lundi 20 juillet 2009

Qualité de vie des salariés, productivité et management

Dans mon post précédent, je présentais un article de Bloom et Van Reenen dans lequel ces derniers construisaient un indicateur de la qualité du management dans les entreprises et montrait qu'un meilleur management semblait avoir des effets bénéfiques sur la santé de l'entreprise.

Un des commentateurs réguliers de ce blog me fait souvent remarquer, à juste titre, que je ne pose jamais la question : "A qui profite les gains de productivité ?". Je vais donc vous présenter un autre article des mêmes auteurs (plus un troisième larron), dans lequel ils étudient l'effet de la qualité du management sur la qualité de vie des salariés.

Petite remarque concernant la traduction, j'ai traduit "Work-Life Balance" par "Qualité de vie des salariés", ce qui est en toute honnêteté inexact (car "l'équilibre entre travail et vie" ne capture qu'une partie de la qualité de vie), mais je n'ai pas trouvé mieux. Pour vous donner une indication sur ce à qui ça correspond, cela inclut un avis subjectif des salariés, la flexibilité dans les horaires, les subventions pour la garde des enfants, la possibilité de travailler à domicile et d'autres éléments. Ceux qui souhaitent des précisions supplémenaires peuvent aller voir dans l'étude originale comment les auteurs ont élaboré cet indicateur.

Pour clarifier les choses, imaginons deux personnages fictifs qu'on appellera "Jojo le pessimiste" et "Hubert l'optimiste".

Jojo le pessimiste nous raconte l'histoire suivante :"Améliorer la qualité de vie des salariés ne peut se faire qu'au dépend de la productivité et les entreprises doivent sacrifier la première pour améliorer la deuxième. De plus, les méthodes de management "à l'américaine" qui sont en train de se répandre poussent à bout les salariés et réduit considérablement leur bien-être. Tout ça, c'est la faute à la mondialisation et au libéralisme qui servent de prétexte à ces salauds de patrons pour nous mettre la pression."

Hubert l'optimiste, lui, n'est pas d'accord avec Jojo. Sa version des faits est la suivante :"Les recherches qui ont été menées montrent que lorsque le bien-être des salariés s'améliore, le moral et la productivité augmentent et tout le monde est gagnant. Les bons managers vont donc forcément adopter des mesures pour améliorer la qualité de vie des salariés. Il faut donc montrer à ces abrutis de patrons qu'ils ont tout intérêt à se préoccuper de leurs travailleurs. Ralala. S'il y avait un peu plus de concurrence, seuls les bons managers soucieux de leurs salariés resteraient sur le marché."

L'objet de cet article est de savoir qui de Jojo ou d'Hubert a raison. A ce stade de lecture du billet, je prends les paris :-)

C'est bon ?

Alors, faisons le point des trouvailles empiriques :
  • Dans les entreprises où les managers sont meilleurs, la qualité de vie des travailleurs tend à être meilleur également. Un point pour Hubert.
  • Une concurrence plus féroce n'a pas d'impact négatif sur la qualité de vie (mais accroit la qualité du management comme nous l'avons vu dans le post précédent et par ce vecteur, accroit la qualité de vie). Deux points pour Hubert.
  • La qualité de vie des salariés n'a pas d'impact sur la productivité et une forte productivité n'a pas d'impact sur la qualité de vie. Personne ne gagne de point.
Hubert est donc vainqueur avec deux prédictions sur trois de correctes.

ref :

Bloom, Nicholas, Tobias Kretschmer, and John Van Reenen, “Work-Life Balance,
Management Practices and Productivity,” Center for Economic Performance
Special Paper No. 16, 2006.


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