samedi 18 juillet 2009

Pourquoi les firmes françaises sont-elles si mal gérées ?

Il faudrait que je me décide à lire "Le capitalisme d'héritiers" de Thomas Philippon. En attendant, j'ai lu cet article de Nicholas Bloom et John Van Reenen, qui se pose cette question toute simple : qu'est-ce qui explique la différence de qualité du management entre les firmes et entre les pays ? (Quel rapport avec Philippon ? Réponse à la fin)


La première difficulté évidente est : comment mesure-t-on la qualité du management dans une firme ? Les auteurs ont utilisé "un outil d'évaluation des pratiques conçu par un cabinet de consultants en management leader sur le marché mondial" qui évalue par exemple la structure des incitations dans l'entreprise ou le caractère réaliste ou non des objectifs. Du coup, cela permet de construire un score de la qualité des pratiques managériales.

Ah oui, mais je sais ce que vous allez me répondre "Le management, c'est pas une science, votre indicateur, il est bidon, c'est de la m...., etc etc." (discours que je tenais moi-même à mon entrée à Normale Sup'). Eh bin crack, d'après cette mesure, la qualité du management a un impact significatif sur cinq indicateurs différents : la productivité totale des facteurs, le taux de survie de l'entreprise, la croissance des ventes, le Q de Tobin et le retour sur capitaux employés.

Bon, alors, qu'est-ce qu'on trouve d'intéressant avec cet indicateur ? Outre le fait que les firmes américaines sont mieux managées en moyenne que les firmes européennes (ça fiche un coup à notre égo), on découvre qu'il y a énormément d'hétérogénéité dans la qualité du management des firmes dans chaque pays, avec un grand nombre de firmes très mal gérées.

Mais comment cela se peut-il donc ? La "sélection naturelle" des firmes sur des marchés concurrentiels ne devrait-elle pas aboutir à la disparition des mauvaises pratiques de management ? Eh bien, justement, on observe que le manque de concurrence (assez marqué en Europe par rapport aux Etats-Unis) est une des explications possibles à ce phénomène. Mais ce n'est pas la seule.

La deuxième explication serait la transmission des firmes par primogéniture (transmission à l'ainé mâle). Après tout, pour quelle raison le fils ainé serait le plus doué pour diriger l'entreprise ? Et là, les deux pays les plus concernés sont la France et la Grande-Bretagne.

Ok, mais je sens venir l'argument ultime : "Les pratiques managériales modernes mettent une pression considérable sur les employés qui souffrent et finissent en dépression tout ça pour faire gagner des sous en plus à ces salauds de patrons." Les auteurs parlent-ils de ce problème ? Réponse dans deux jours avec un article dédié à la question !!!

Remarque : certains auront peut-être remarqué que j'essaie d'appliquer les recettes de ce bouquin (qui a été traduit en français) pour essayer d'améliorer le style de mes posts (d'où la pratique du "suspense" à la fin :-). J'ai encore besoin d'entraînement je pense ! Ceci dit, le livre est vraiment très bon à mon sens, je vous le recommande chaudement.



ref :


Measuring and Explaining Management Practices across Firms and Countries
Bloom, Nicholas; Van Reenen, John
Quarterly Journal of Economics, November 2007, v. 122, iss. 4, pp. 1351-1408


1 commentaire:

  1. Moui moui....

    Je vous recommande, outre le Philippon, les Iribarne: La logique de l'honneur et L'étrangeté française (en points Seuil)

    Ils expliquent très bien les différences dans les modes de gestion des entreprises par la "culture" (ou "tructures" au sens de Lévi-Strauss) nationale: logique de l'honneur en France (société aristocratique), logique contractuelle aux USA, logique du consensus aux Pays-Bas.

    Je crois que ces livres font aussi partie du panthéon d'Alexandre Delaigue, au fait (argument d'autorité s'il en est!)

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