mercredi 8 juillet 2009

Les chômeurs sont-ils des fainéants oui ou non ?

Un résultat classique des études empiriques en économie du travail nous montre que le taux de retour à l'emploi augmente radicalement lorsque les allocations chômages arrivent à expiration. Ceci soutient l'idée bien sarkozyste qu'il faudrait remettre les chômeurs au travail de gré ou de force, quitte à leur couper les vivres. On voit bien que lorsqu'ils commencent à sentir qu'ils ne vont plus toucher un rond, ils se bougent les fesses pour reprendre un boulot.

"Pas sûr !" précisent Card, Chetty et Weber dans un article publié en 2007 dans l'American Economic Review.

D'après eux, beaucoup de chercheurs se sont fait avoir ! En regardant les différentes études sur le sujet, ils se sont aperçus que l'effet mesuré de la fin imminente des allocations chômage sur le taux de retour à l'emploi dépendait beaucoup de l'indicateur utilisé.

Si on utilise la durée pendant laquelle les gens sont déclarés comme étant au chômage, on trouve effectivement un impact important. En revanche, si on utilise la durée avant le prochain emploi, on trouve un impact faible. Eh oui, il semblerait que les économistes se soient fait prendre à un très vieux piège : un grand nombre de chômeurs qui ne touchent plus d'allocation ne vont plus pointer à l'ANPE et disparaissent des statistiques ! (Au passage, pour écarter un sujet explosif, je rappelle que les chiffres du chômage sont calculés en tenant compte de ce biais)

Conclusion : l'effet "fin des alloc" existe mais est relativement faible : le taux de retour à l'emploi augmente de seulement 20% dans les quatre semaines suivant la date d'expiration en passant de 4% à 4,8%. De ce fait, seuls 0,8% des chômeurs retrouvent un emploi à cause de l'expiration des allocations chômage (Ces estimations ont été faites sur données autrichiennes).

Toutefois, les auteurs nous mettent en gardent :


"We caution that the magnitude of any spike in the reemployment rate depends on institutional factors and labor market conditions that may differ across countries or over time."

"Attention, l'amplitude du pic dans le taux de retour à l'emploi dépend de facteurs institutionnels et de l'état du marché du travail, éléments qui peuvent différer d'un pays à l'autre ou changer dans le temps."

ref :

The Spike at Benefit Exhaustion: Leaving the Unemployment System or Starting a New Job ?
Card, David; Chetty, Raj; Weber, Andrea
American Economic Review, May 2007, v. 97, iss. 2, pp. 113-18


2 commentaires:

  1. A voir comment vous présentez l'article, je pourrais dire que les auteurs n'ont pas bougé grand chose. Oui l'expiration des allocations existe, seulement le pourcentage est rogné un peu seulement. Et eux-mêmes relativisent encore leur analyse avec les phrases que vous traduisez...

    Là où je trouve que c'est intéressant, c'est d'avoir déceler où beaucoup ont été pris au piège. Comme quoi on est humain...

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  2. Ca me rappele le vieux Marty Feldstein, et les papiers de Kim et L. Summers qui ont suivi...

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