mardi 19 mai 2009

Mythes et paradoxes de l'histoire économique

Je déteste lire de l'histoire économique (ou de l'histoire tout court). Je suis incapable de saisir les éléments du récit qui me permettront de mieux comprendre le monde dans lequel je vis.

Ce n'est pas du tout ce que j'ai ressenti en lisant Mythes et paradoxes de l'histoire économique. Paul Bairoch a un but : éradiquer les idées reçues qui circulent parmi les économistes au sujet de l'histoire économique. L'auteur examine successivement douze mythes "majeurs", sept mythes "mineurs" et cinq tournants de l'histoire passés inaperçus.

Ainsi, on apprend que le commerce international n'a pas été un facteur important de développement pour les puissances occidentales, l'exploitation du tiers-monde par les pays développés est un mythe, le XIXème siècle n'est pas l'âge d'or du libre-échange, la crise de 29 n'a pas l'ampleur qu'on lui prête, la croissance a été faible pendant la révolution industrielle...

On admire le travail considérable qui a été fait par les historiens pour recueillir les séries statistiques invoquées à l'appui de l'argumentation et on ne peut que s'incliner devant les faits ainsi exposés.

Toutefois, on peut regretter quelques incursions de ce que Krugman nomme "la pensée GATT". Par exemple, l'auteur semble sous-entendre par endroit qu'un pays a regressé économiquement parce qu'il est passé d'une situation d'exportateur à une situation d'importateur. Ou encore que le libre-échange a été néfaste car il conduit à une réduction de l'emploi industriel (l'idée est peut-être vraie mais plus à cause de la perte des externalités positives de l'industrie qu'à cause du déplacement des emplois d'un secteur à l'autre en tant que tel).

A ce sujet, la discussion autour de l'intérêt et des limites du libre-échange et du protectionnisme est très intéressante. D'un côté, le libre-échange a été un échec total au XIXème siècle et la plupart des pays occidentaux se sont développés à l'abri de barrières protectionnistes. D'un autre côté, on ne connait aucun exemple récent de pays sous-développé qui se soit sorti de la misère sans s'insérer sur le marché mondial.

Au passage, ce post sur marginal revolution cite une étude empirique récente qui trouve un lien de causalité robuste entre libéralisation des échanges et croissance économique.


5 commentaires:

  1. On est nombreux à avoir eu du mal avec l'Histoire économique. Mais à partir du moment où elle "croise" la Théorie, elle devient fort intéressante, et me semble-t-il, indispensable pour "saisir les éléments du récit qui permettront de mieux comprendre le monde dans lequel on vit".
    Et bonne continuation pour ce nouveau blog !!!

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  2. Pour ma part j'ai eu la chance d'avoir fait de (grande respiration) l'Analyse économique et historique des sociétés contemporaines, comprendre : de l'histoire économique venant éclairer, et réciproquement éclairée par, les théories économiques. J'avais d'ailleurs lu MPHE à l'époque, en même temps que découvert Paul Krugman dans un genre assez différent...

    Pour le libre-échange au XIXe, je serai moins impitoyable : il a probablement été bénéfique à une mince partie de la population britannique. En fait, j'ai toujours trouvé que les questions de commerce international étaient la meilleure illustration possible des théories du Public Choice.

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  3. "le commerce international n'a pas été un facteur important de développement pour les puissances occidentales, l'exploitation du tiers-monde par les pays développés est un mythe, le XIXème siècle n'est pas l'âge d'or du libre-échange, la crise de 29 n'a pas l'ampleur qu'on lui prête, ..."

    S'il a affirmé toutes ces choses, alors il a tout faux...Dans ces circonstances, je ne lirai plus le livre. Il faut un autre Krugman pour balayer les mauvaises idées, mais cette fois-ci en économie du développement.

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  4. Si vous êtes en désaccord, je vous recommande de lire le livre pour vérifier en détails l'argumentation car il faut avouer qu'elle est convaincante.

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  5. le livre est vraiment très intéressant. j'avoue qu'au départ j'avais plutôt la même opinion que MacroPED mais il faut vraiment lire le bouquin pour voir les arguments de Paul Bairoch.

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