vendredi 12 juin 2009

Que deviennent les firmes acquises par "les méchants étrangers des pays à bas salaires" ?

Sur la base de données américaines allant de 1980 à 2007, Chari, Chen et Dominquez cherchent à savoir ce qu'il arrive aux firmes qui sont rachetées par des entreprises de pays en développement.

Pour commencer, la réponse à court terme des marchés est positive (+8%). Sur cinq ans, la rentabilité de l'entreprise s'accroît en moyenne de 16%.

Très bien me direz-vous, mais que se passe-t-il concrètement dans les firmes en question ? Les chiffres suggèrent que les investisseurs imposent des restructurations. Les ventes, l'emploi et la quantité de capital diminuent, ce qui laisse penser que les divisions non-rentables sont revendues ou fermées.

Ceci signifierait que les IDE (investissements directs à l'étranger) en provenance des pays en développement participent au processus de destruction créatrice, processus qui est considéré, rappelons-le, comme indispensable à la croissance par les économistes depuis Schumpeter, même si c'est très douloureux à court terme pour les personnes concernées (et les économistes recommandent bien évidemment d'aider les personnes en question).

Ca me rappelle un commentaire fait par mon prof d'économie en première année de prépa : "Les IDE vers la France sont nombreux mais malheureusement, c'est surtout pour racheter des entreprises françases !". L'article que je viens de commenter pousse à se poser des questions sur le bien-fondé du "malheureusement".

ref :

Foreign ownership and firm performance:
Emerging-market acquisitions in the United States
Anusha Chari
Wenjie Chen
Kathryn M.E. Dominguez
Working Paper 14786
http://www.nber.org/papers/w14786




4 commentaires:

  1. Ne serait-il pas intéressant de comparer avec ce qui se passe dans les entreprises rachetées par des gens bien de chez nous ?

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  2. Si vous connaissez une étude sur données françaises, je rédigerai volontiers un petit truc dessus..

    En fait, je fouille un peu au hasard dans les études récentes pour voir celles qui méritent un billet et je prends ce que je trouve. Celle-ci m'a semblé intéressante car elle va un peu à l'encontre des idées reçues.

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  3. D'accord, comme dans le cas des délocalisations, les restructurations consécutives aux IDE sont positives du point de vue de la rentabilité. Mais la question reste la même : qui capte la valeur ainsi dégagée et qui en paie le prix ? la richesse dégagée est-elle reversée au consommateur ou aux actionnaires ? la rentabilité profite-t-elle à l'économie nationale ou est-ce les agents économiques à l'étranger qui en bénéficie ? Que l'opération soit globalement positive est une chose, mais le débat est de savoir qui gagne le plus dans l'affaire. A cela, l'article ne répond pas.

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  4. Bien sûr, il y a des gagnants et des perdants (les licenciés n'y gagnent pas dans l'affaire). Néanmoins, je pense encore une fois que la question ne se pose pas. Il vaut mieux maximiser l'efficacité dans un premier temps puis après aider les laissés pour compte du système.

    Plutôt que de conserver des emplois improductifs, il vaut mieux détruire les emplois tant en aidant les travailleurs concernés avec des aides adaptées et généreuses pour que ceux-ci continuent à vivre et retrouvent à terme un emploi plus productif (plus facile à dire qu'à faire vues les rigidités du marché du travail).

    La répartition du bénéfice des gains de productivité dépend des différentes élasticités : élasticité de l'offre de travail, élasticité-prix de la demande, etc...

    Il y a, si je me souviens bien des quelques estimations que j'ai pu voir, peu de secteurs où les élasticités sont telles qu'un seul acteur récupèrerait l'intégralité du bénéfice.

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