lundi 22 juin 2009

L'effet ambigu de la géographie sur le développement économique en Afrique

(Je viens de voir un post sur le même thème sur le blog "Blogage sur l'économie internationale" à cette adresse, qui commente le même article mais avec un meilleur ancrage dans la littérature existente.)

Un terrain escarpé et montagneux est-il un avantage pour un pays africain ? Nunn et Puga mettent en avant deux effets qui jouent en sens contraires. D'une part, un terrain accidenté gêne le commerce, ce qui est un inconvénient particulièrement marqué à l'heure actuelle. D'autre part, sur le plan militaire, les irrégularités du terrain offrent un avantage important, particulièrement s'il y a des points en hauteur pour voir venir les ennemis et s'il y a des grottes pour se cacher.

Quelle importance sur le plan économique ? Eh bien, ces avantages stratégiques ont joué un rôle-clef lorsqu'il s'agissait d'échapper aux européens venus chercher des esclaves. Les pays ayant un terrain accidenté ont eu plus de faciliter à échapper au commerce d'esclaves que les autres.

Or, il se trouve que le commerce d'esclaves a eu un impact économique fortement négatif :

"In Africa, between 1400 and 1900, four simultaneous slave trades, across the Atlantic, the Sahara Desert, the Red Sea and the Indian Ocean, led to the forced migration of over 18 million people, with many more dying in the process [...]. The economies they left behind were devastated: political institutions collapsed, and societies fragmented."

"En afrique, entre 1400 et 1900, quatre réseaux de traffic d'esclaves étaient actifs simultanément à travers l'Atlantique, le désert du Sahara, la mer Rouge et l'océan Indien. Ils ont abouti à la migration forcée de plus de 18 millions de personnes et à la mort d'un plus grand nombre encore. Les économies laissées derrière furent dévastées : les institutions politiques se sont effondrées et les sociétés se sont fragmentées."

Les auteurs exploitent les différences de revenus entre pays, les différences d'exposition à l'esclavagisme et le degré d'irrégularité du terrain pour estimer l'effet du relief et celui de l'esclavagisme sur le niveau de développement économique.

Leur conclusion est surprenante : il se trouve que l'effet positif (mesuré en 2000) de la protection offerte par la géographie contre l'esclavage est plus importante que l'effet négatif contemporain du terrain !! C'est très surprenant car cela signifie que les effets du traffic d'esclaves perdurent encore aujourd'hui, notamment (mais probablement pas que) via l'impact indirect sur les institutions politiques détruites.

Je ne détaille pas ici la batterie de tests de robustesse qui permettent de voir si des explications alternatives peuvent également "coller" aux donnés. D'après les auteurs, aucune autre interprétation parmi celles testées ne peut détrôner celle du lien entre terrain et traffic d'esclaves.

ref :

Ruggedness: the blessing of bad geography in Africa
Nathan Nunn
Diego Puga
Working Paper 14918
http://www.nber.org/papers/w14918


1 commentaire:

  1. Nathan Nunn, une bonne référence...

    Je veux lire le papier.

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