lundi 6 juillet 2009

Un test de la "Policy Ineffectiveness Proposition"

La question de l'efficacité des politiques monétaires et budgétaires est au coeur de la controverse entre les "nouveaux macroéconomistes classiques" et les "nouveaux macroéconomistes keynésiens". Quand on n'est pas spécialiste de macroéconomie comme moi, il est difficile d'y voir clair dans cet amas de modèles.

Dans ces cas-là (vous commencez à me connaître !), j'aime bien jeter un oeil aux études empiriques. Certes, il ne faut pas fonder son opinion sur la base d'une seule étude, mais le cas du Nigeria nous montre qu'il faut y réfléchir à deux fois avant de mener n'importe quelle politique économique.
L'étude, qui s'étend de 1960 à 2003, confirme le principe dit "d'inefficience des politiques" ("Policy Ineffectiveness Proposition") : les politiques budgétaires et monétaires sont inefficaces pour relancer l'économie dès lors qu'elles sont anticipées.
Un peu paradoxal, les auteurs trouvent que le degré d'ouverture a un impact négatif sur l'efficacité des politiques économiques. C'est surprenant au sens où les données ne révèlent pas d'impact des politiques budgétaires et monétaires sur l'économies mais parviennent à rendre compte du fait que ces politiques sont moins efficaces en économie ouverte (ce sont les joies de l'économétrie). En tout cas, cela suggère que l'insertion dans l'économie internationale n'est pas sans coût.
Très intéressant également, le Nigeria est victime du syndrome hollandais : l'exploitation du pétrole (rappelons que le Nigeria est le premier producteur africain de pétrole) se fait au détriment du secteur industriel.
Bon, bien évidemment les auteurs citent des études qui ne trouvent pas les mêmes résultats qu'eux, mais dans lesquelles tout un tas de précautions économétriques n'ont pas été prises...
On peut néanmoins en déduire deux choses :
1) que les arguments des nouveaux classiques, même si les hypothèses qui les soutiennent sont fragiles, doivent être pris au sérieux.
2) que lorsque Taleb raconte que le modèle GARCH est sans intérêt, bin, il ferait mieux de fermer sa gueule, puisque c'est une variante de ce modèle qui a permis de décomposer les chocs entre chocs anticipés et non-anticipés (désolé, je n'ai pas pu m'empêcher de saisir cette occasion de lui balancer un truc à la tête à ce prétentieux).
Ref :
Openness and the Effects of Fiscal and Monetary Policy Shocks on Real Output in Nigeria (1960-2003)
M.O. Saibu, S.I. Oladeji
African Development Review, Volume 20, Issue 3 , Pages 529 - 548


3 commentaires:

  1. Il est aujourd'hui établi que politique économique n'est pas art ni mécanique, même si tu es un ingénieur avéré au sens Greg Mankiw...En passant, moi j'adore la macro mais le côté empirique me passionne. Souffrant peut-être de la même maladie.

    Ils apportent rien dans ce champ de la macroéconomie, on doit quand même leur enlever leur mérite. Un de plus pour conforter la théorie, n'est-ce pas génial. Nous bombardent tout le temps l'apport notable de Lucas et Sargent, Wallace avec les anticipations (élargies après) n'est pas toujours mauvais. AD d'econoclaste m'a dit une fois une phrase que j'aime bien à propos de l'effet Ricardo-Barro : "ce qui compte c'est l'intuition". Votre 1) est très intéressant

    Pour le chaînon manquant, ça suscite aussi ma curiosité. Ce qui reste à affaire, c'est vous demander ce papier. Je le veux quand même, en dépit du fait que je ne suis pas encore un crack en économétrie.

    Revenons au pays. Nigeria est aujourd'hui ou depuis l'exemple presque classique syndrome néerlandais...

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  2. Et puis, les auteurs ne sont pas loin de cette bonne leçon du grand Samuelson (beaucoup d'admiration) :« ayez le plus grand respect pour l’étude de l’histoire économique, parce que c’est le matériau de base à partir duquel n’importe laquelle de vos suppositions et de vos expérimentation viendra, …, il faudra y ajouter tous les tests statistiques possibles. Nous avons beaucoup plus de données aujourd’hui ». Traduction de Christian Chavagneux, sur http://alternatives-economiques.fr/blogs/chavagneux/2009/06/19/samuelson-94-ans-et-toutes-ses-dents/#more-76. Vous y trouverez aussi la version originale...

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  3. Autres leçons à retenir de ce papier:
    3) La libéralisation des échanges doit être progressive...Ca pourrait déranger ceux qui préconisent le commerce tous azimuts comme panacée. Je veux référence à la respectée zambienne Dambiso Moyo en caricaturant
    4) Les effets de la politique économique sont de fois, maintenant acquis, non évidentes. Cfr point 1)
    5)L'ouverture atténue les effets conjuguées de politique. Merci Bob Mundell. Cfr corps de votre post...
    6)etc.

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