mercredi 10 juin 2009

Il faut diversifier ses actifs !

Le manque de diversification des portefeuilles est la principale erreur que font les investisseurs débutants. L'adage classique "il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier" est vrai en finance, et c'est un des premiers résultats que l'on retrouve lorsque l'on étudie la théorie financière (via le modèle espérance/variance).

Le summum de l'irrationalité dans ce domaine est d'acheter des actions de l'entreprise dont on est salarié (d'où le scepticisme des économistes quand on leur parle des mérites de l'intéressement). En effet, si l'entreprise en question va mal, non seulement le cours des actions plonge, mais en plus on risque d'être licencié ou, au mieux, de voir ses opportunités de promotion réduites. Il s'agit donc d'une très mauvaise stratégie pour tout individu qui cherche à limiter le risque.

La revue de littérature effectuée par les auteurs de l'article dont je vais parler nous fournit des éléments intéressants.

Tout d'abord, cette erreur est malheureusement fréquente. Pour ne citer qu'une étude, Kelly (1995) trouve que le nombre médian d'actifs dans un portefeuille est de 2 et que moins d'un tiers des ménages détiennent plus de 10 actifs.

La littérature sur ce sujet fournit trois grands types d'explication :
  1. La diversification peut être coûteuse à cause de "search costs" (coût de recherche de l'information) et de coûts de transaction.
  2. Les biais psychologiques : les investisseurs n'analysent pas rationnellement la structure de covariance de leur portefeuille (il faut dire que ce n'est pas à la portée de tout le monde) et utilisent des "routines" de décision simples, mais sous-optimales.
  3. Les investisseurs ont des préférences particulières pour certains actifs. Le biais le plus célèbre dans ce domaine est le "home bias" : de nombreux investisseurs préfèrent acheter des actifs d'entreprises de leur pays plutôt que de pays étrangers.
Luigi Guiso et Tullio Jappelli avancent une quatrième explication en faisant le lien entre le manque de connaissances en matière financière et le manque de diversification des portefeuilles. En utilisant des données italiennes de 2007, ils montrent tout d'abord que le manque de diversification des portefeuilles est corrélé avec le manque de connaissances en finance (mesuré par une série de questions du type "faut-il acheter des obligations à taux fixes quand les taux d'intérêt vaut augmenter ?"). Ils constatent également que les individus tendent à surestimer leurs connaissances dans ce domaine.

A méditer à la lumière de la phrase qu'on entend partout : "les banquiers ont échangé des actifs dont ils ne comprenaient pas la nature". En tout cas, ça me donne envie d'animer un petit module d'introduction à la finance pour mes petits étudiants.

ref :

Luigi Guiso & Tullio Jappelli, 2009.

"Financial Litteracy and Portfolio Diversification".
CSEF Working Papers 212, Centre for Studies in Economics and Finance (CSEF), University of Naples, Italy.


2 commentaires:

  1. Très intéressant, à titre personnel je ne diversifie très peu car cela prend du temps (point 1).

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  2. La plupart des agents devraient donc plutôt sélectionner leurs gestionnaires de fonds (SICAV , FCP) au lieu de sélectionner des titres en direct et les rémunérer pour effectuer le travail de diversification (pour les raisons évoquées dans le billet.

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