dimanche 14 juin 2009

Pourquoi les pays pauvres subissent plus de fluctuations que les pays riches ?

On a pu se rendre compte que les fluctuations de l'activité économiques étaient, sur le long terme, plus marquées dans les pays en développement que dans les pays développés. En explorant les chiffres un peu plus en détails, on a découvert que les pays en développement avaient tendance à se spécialiser dans des secteurs plus volatiles. Comment expliquer ce phénomène ?

Krishna et Levchenko avancent l'idée que la volatilité d'un secteur dépend de la complexité des biens produits et que les pays en développement ont un avantage comparatif dans la production de biens peu complexes et dont le prix est très volatile. Par complexité, les auteurs entendent ici le nombre d'inputs nécessaires à la production du bien.

Première question : pourquoi les biens complexes sont moins volatiles que les biens peu complexes ?

Admettons que les inputs soient soumis à des chocs, au sens où leurs prix peuvent varier sans que les entrepreneurs ne puissent le prévoir. Si la production d'un bien n'utilise que peu d'inputs, la part du prix de chaque input dans le coût de production sera importante (ex : si une production n'utilise que du travail non-qualifié, le salaire représente une très grosse part des coûts de production). De ce fait, un bien peu complexe est plus susceptible de voir ses coûts de production varier. Au contraire, un bien qui nécessite de très nombreux inputs pour être produit bénéficie d'une forme "d'assurance" au sens où les risques sont diversifiés.

Deuxième question : pourquoi les pays en voie de développement se spécialiseraient dans les biens peu complexes ? Deux réponses sont possibles.

1) Admettons que les pays en développement aient un cadre institutionnel moins efficace, au sens où ils ont plus de mal à faire respecter les contrats (pour un peu de littérature à ce sujet, voir le très bon bouquin de Hernando de Soto). Produire un bien ayant un nombre z d'inputs nécessite d'établir (on simplifie un peu) z contrats avec les fournisseurs d'inputs. La probabilité que le contrat soit honoré dépend de la qualité des institutions. Si le risque que le fournisseur fasse défaut est élevé, la production de biens complexes est plus risquée. De ce fait, les pays ayant une bonne qualité institutionnelle et des tribunaux compétents ont un avantage comparatif dans la production de biens complexes.

2) Cette fois, on va s'intéresser au nombre de "tâches" requises pour produire un bien. On supposera qu'un bien complexe nécessite plus de tâches pour être produit. Si chaque tâche nécessite un temps d'apprentissage, l'efficience augmente si les travailleurs sont capables d'apprendre rapidement (s'ils ont un capital humain élevé). L'idée est qu'une meilleure productivité par travailleur réduit le nombre de travailleurs assignés à chaque tâche et de ce fait réduit le temps total consacré à l'apprentissage. Du coup, les pays ayant une bonne dotation en capital humain (ou en travail qualifié) auront intérêt à se spécialiser dans la production de biens complexes.

Il ne reste plus qu'à vérifier que les données corroborent ces explications. C'est le cas. Le premier lien logique - les pays en voie de développement se spécialisent dans les biens peu complexes - est étudié empiriquement dans Levchenko (2007), dans Costinot (2009) et dans Nunn (2007). Le deuxième lien logique - les biens peu complexes sont plus sujets aux fluctuations - est étudié dans Krishna et Levchenko.

ref :

Comparative advantage, complexity and volatility
Pravin Krishna
Andrei A. Levchenko
Working Paper 14965
http://www.nber.org/papers/w14965


2 commentaires:

  1. Très intéressant post mais qui me met un peu en confusion.. Je suis étudiant en économie et je lis en ce moment La crise de 1929 écrit par un économiste français, et donc dans son bouquin il explique que les grandes crises contemporaines ont tendance à apparaître dans les pays développés, surtout US, puisque dans ces pays la part des biens durables dans la consommation est plus importante et que dès qu'un facteur exogène ou endogène vient perturber le comportement des consommateurs et bien ces derniers ont tendance à reporter leur consommation de biens durables (la part desquels est très importante dans l'économie des pays développés).
    Je suis d'accord avec le premier "lien logique" mais je ne suis pas convaincu que les biens peu complexes soient sujets aux fluctuations plus importantes. je rationne peut être d'une fausse manière mais je crois que même si les prix de revient pour les biens moins complexes varient plus, la demande par contre pour ce type de biens reste relativement stable par rapport à la demande de biens durables, en période de crise.

    P.S. je n'arrive par à ouvrir le lien vers l'étude de Krishna et Levchenko...

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  2. Dans l'article que je commente, il s'agit d'une instabilité du côté offre (prix des intrants) et non de la demande.

    L'article se centre sur des chocs d'offre et ignore les chocs de demande. L'idée est que, à demande donnée, quelle est l'incertitude qui pèse sur les coûts de production ?

    Le lien entre complexité et fluctuations est établi empiriquement dans l'article en question.

    Je suis en train de me poser la question de savoir quel est le lien entre complexité des biens et durabilité des biens. Il me semble, d'après mon intuition, qu'on peut trouver des exemples de biens durables peu complexes : meubles, vêtements peu sophistiqués, tissus... et de biens non durables complexes : médicaments, les produits du quotidien dont la composition chimique est élaborée,...

    Si vous n'arrivez pas à ouvrir le lien, c'est peut-être que vous n'avez pas d'abonnement au site du NBER. Dans ce cas, écrivez-moi à yannick.bourquin@ens-cachan.fr et je vous enverrai l'article.

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