samedi 6 juin 2009

A quel point les gouvernements se soucient-ils de l'intérêt général ?

Grossman et Helpman ont développé, en 1994, un modèle théorique du lobbying des firmes soumises à la concurrence internationale. La question du protectionnisme est typiquement celle où le gouvernement doit arbitrer entre les intérêts particuliers des producteurs (les protéger de la concurrence internationale) et ceux des consommateurs (le protectionnisme faisant grimper les prix). Ils en déduisent que le niveau de protectionnisme mis en place pour le gouvernement va dépendre, entre autres, d'un paramètre qu'ils notent a et qui représente l'importance relative que le gouvernement accorde à l'intérêt général par rapport aux pots-de-vin. Par exemple, si a=10, cela signifie qu'une firme doit donner 10 euros au gouvernement pour chaque euro que les mesures protectionnistes feront perdre à la population. Plus ce paramètre est élevé, plus les gouvernements sont difficiles à corrompre.

Pourquoi est-ce que je vous parle de ça me direz-vous ; eh bien parce que trois chercheurs (Gawande, Krishna et Olarreaga) viennent de proposer une estimation de ce paramètre pour un grand nombre de pays et en ont étudié les déterminants.

Voici un tableau des estimations de ce paramètre (désolé si c'est difficile à lire, je n'arrive pas à faire mieux) :





Sans surprise, les pays développés se retrouvent en tête. Les auteurs affirment également que le classement ainsi obtenu est très corrélé avec le classement des pays en fonction de leur niveau de corruption édité par Transparency International.


Après avoir estimé les valeurs de a pour les différents pays, on peut se demander qu'est-ce qui fait que a est faible ou élevé. Les auteurs font appel aux modèles existants pour trouver les variables pertinentes. Malheureusement, les résultats empiriques sont relativement fragiles dans l'ensemble et un certain nombre ne passe pas les "tests de sensibilité" (un résultat est dit fragile si son obtention est très sensible à la méthode d'estimation utilisée).

Les résultats les plus robustes sont les suivants :
  • Les institutions politiques ayant un jeu de contre-pouvoirs développé sont plus efficaces pour promouvoir l'intérêt général.
  • Des citoyens bien informés (mesuré par le taux d'alphabétisation et le taux d'urbanisation) parviennent mieux à assurer la promotion de l'intérêt général. Le modèle théorique explique cela par le fait que les citoyens bien informés sont plus difficiles à manipuler.
  • Un pays où les programmes des partis politiques sont proches est mieux à même de promouvoir l'intérêt général. Cela s'explique par l'idée suivante. Si deux partis ont presque le même programme, aucun ne peut faire de faux pas sans perdre un grand nombre d'électeurs au profit de l'autre. En revanche, si les programmes sont très différents, il en faudra beaucoup plus pour faire changer d'avis les électeurs.
  • Des médias trop puissants nuisent à l'intérêt général. La puissance des médias est mesurée par le revenu publicitaire des médias rapporté au PIB.

Les auteurs nous recommandent de rester très prudents avec ces résultats et notamment de ne pas les utiliser pour pousser les pays en développement à modifier leurs institutions !

On attend avec impatience que des estimations fondées sur d'autres décisions politiques soient disponibles.

ref :

What governments maximize and why: the view from trade
Kishore Gawande
Pravin Krishna
Marcelo Olarreaga
Working Paper 14953

Protection for Sale
Author(s): Gene M. Grossman and Elhanan Helpman
Source: The American Economic Review, Vol. 84, No. 4 (Sep., 1994), pp. 833-850
Published by: American Economic Association


1 commentaire:

  1. Vous êtes un bon pédagogue...C'est instructif.

    Pour le 3ème résultat, je ne sais pas trop. Peut-on comparer en regardant seulement la situation politique planétaire?...

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