise l’agora entre ces deux têtes.

    Revenons à l’essentiel. André Orléan, spécialiste des questions financières, il me semble, attribue à en croire cet opus la crise à des facteurs endogènes. Il s’écarte de ce qu’il considère quelque peu comme étant « la pensée unique » ou le « consensus ou histoire », s’il faut reprendre les expressions à la mode à la suite du magistral livre des deux spécialistes de renom mondial, Shiller et Akerlof. A-t-il raison de penser autrement (évidemment il est libre) ? Ne brouille-t-il pas les pistes ?

    Dans ce sens où loger des analyses par exemple de J.Stiglitz (plaidant à plus de transparence, réglementation… d’un côté mais aussi claironnant que l’efficience du marché n’existe quasiment pas (à ce sujet il renvoie toujours ses interlocuteurs ou lecteurs à la science qui il a aussi créé)) ?

    Il remet aussi en cause, à première vue de mon survol de ces centaines de page, les résultats de Greenwood et Javonovic par exemple. Votre réaction ?

    Il annonce la couleur dès l’introduction : « Il faut revenir sur la liberté totale de circulation laissée au capital. Notre mot d’ordre est le cloisonnement.» Naguère, je viens de connaitre son nom. Il y a seulement une année et quelques mois. D’où ma question où était-il qu’on assistait à la libéralisation financière radicale (expression chère à Dominique Plihon) et à la marchéisation ?

    En dernier ressort, comment lire ce livre relativement à la dernière merveille de Cassandre de Yale et Nobel 2001, The lemons ?

    RépondreSupprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.