mercredi 22 juillet 2009

Qu'avons-nous appris en macroéconomie depuis 25 ans ? (1/6)

Je commence une série de 6 posts pour exposer une partie d'un article de synthèse de Jones et Romer dont la question centrale est posée dans le titre de ce post. Les auteurs partent des 6 faits stylisés de Kaldor. Nicholas Kaldor avait mis en avant au début des années 1960, six "régularités empiriques" en macroéconomies de la croissance.

D'après nos deux compères :

"One of the great accomplishments of neoclassical growth theory is that it produced a single model that captured the first five of Kaldor’s facts."

"Un des plus grands exploits de la théorie néoclassique de la croissance est d'avoir réussi à expliquer les cinq premiers faits de Kaldor avec un seul modèle."

L'idée de l'article est de montrer comment la macroéconomie a progressé depuis en présentant six nouveaux faits stylisés et l'état des recherches sur chacun d'eux. J'ai trouvé l'article tellement complet que j'ai estimé que chaque nouveau fait méritait un billet à lui seul. Nous allons donc commencer par le premier.

Fait n°1 : L'accroissement de la taille du marché.

Les flux plus intenses de biens, d'idées, de capitaux et d'individus - via la mondialisation et l'urbanisation - ont accru la taille du marché pour tous les travailleurs et les consommateurs.

Il est maintenant largement admis que le marché est de plus en plus intégré et ce, à au moins quatre niveaux : les flux de biens, les flux de capitaux, les flux de population et les flux d'idées et de connaissances. Les sceptiques (qui à mon avis seront peu nombreux) pourront trouver quelques statistiques au sein de l'article venant appuyer cette thèse.

Les auteurs ont réussi l'exploit d'éveiller ma curiosité (bien que je sois déjà convaincu des bienfaits du commerce mondial) en posant une question toute bête :

"Why is it that a country with 300 million residents that is as geographically diverse as the United States can still enjoy gains from trade with the rest of the world?"

"Pourquoi est-ce qu'un pays avec 300 millions d'habitants qui bénéficie d'une diversité géographique aussi marquée que les Etats-Unis peut néanmoins gagner à commercer avec le reste du monde ?"

L'idée sous-jacente est que si les individus échangent de plus en plus au niveau mondial, il doit exister une incitation fondamentale qui pousse les individus dans ce sens. Quelle est-elle ?

Cette fois-ci, les auteurs évincent l'argument des avantages comparatifs avec un autre, issu des nouvelles théories du commerce international (qui ont valu le nobel à Paulo). Pour le comprendre, il faut partir de la "théorie malthusienne" de la croissance. Quel est l'impact de l'accroissement de la population sur le PIB par habitant ?

Dans un modèle malthusien, le rendement du travail est décroissant. Chaque nouveau travailleur produit des richesses, mais moins que le travailleur précédent. Plus on est nombreux à produire, moins chaque nouveau travailleur est efficace. Dans un cadre comme celui-là, l'accroissement de la population ne peut conduire, à terme, qu'à une chute de la richesse moyenne par habitant.

Comment sortir de cet écueil ? Supposons que la croissance dépende de biens non-rivaux comme les idées et les connaissances. La non-rivalité signifie ici que lorsque ce bien est produit, chacun peut en bénéficier sans priver les autres du bien en question (une part de pizza est rivale, le théorème de Pythagore est non-rival). Que se passe-t-il alors lorsque la population augmente ? Si chaque individu a une certaine probabilité de produire des idées, alors un effet positif de productivité vient contrecarrer l'effet négatif de "partage des richesses" qu'on a vu tout à l'heure. Le fait que lorsque qu'il faille nourir une nouvelle bouche chaque fois qu'un individu voit le jour doit être mis en balance avec le fait que cet individu est potentiellement un nouvel Einstein (ou, plus modestement, qu'il peut trouver des idées pour augmenter la productivité de ses collègues travailleurs).

A voir les courbes de croissance des zones géographiques où la population (et les idées) se concentrent, l'effet "idée" fait plus que compenser l'effet "partage".

Les auteurs aboutissent à la conclusion suivante :

"The key lesson from the first fact is that there are powerful incentives for connecting as many people as possible into trading networks that make all ideas available to everyone. This incentive, we claim, is the deep explanation for all the different processes that are making it easier for evermore people to connect with each other."

"La leçon importante à tirer de ce premier fait est qu'il existe des incitations très fortes à connecter le plus d'individus possible ensemble va des réseaux d'échange qui permettent de rendre les idées accessibles à tout le monde. Nous affirmons que cette incitation est l'explication fondamentale qui permet d'expliquer les différents processus qui rendent beaucoup plus faciles la mise en relation d'un nombre toujours plus important de personnes."


1 commentaire:

  1. Venant de Charles Jones, ça ne peut donner que ça...

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