dimanche 26 juillet 2009

Le "contre-malthusianisme"

Je traduis ce résumé par Laurent Belsie d'un papier écrit par Bloom, Canning, Fink et Finlay, intitulé "The Cost of Low Fertility in Europe" qui illustre les craintes des conséquences d'une natalité insuffisante.

"Sur le long terme, de faibles taux de fécondité sont associés à une croissance économique plus faible.

Comme dans beaucoup d'autres endroits du monde, l'Europe a vu une décroissance rapide de son taux de fécondité. En 1960, l'Estonie était le seul pays européen dont le taux de fécondité total était inférieur à deux. Aujourd'hui, seuls deux pays européens (l'Albanie et l'Islande) ont de taux de fécondité supérieurs à deux. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce déclin en Europe occidentale : des incitations socioéconomiques à retarder la naissance du premier enfant ; une réduction du nombre d'enfants désirés ; et des facteurs institutionnels comme les rigidités du marché du travail, le manque de soins apportés aux enfants et les évolutions des rôles de l'homme et de la femme dans le couple. De plus, les pays d'Europe de l'Est ont subi des changements économiques, politiques et sociaux majeurs.

Sur le long terme, des taux de fécondité faibles sont associés avec une croissance économique ralentie, selon une nouvelle étude par le chercheur du NBER David Bloom et ses coauteurs David Canning, Günther Fink, et Jocelyn Finlay. Dans The Cost of Low Fertility in Europe (document de travail du NBER No. 14820), ils observent que sur le court terme, de faibles taux de fécondité conduisent à une augmentation du revenu par personne en réduisant les coût supportés par les familles pour élever les enfants et en augmentant la part de la population en âge de travailler. Mais lorsque cette population en âge de travailler arrive à la retraite, le nombre de travailleurs susceptibles de les remplacer va diminuer. Donc, peu importe le gain de court terme que les pays européens peuvent obtenir grâce à une plus faible fécondité, ce gain sera très largement compensé par le poids économique que représentent les personnes âgées.

Si les taux de fertilité demeurent à leur niveau actuel et que l'espérance de vie soit en moyenne de 80 ans, cette étude implique que la part des individus en âge de travailler dans la population européenne va passer d'environ 70% aujourd'hui à un niveau situé entre 50 et 55% sur le long terme. Cela représente une chute de 25% du nombre de travailleurs par habitant, en supposant que les taux de participation au marché du travail restent constants.

Il y a de nombreuses façons d'analyser les effets de la fécondité sur la croissance économique ; ces auteurs ont choisi de se centrer sur la structure d'âge. L'idée est que la fécondité, la mortalité et le solde migratoire co-déterminent la taille de la population en âge de travailler d'une nation. Plus ce groupe est important relativement à la population totale, plus il y a de travailleurs et plus le pays va générer de richesses. Plus la taille de ce groupe est faible relativement à la population totale, plus le revenu par habitant sera faible à l'équilibre.

Bien sûr, la situation est très sensibles à de petites perturbations dans les différentes variables. En France par exemple, où l'espérance de vie est de 80 ans, le taux de fécondité qui maximiserait la part de la population an âge de travailler est 2,1 si les jeunes commencent à travailler à 20 ans et partent en retraite à 60 ans. Avec un âge de la retraite à 55 ans, le taux de fécondité qui maximise la part de la population en âge de travailler passe à 3,1. Si le départ à la retraite augmentait jusqu'à 70 ans, ce taux tomberait à 2.

La même dynamique est à l'oeuvre du côté des jeunes. Si ceux-ci entrent sur le marché du travail à 15 ans, le taux de fécondité nécessaire pour maintenir l'équilibre serait de 2,6. S'ils entraient à 25 ans, il faudrait un taux de fécondité de uniquement 1,8 (en dessous du seuil de remplacement) pour maximiser la part de la population en âge de travailler.

Un autre facteur est l'immigration, qui permet le plus souvent de booster la taille de la force de travail d'un pays. Mais son impact est généralement très faible. L'Autriche par exemple a le troisième solde migratoire le plus élevé en Europe relativement au nombre d'habitants. Mais sur les 45 dernières années, l'absence d'immigration n'auraient affecté que très peu la part de la population en âge de travailler d'après cette étude. Même si cela avait été le cas, la résistance politique à l'immigration est importante.

En résumé, les migrations ont peu de chance d'avoir un impact important sur la chute de la part de la population en âge de travailler dans les pays d'Europe occidentale dans les décennies à venir, disent les auteurs. L'importance des répercussions économiques de la décroissance de la part de la force de travail sur le développement économique va, en revanche, dépendre de manière critique des comportements individuels.

Les recherches précédentes ont montré pour par chaque enfant supplémentaire, la participation d'une femme au marché du travail diminue en moyenne de 1,9 année sur la totalité de sa vie. Donc, lorsque la fécondité chute, les femmes tendent à passer plus de temps à travailler, ce qui leur permet d'accumuler plus d'épargne, d'expérience et éventuellement de décrocher un job mieux payé. Cette accumulation de capital physique et de capital humain peut compenser en partie la chute du revenu sur le long terme que l'on peut attendre d'une faible fécondité."

ref :

The Cost of Low Fertility in Europe
David E. Bloom, David Canning, Günther Fink, Jocelyn E. Finlay
NBER Working Paper No. 14820


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