jeudi 30 juillet 2009

Qu'avons-nous appris en macroéconomie depuis 25 ans ? (2/6)

Suite du post précédent.

Fait n°2 : L'accélération de la croissance.

Pendant des milliers d'années, la croissance de la population et du PIB/habitant s'est accélérée, passant de presque zéro aux taux de croissance rapides observés au siècle dernier.

Entre 25 000 avant J.C. et l'an zéro, le taux de croissance annuelle moyenne de la population mondiale était d'à peine 0,016% (ce qui représente néanmoins une multiplication de la population par 51 sur toute la période). Aujourd'hui, ce taux est 100 fois plus élevé.

Quel intérêt ? Les auteurs mettent avant un concept relativement récent dans l'histoire de la macroéconomie : celui des idées. Plus d'individus sur Terre signifie plus d'idées et plus de chances d'innover. Dans la version la plus simple du modèle, chaque individu a une probabilité fixe "d'avoir une idée" ou d'innover. La conséquence directe est que l'accroissement de la population permet d'innover davantage, ce qui accroît les richesse, ce qui permet de nourrir une population encore plus importante, ce qui accroît encore la capacité à innover, etc...

La version la plus naïve du modèle, celle qui suppose que les individus se reproduisent tant que la richesse par habitant est supérieur au niveau de subsistance (hypothèse dite malthusienne) conduit à une conclusion surprenante mais néanmoins logique : la population devient infinie en un temps fini (les auteurs rappellent que c'est "biologiquement impossible" !).

Néanmoins, l'idée générale selon laquelle la vitesse du progrès technique dépend de la taille de la population semble concorder avec ce qu'on a pu observer chez les différents "peuples isolés" :

"The Eurasian-African is the region using large ships to explore the rest of the world, the Americas contains the Maya and Aztec civilizations with their cities and calendars, Australia has advanced somewhat with the boomerang, polished stone tools, and fire-making technologies, Tasmania remains a primitive hunter-gatherer society, and the people of the tiny Flinders Island have died out completely."

"L'Eurasie-Afrique est la région qui a utilisé des grands bateaux pour explorer le reste du monde, les Amériques comprenaient les civilisations Maya et Aztec avec leurs cités et leurs calendriers, l'Australie a quelque peu avancé avec le boomerang, les outils en pierre polie et les techniques pour faire du feu, la Tasmanie est restée une société primitive de chasseurs-cueilleurs, et les peuples des miniscules îles Flinders ont complètement disparu."

Toutefois, on sait que la population mondiale va atteindre un cap pendant le siècle qui arrive. Ceci aura nécessairement des conséquences importantes sur le progrès technique. Mais il n'est pas du tout sûr que celui-ci ralentisse pour autant. Tout d'abord, le nombre d'individus avec qui chaque personne est en contact et partage des idées va continuer à croître : par exemple, il est fort probable que le taux d'urbanisation continue à augmenter alors même que la population mondiale a cessé d'augmenter. D'autre part, l'augmentation du capital humain moyen par habitant peut accroître l'efficacité de chacun dans le processus d'innovation.

Les auteurs concluent ainsi :

"For all these reasons, it is quite possible that growth at the technological frontier could continue for the foreseeable future and who knows, might even increase yet again in this century compared to the last. Nevertheless, this century will mark a fundamental phase shift in the growth process. Growth in the stock of ideas will likely no longer be supported by growth in the total number of humans."

"Pour toutes ces raisons, il est tout à fait possible que la croissance à la frontière technologique puisse continuer dans un futur proche et, qui sait, puisse même s'accélérer encore par rapport au siècle précédent. Néanmoins, le siècle qui vient va être le théâtre d'une nouvelle ère dans le processus de croissance. La croissance du stock d'idées ne sera probablement plus supportée par la croissance de la population."





4 commentaires:

  1. "[...]it is quite possible that growth at the technological frontier [...]". Traduire plutôt par "il est tout à fait possible que la croissance à la frontière technologique", parce que la croissance de la frontière signifierait une augmentation de l'ensemble des combinaisons efficaces de facteurs de production, ce qui ne me semble pas être le sens de la conclusion.

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  2. Y-a-t-il de nouveaux modèles derrière tout ça? Je parle conçu uniquement pour cet article. C'est question bête et j'ai pas encore trouvé le temps de lire cet article qui connaissant les auteurs (surtout l'élégant Charles) paraît "trop" intéressant...

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  3. C'est très lié aux questions d'enseignement, d'apprentissage des individus entre eux. J'ai lu récemment un papier intéressant dans Science sur ce sujet (Powell et al, Science 2009, v324). Les auteurs améliorent un modèle mêlant démographie et évolution culturelle, et confrontent leur prédictions à l'apparition des "anatomically modern humans" telle que l'archéologie nous l'apprend.

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